Bernard Kouchner, au Grand Jury RTL-LCI-Le Figaro, le 16 septembre 2007 © TF1-LCI"Un ministre, ça ferme ça gueule ou ça démissionne". Comme il paraît loin le temps où Jean-Pierre Chevènement lâchait cette phrase assassine au moment de l'offensive alliée en Irak en 1983. Aujourd'hui, avec "l'ouverture" chère à Sarkozy, des membres du gouvernement peuvent sans vergogne critiquer certains aspects de la stratégie gouvernementale. Sans se faire remonter les bretelles ni par l'Elysée, ni par Matignon. Dimanche dernier, c'est Bernard Kouchner qui a pris ses distances avec "la politique d'immigration" du gouvernement. Les objectifs chiffrés de reconduite à la frontière fixés par le chef de l'Etat à son ministre de l'Identité nationale Brice Hortefeux ne lui plaisent pas. Les tests ADN ? "Cela ne me plaît pas, mais ne m'indigne pas (...) Le jour où je m'indignerai vraiment, je partirai", a-t-il affirmé lors du Grand-Jury RTL-LCI-Le Figaro. Il est vrai que Bernard Kouchner n'a jamais caché avoir expliqué à Nicolas Sarkozy qu'il acceptait son offre de poste en conservant ses convictions socialistes et ses éventuels désaccords avec le programme de l'UMP.
Ces tests génétiques comme préalable à une demande de regroupement familial, ils ne sont pas du goût également de Martin Hirsch, le haut commissaire aux solidarités actives. "Les principes éthiques qu'on a mis en place pour l'ensemble de la population française, ou ayant envie de vivre en France, font partie de l'identité nationale. Défendre cette identité, cela veut dire parfois renoncer à des techniques nouvelles ou séduisantes...", a-t-il estimé. Martin Hirsch a ajouté qu'il "comptait sur le Sénat pour ne pas s'engager dans cette voie". Selon Le Monde, Brice Hortefeux a déclaré n'être pas "choqué" par ces remarques, d'autant plus que l'amendement sur les tests ADN "n'était pas d'origine gouvernementale".
La "nullité" des discours technocrates
Que se passerait-t-il si les critiques visaient un projet important du gouvernement ? Le cas s'est posé avec les franchises médicales, en juin dernier, la liberté de paroles a alors ses limites. Martin Hirsch, toujours lui, avait remis en cause cette mesure importante sur laquelle compte le pouvoir exécutif pour remettre à flots les comptes de l'assurance maladie. Le Premier ministre avait alors affirmé : "il vient de nous rejoindre, donc il n'a pas lu avec beaucoup d'attention le projet politique sur cette question". Après un entretien avec la ministre de la Santé, Roselyne Bachelot, le haut commissaire s'était dit "rassuré". Et la cohésion gouvernementale sur un dossier important sauve.
Cette liberté de ton de certains ministres peut étonner les commentateurs politiques, toujours prompts à sauter sur les fameuses "petites phrases". Mais il va falloir s'habituer. "Le gouvernement n'est pas une caserne et puis il ne faut pas brimer les rares personnalités qui ont du talent", résume un leader de la majorité. Il est vrai que Nicolas Sarkozy s'emporte plus facilement contre "la nullité" des discours technocratiques que contre les "originalités" de ses ministres d'ouverture dont il est si fier. Une communication de Fadela Amara, secrétaire d'Etat chargée de la politique de la Ville, lors d'un conseil des ministres avait réjoui le chef de l'Etat en début de mois. Avec ses mots (lutter contre les "glandouilles"), elle avait bousculé le protocole de réunions souvent ennuyeuses.
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