Nicolas Sarkozy avec le colonel Kadhafi lors de sa visite en Libye (juillet 2007) © TF1/LCI
Morin : un accord de principe dès février

Vallini : "Le président doit donner sa version des faits" 
François Hollande réclame une commission d'enuqête
Alors qu'EADS annonçait vendredi matin la "finalisation" de l'un des contrats d'armement avec la Libye pour la fourniture de missiles anti-char Milan, le numéro un socialiste François Hollande demandait une commission d'enquête parlementaire pour "faire le clair" sur les négociations franco-libyennes. Il a relevé sur France Inter avoir demandé aux autorités françaises s'il y avait eu "des contreparties" à la libération des infirmières bulgares et du médecin détenus huit ans. "On nous a dit il n'y a eu aucune contrepartie", a-t-il souligné. "Puis on a appris qu'il y avait un contrat civil sur un réacteur nucléaire. J'ai interrogé le ministère des Affaires étrangères là-dessus. Un vague mémorandum nous a été délivré. Rien sur un contrat d'armement", a poursuivi le premier secrétaire du PS. "Il y a un vrai problème de méthode". D'où cette demande d'une enquête parlementaire...
La demande de François Hollande a été formalisée au cours de la même journée par Jean-Marc Ayrault, président du groupe parlementaire PS, qui a écrit en ce sens au président de l'Assemblée nationale Bernard Accoyer. Suscitant ce commentaire du président UMP de la commission des Affaires étrangères au Palais Bourbon, Axel Poniatowski : "dans cette affaire aujourd'hui, il n'y a aucun élément qui est réellement susceptible de déclencher une telle commission". Quant à Bernard Accoyer, il s'est dit "très favorable" à une enquête parlementaire qui "répondra au souhait de transparence des plus hautes autorités de l'Etat". Le Premier ministre, François Fillon s'est "félicité" de l'avis du président de l'Assemblée nationale, à la création d'une commission d'enquête parlementaire.
"Si ce n'est pas nous, ce sera d'autres"
Alors que se développe la polémique, l'Elysée et le gouvernement multiplient les mises au point. Aucun lien avec la libération des infirmières bulgares, affirmait David Martinon jeudi soir sur LCI. Vendredi matin, interrogé sur RTL, le ministre de la Défense Hervé Morin a souligné que la Libye s'était engagée à acheter à la France des missiles Milan, qui avait reçu "l'accord" d'une commission interministérielle française dès février 2007. Soit bien avant la libération des infirmières bulgares, avant même l'arrivée à l'Elysée de Nicolas Sarkozy.
"Sur le contrat Milan, le personnel EADS était sur place depuis 45 jours, bien avant que Claude Guéant et Cécilia Sarkozy ne se rendent en Libye", le 12 puis du 22 au 24 juillet, a-t-il précisé. "Il faut être clair: il n'y a plus d'embargo, la Libye est un pays qui a renoncé à tout son programme nucléaire militaire, qui accepte parfaitement les contrôles de l'AIEA", a argumenté le ministre. "Donc, il n'y a aucune raison que les pays n'engagent pas des discussions pour moderniser l'armée libyenne. Si ce n'est pas nous, ce sera d'autres", a ajouté Hervé Morin. "Il y a des tas de pays en discussion avec Tripoli : les Italiens, les Russes, les Britanniques...". Réaffirmant qu'il n'y "a pas eu de contreparties" à la libération des Bulgares, car "tout était déjà en cours", le ministre a fait valoir que "sur les contrats d'armement, la finalisation, l'ultime touche passent, en général, par un acte politique : le déplacement du président, du Premier ministre, d'un ministre".
18 mois de négociations
Pour le reste, il n'a pas démenti les sommes annoncées la veille par un officiel libyen (un contrat de 168 millions d'euros pour l'achat de missiles antichar, un autre de 128 millions d'euros pour un système de communication radio). Et le ministre de la Défense a confirmé que les négociations portaient bien sur "des missiles Milan" et "des systèmes radio". Tout en soulignant : "Dès lors qu'on est en discussions depuis des mois et des mois, qu'il y a une commission interministérielle française disant : on est d'accord pour les vendre, en février 2007, il est logique que l'on aboutisse". Une version confirmée par le communiqué diffusé vendredi matin par EADS, évoquant une durée de "18 mois" de négociations.
Mais précisément, si le PS, qui dénonce vigoureusement ces contrats, admet l'existence de négociations depuis plusieurs mois, c'est la coïncidence entre leur conclusion et la libération des infirmières bulgares qui fait tiquer. Et la gauche réclame sans relâche "la transparence" sur cet épisode. Pour le député PS André Vallini, une telle "coïncidence est pour le moins curieuse. Tout ça commence à ressembler à une affaire d'Etat. J'espère que ça ne va pas apparaître comme un mensonge d'Etat".
D'après agence
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