Barre, une autorité morale ternie par la polémique

le 25 août 2007 à 10h23 , mis à jour le 26 août 2007 à 10h20

Accusé d'antisémitisme après ses propos sur l'attentat de la rue Copernic, en 1980, il avait de nouveau été confronté à la polémique en avril dernier.

TF1/LCI : Raymond BarreRaymond Barre © TF1/LCI

Fort de ses convictions et n'hésitant pas à les proclamer, quitte à ce qu'elles nuisent à sa popularité, Raymond Barre était autant estimé que peu apprécié pour sa capacité à dire aux Français des vérités économiques désagréables. Son refus de la langue de bois et son aversion vis-à-vis des usages du "microcosme" pouvaient le rendre cassant. Derrière le politique venu sur le tard aux plus hautes responsabilités, pointait facilement l'universitaire mal à l'aise face à la logique des partis, aux nécessités d'une campagne électorale, et plus encore face à la polémique.

Celle, tenace, sur des soupçons d'antisémitisme, l'aura poursuivi de l'attentat de la rue Copernic jusqu'à l'antenne de France Culture. Une accusation dont il s'est toujours défendu avec vigueur. "Nul ne peut trouver dans mes activités de professeur, dans mes responsabilités à Bruxelles, dans mon action de Premier ministre et de maire de Lyon, la moindre trace d'antisémitisme, pour une raison simple, c'est que je ne suis pas antisémite, en aucune façon", écrivait-il dans un communiqué rageur, peu avant le malaise qui devait conduire à son hospitalisation. "En réalité, Copernic, Gollnisch et Papon, tout cela conduit à présenter mes propos de façon tendancieuse en me prêtant des sentiments qui me sont totalement étrangers".

La polémique rebondit au bout de 27 ans

La polémique avait pris naissance le 3 octobre 1980 : le Premier ministre, exprimant son indignation à la suite de l'attentat contre la synagogue de la rue Copernic à Paris, déplorait alors "cet attentat odieux qui voulait frapper des Israélites qui se rendaient à la synagogue et qui a frappé des Français innocents qui traversaient la rue Copernic". L'expression faisait scandale. Elle ne devait pas être la seule : ainsi en décembre 1985, Simone Veil, rescapée d'Auschwitz, s'était émue de la formule "Oui au travail, oui à la famille, oui à la patrie mais dans une France libre", employée par Raymond Barre, estimant qu'elle rappelait "le drame absolu" des années 1940-1945.

Près de 27 ans plus tard, la controverse pouvait sembler éteinte. Pourtant, invité le 1er mars 2007 sur France Culture, et interrogé sur ces accusations d'antisémitisme et sur le cas Papon, Raymond Barre ranimait les critiques en se présentant en victime du "lobby juif", "capable de monter des opérations indignes". Dans le même entretien, il dédouanait Maurice Papon - ministre de son gouvernement - pour son rôle sous l'Occupation en affirmant que celui-ci avait choisi de rester à son poste à la préfecture de Gironde pour "faire fonctionner la France" et que seul "un intérêt national majeur" eût justifié une démission. Et il affirmait à propos de Bruno Gollnisch, condamné pour propos négationnistes : "J'ai dit que je blâmais ce qu'il avait dit mais que pour le reste, je l'avais connu et que c'était un homme bien".

Ces propos avaient "scandalisé" le Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif) et "indigné" le Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples (Mrap). L'historien et cinéaste Claude Lanzmann avait déclaré dans une tribune publiée par Libération : "J'accuse M. Raymond Barre d'être un antisémite. Plus encore : je l'accuse de se faire le héraut de cette passion immonde, de la propager, de s'en glorifier, délit qui tombe sous le coup de la loi". Rappelant qu'il avait témoigné au procès de Maurice Papon, de même que l'ancien ministre Olivier Guichard, Raymond Barre rétorquait : "On ne peut pas nous soupçonner d'être collaborationnistes, ni d'être antisémites". Et tout en dénonçant "ce 'lobby de gauche' qui ne représente pas (...) la communauté juive de France", il affirmait : "Je suis et j'ai toujours été du côté des survivants de l'Holocauste pour condamner la barbarie et ses complices".

D'après agence

le 25 août 2007 à 10:23
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5 Commentaires

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  • Xx, le 25/08/2007 à 18h41

    C'est l'un des rare a avoir été très performant dans notre economie, il est une reference, je ne comprends pas pourquoi on ne l'a plus jamais sollicite pour ses competences, c'est seul a avoir mis une reelle strategie efficace pour rattraper les allemands en richesse economique, tous les autres depuis, sont des zeros, ils ne font que copier sans rien oser d'autres. Seul point faible, la communication populaire n'etait pas son fort, contrairement à sarko le null. On aurait bien eu besoin de lui pour la mondialisation.

  • Guytoune, le 25/08/2007 à 17h34

    Mr Barre etait un homme comme on en voudrait beaucoup en politique;les polémiques au sujet de ces declarations ne comptent pas.les associations du mrap ou sos racisme ne passent leur temps qu à chercher des histoires a la moindre parole.

  • Fun, le 25/08/2007 à 14h42

    Tout d'abord condoleance à ses proches. Ensuite, je me faisait une reflexion, va t'on continuer à encencer nos anciens dirigeants qui ont amené la France la ou elle est aujourd'hui ?? Dette, systeme social en faillite, pauperisation de la population etc etc ... La France du haut n'est jamais responsable de ses echecs, c'est pitoyable.

  • Marceljean, le 25/08/2007 à 14h24

    M.Raymond Barre a effectivement été "un grand serviteur de l'Etat" pour tous les Français qui l'ont vu à l'oeuvre en tant que Premier ministre puis Maire de Lyon. Ceux qui l'ont critiqué devraient se demander ce qu'ils ont fait eux-mêmes pour leur pays.Malheureusement,la critique facile se vend bien en France!

  • Mehena, le 25/08/2007 à 13h01

    Paix a son âme et point BARRE.........

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