Jean-François Copé © TF1/LCI/Christophe ChevalinLCI.fr : Vous allez prochainement remettre à François Fillon un rapport sur la modernisation du travail parlementaire. Qu'aimeriez-vous que l'opinion en retienne, en quelques mots ?
Jean-François Copé : D'abord un constat : les Français ont voté pour un président de rupture ; ils attendent donc de leurs députés qu'ils incarnent aussi cette rupture. Cela doit notamment se traduire à l'Assemblée nationale par l'évolution de la pratique législative. Je pense ainsi à la création d'un statut de l'opposition. C'est une idée très moderne, qui constitue un premier pas vers des relations plus responsables entre la majorité et l'opposition.
Il faut en effet en finir avec l'image donnée par l'opposition, quelle qu'elle soit d'ailleurs, qui pour exister se sent obligée de se livrer à une obstruction grotesque, avec parfois le dépôt de 100 000 amendements sur un même texte ! Par ailleurs, je crois qu'il faut réfléchir au rôle qu'on donne aujourd'hui au député, en plus de sa mission traditionnelle du vote de la loi. Je pense qu'il est temps de lui confier une nouvelle responsabilité : le contrôle de l'efficacité de l'action publique.
LCI.fr : Vous proposez pour cela la création d'un office d'évaluation et de contrôle des politiques publiques. Sans moyens financiers, ne serait-il pas un gadget ?
J.F C : Vous avez parfaitement raison. Il est indispensable que cet office dévaluation et de contrôle dispose des moyens de son action. Mais en même temps, il n'est pas question d'augmenter les dépenses ! Alors comment fait-on ? D'abord, on peut regrouper les moyens aujourd'hui utilisés par toute une série de commissions dont l'utilité n'est pas toujours démontrée... Puis on pourrait envisager d'avoir recours à des experts, venus du public comme du privé, qui seraient mis à disposition des parlementaires. Ils seraient placés sous la houlette d'un conseil de surveillance ou d'orientation, composé de députés de la majorité et de l'opposition.
LCI.fr : Plus globalement, les personnels et collaborateurs du Palais-Bourbon se plaignent de travailler dans des conditions vieillottes : manque de moyens informatiques, manque de souplesse... Ne faudrait-il un plan d'urgence pour moderniser l'Assemblée ?
Oui, je pense que l'on ne peut pas continuer de vivre à l'ancienne, alors que tant de choses ont changé dans notre pays. Il faut un Parlement moderne ! Il y a bien sûr ce qui relève de la compétence du Président de l'Assemblée. Toute initiative qu'il prendra dans ce domaine recevra le soutien du groupe UMP. Mais il y a des choses auxquelles nous pouvons réfléchir collectivement, et nous y prendrons toute notre part.
LCI.fr : Dans quel état d'esprit allez-vous diriger le groupe UMP ?
Collectivement, le groupe doit accompagner et soutenir la politique de réformes sur laquelle nous nous sommes engagés devant les Français. En même temps, individuellement, chaque député doit pouvoir valoriser son expérience et ses compétences. Il doit pour cela trouver sa place au sein de l'équipe. Il doit aussi disposer d'outils pour bien communiquer sur son action.
LCI.fr : Pour lutter contre l'absentéisme des députés, seriez-vous favorable à des pénalités financières, comme c'est le cas au parlement européen ?
Non, ce n'est pas par la coercition que l'on règle les problèmes. Je vois les choses autrement : si certains parlementaires ne viennent pas à un certain nombre de séances, c'est parce qu'ils ne s'y sentent pas à leur place. Il faut être plus incitatif. Et là, mon rôle de Président du Groupe, c'est de veiller à la cohésion de la majorité et surtout de faire en sorte que chaque député puisse faire ce qu'il aime et aimer ce qu'il fait.
LCI.fr : Assiste-t-on, selon vous, avec Nicolas Sarkozy, à une présidentialisation de la communication, l'exécution étant confiée malgré tout au Premier ministre ou à une réelle révolution ou plutôt restauration de la fonction de chef de l'Etat ?
Ca, c'est un peu le débat à la mode ! Mais les Français ont justement élu Nicolas Sarkozy pour son dynamisme, son courage et sa capacité à agir. Sur ce plan là aussi, les engagements sont tenus ! Le Président s'investit pleinement dans tous les dossiers et il explique en permanence ce qu'il fait. Il est dans son rôle, vis-à-vis de la Constitution et vis-à-vis des attentes des Français.
LCI.fr : Qu'attendez-vous du discours de politique générale du Premier ministre aujourd'hui ? La feuille de route a déjà été tracée par le président...
Nous attendons que le Premier ministre la confirme, mais je sais que c'est son intention. Moi, je vais dire mardi à François Fillon que nous, les Députés UMP, nous sommes à la fois enthousiastes et impatients à l'idée de mettre en œuvre tous ces engagements. Au temps de l'élection succède le temps de l'action. Ce que je peux vous garantir, c'est que nous serons à ses côtés pour agir.
LCI.fr : Sur l'autonomie des universités, l'UNEF vient de mettre en garde les parlementaires qui pourraient être tentés de revenir aux dispositions initiales du texte, notamment sur la sélection ou les droits d'inscription. Ce genre de menaces d'un syndicat ne choque-t-il pas le député que vous êtes ?
Bien sûr que c'est choquant ! On s'éloigne un peu du respect des institutions et de ce que doit être le dialogue démocratique. Le débat aura pleinement lieu au sein de l'hémicycle. Et je dois dire que sur la question de la sélection, il faudra un jour ou l'autre briser le tabou. C'est d'abord l'intérêt des étudiants. Sans quoi, la seule sélection qui existe, c'est la sélection par l'échec..
Retour MYTF1
Chargement en cours...




