Christine Albanel, à la sortie du premier Conseil des ministres, le 18 mai 2007 © TF1-LCIHenri Taquet plaide le droit à l'humour... et à la liberté de ton. Le directeur du Granit, scène nationale de Belfort, s'étonne encore de la lettre virulente qu'il a reçue pour un éditorial, publié dans la plaquette de la saison 2007-2008 de son théâtre. Une lettre chargée de reproches dont l'auteur n'était autre que... la ministre de la Culture, Christine Albanel.
Le texte qui a suscité les foudres de la ministre (reproduit ci-dessus) prenait la forme d'un courrier du "metteur en scène associé" au théâtre Benoît Lambert à son directeur Henri Taquet. Il évoquait, sur un ton humoristique, "les conséquences profondes, et probablement désastreuses, sur le cours de nos existences" de l'élection de Nicolas Sarkozy à l'Elysée. "J'ai par exemple découvert que mon voisin, avec lequel j'entretenais des rapports tout juste polis, n'a pas voté pour Nicolas Sarkozy", pouvait-on y lire. "Du coup, non seulement ça simplifie les questions de clôture et de mitoyenneté, mais en plus, s'il a besoin, je suis prêt à lui garder son chien".
"Cela me choque profondément. Je tenais à vous le dire"
Le propos a visiblement déplu à la ministre, qui s'en est émue dans une lettre adressée à Henri Taquet en date du 29 août, et dont une copie a été transmise à l'AFP. Jugeant le texte "particulièrement déplacé", Christine Albanel a estimé qu'un "théâtre investi d'une mission de service public et financé par l'Etat et les autres collectivités doit à son public le respect des choix et des opinions démocratiquement exprimés". Et de poursuivre : "Vous foulez au pied cette exigence en attaquant, avec un sectarisme qui est la négation même de son action et de son style, un président de la République élu au terme d'une campagne exemplaire. Cela me choque profondément. Je tenais à vous le dire".
Le directeur du Granit s'est dit pour sa part "plutôt estomaqué" par une telle réaction. "Quand j'ai lu la lettre de la ministre, je n'y ai pas cru, sur le coup. Cet éditorial traite avec humour une espèce de déception post-électorale, je ne vois pas où est le drame", a fait valoir Henri Taquet. "On a le droit de trouver que ce texte n'est pas rigolo, mais je suis étonné qu'il soit pris au pied de la lettre. Est-ce qu'on n'a plus le droit à l'irrévérence ?", s'est-il interrogé. Avant d'invoquer en l'espèce "la liberté de l'artiste", à savoir Benoît Lambert, qui a rédigé sa lettre sur le ton de la joyeuse provocation.
D'après agence
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