Fillon en CorseLes propos de François Fillon vendredi à Calvi, qui s'est déclaré "à la tête d'un Etat qui est en situation de faillite sur le plan financier" (lire notre article), ne cessent de faire réagir dans la classe politique. Dominique de Villepin a immédiatement affirmé avoir "laissé l'Etat dans une situation meilleure qu'aujourd'hui". Sous son gouvernement, a expliqué l'ex-Premier ministre sur Europe 1, la France bénéficiait d'une croissance supérieure, d'"un chômage qui a baissé de 2 points" et d'"une politique de désendettement qui avait amélioré les choses". "Depuis", a-t-il aussitôt ajouté en référence notamment au "paquet fiscal" adopté cet été, "on a dépensé beaucoup d'argent, plus de 15 milliards, qui ont aggravé la situation financière".
Samedi, c'était au tour de François Bayrou de réagir. "C'est un aveu estomaquant et révélateur. Nous savons depuis longtemps quelle est la situation réelle des finances du pays, qui constitue en effet une très grave menace pour la France", a déclaré le président de l'UDF-MoDem. Le gouvernement "a décidé, en contradiction absolue avec le bon sens, de creuser le déficit en dépensant 15 milliards d'euros par an pendant la législature au profit de ceux qui avaient déjà beaucoup" dans le cadre du paquet fiscal voté à l'été, a-t-il dit. "Ce trou de quelque 70 milliards supplémentaires, il va falloir le combler et, naturellement, on ne pourra le combler qu'en demandant des sacrifices à ceux qui avaient peu".
La dette publique en hausse
Du côté du Parti socialiste, Arnaud Montebourg, député socialiste de Saône-et-Loire, a estimé que le Premier ministre François Fillon aurait dû "se demander s'il n'était pas pour quelque chose" dans "la situation de faillite" de l'Etat. "La dette publique de la France a augmenté de plus de 10% en cinq ans pendant [que François Fillon et Nicolas Sarkozy] tenaient les rênes" du pays, a-t-il poursuivi. "Si le pays est en faillite, il est urgent de revenir par des mesures immédiates sur le paquet fiscal voté cet été, qui a jeté par la fenêtre 13,6 milliards d'euros", a conclu le député socialiste.
Stéphane Le Foll, bras droit du patron du PS François Hollande, a lui estimé que si faillite il y a, "c'est d'abord la faillite de la politique de la droite depuis 2002 et de ses gouvernements successifs auxquels ont appartenu d'ailleurs Nicolas Sarkozy et François Fillon". C'est également, selon lui, "la faillite du discours sur le choc fiscal qui allait créer un choc de confiance". Le gouvernement "a distribué 15 milliards d'euros" avec le paquet fiscal pendant l'été et "il se trouve à l'automne fort dépourvu", a ajouté le député européen. Vendredi, Lionel Jospin avait pour sa part jugé "un peu étrange" qu'un Premier ministre utilise de tels propos et a accusé la droite d'avoir fait "exploser la dette" depuis 2002.
"Cette phrase tombe mal"
Dans la majorité aussi, les déclarations du Premier ministre ont parfois surpris. "M. Fillon a commis deux erreurs. C'est totalement excessif de dire que la France est en faillite et il se trompe en pensant qu'il est 'à la tête de l'Etat'", a réagi l'ancien ministre de Jacques Chirac, François Goulard. "La notion de faillite est liée à la notion de société commerciale. Or les Etats ne sont pas des sociétés commerciales", a fait observer le député Charles de Courson (Nouveau Centre).
"Cette phrase tombe mal. Les Français peuvent se demander pourquoi on a engagé toutes ces dépenses sur le paquet fiscal si on est si mal en point", a regretté un parlementaire UMP spécialiste des questions budgétaires. A l'inverse, le député UMP Yves Jégo voit "beaucoup d'hypocrisie" autour "d'un mot" qui n'est "qu'une image". Pour le secrétaire d'Etat chargé des Affaires européennes, Jean-Pierre Jouyet, François Fillon a même eu raison de vouloir provoquer "un électrochoc à des fins pédagogiques. Car la série de réformes permettant le rétablissement des comptes est urgente".
(D'après agence)
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