© AFP/M. Bureau"Il faut sauver le soldat Schneidermann". Tel pourrait être le titre de la mission lancée par Ségolène Royal, présidente la région Poitou-Charentes. Rappel des faits pour ceux qui n'auraient pas suivi l'imbroglio politico-médiatique du mois de juin : Arrêt sur images, l'émission de décryptage de la télévision et de ses travers, diffusée depuis 1995 par France 5, est supprimée. Daniel Schneidermann, son emblématique présentateur-producteur, monte alors au créneau et laisse sous-entendre que la décision est liée à des pressions politiques. Après des échanges vifs avec la direction de France Télévisions et les syndicats de France 5, il est licencié il y a quelques jours pour "faute grave".
C'est là que Ségolène Royal intervient. Le week-end dernier, à l'occasion du festival du film de La Rochelle, organisé par la région Poitou-Charentes dont elle est la présidente, l'ex-candidate à la présidentielle évoque la possibilité pour sa collectivité de produire directement un "nouveau" Arrêts sur images. "C'est une offre de service de la Région, via la structure Poitou-Charentes Cinéma" explique le service de presse à LCI.fr. "Pour l'instant, absolument rien n'est acquis : nous allons discuter pour voir si le projet est viable, aussi bien techniquement, financièrement et politiquement, voire s'il peut se faire en collaboration avec d'autres Régions". Une seule chose paraîtrait acquise : la diffusion de l'émission se ferait sur Internet, via un site dédié en dehors de l'univers du site officiel de la Région.
"Pas plus 'tenus' que Carolis"
Et Daniel Schneidermann dans tout ça ? Lundi, sur son bigbangblog, avant d'être contacté directement par Ségolène Royal, il répondait "partant". Il n'en fallait pas plus pour que le microcosme s'emballe. Déontologie, indépendance... : la production d'une telle émission par une collectivité locale pose déjà en elle-même des questions de déontologie et d'indépendance. Quand cette même collectivité est dirigée par l'ancienne candidate à la présidentielle, déjà prétendante pour la bataille de 2012, il n'est pas étonnant que le portable de notre confrère sature.
Jeudi, en début d'après-midi, après avoir parlé à un collaborateur de Ségolène Royal -mais toujours pas à elle directement-, il consacre un long article intitulé "Le sauvetage par Ségolène, du lard ou du cochon ?" et répond aux interrogations. Principale réponse attendue : comment réaliser "une émission indépendante, si elle est produite par une ancienne candidate à la présidentielle ?" "Ma seule réponse de principe, c'est qu'elle se pose exactement de la même manière pour une collectivité locale comme une Région, que pour une chaine nationale publique recevant chaque année son budget du Parlement, et donc d'une majorité parlementaire", explique le journaliste. "A supposer que Poitou-Charentes produise Arrêt sur images, en quoi serons-nous davantage 'tenus que sur une chaîne de France Télévisions, présidée par Carolis, nommé dans les conditions que l'on sait ?", ajoute-t-il, rappelant que d'autres négociations sont en cours avec la Télévision Suisse Romande.
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