L'ex-juge d'instruction Eva Joly, photographiée en 2003 à Paris © TF1/LCIL'ancienne juge d'instruction Eva Joly critique violemment les projets de Nicolas Sarkozy de "dépénaliser" la vie économique. Un projet annoncé vendredi par le chef de l'Etat dans un discours devant l'université d'été du Medef, alors que les chefs d'entreprise réclament depuis longtemps une réforme du délit "d'abus de biens sociaux", à savoir le détournement de fonds au sein des sociétés.
"Il me semble que les valeurs que dessine le président Sarkozy ne sont pas celles de la France que j'aime. Les méthodes qu'il suggère sont celles de M. Berlusconi. Pour moi, c'est un extraordinaire et étrange choix que de choisir de soutenir les délinquants contre les victimes", a dénoncé l'ex-magistrate dans un entretien diffusé mardi sur France Info.
"Le droit pénal, il ne faut pas l'oublier, protège les victimes"
Eva Joly, qui a quitté Paris en 2002 pour devenir conseillère du gouvernement norvégien, fait un parallèle entre le projet du chef de l'Etat concernant les entreprises et son idée de permettre des procès pour les criminels déclarés irresponsables. "Je ne comprends pas un pays qui responsabilise ses enfants et ses fous et irresponsabilise ses élites. Cela me paraît une grave erreur et surtout une absence de compréhension de ce que veut dire la criminalité organisée et économique. Dire que ce n'est pas grave de présenter des comptes inexacts ou de ne pas respecter la différence entre sa propre poche et la poche de l'entreprise, c'est grave. Le droit pénal, il ne faut pas l'oublier, protège les victimes".
Elle s'insurge aussi contre le projet d'interdire dans ce domaine l'ouverture d'enquêtes pénales sur le fondement de lettres anonymes. Un sujet qu'elle connaît bien, puisque l'ex-juge d'instruction, qui fut notamment chargée de l'affaire Elf, a eu justement recours à des lettres anonymes lorsqu'elles était confirmées par d'autres éléments. Le dossier s'est soldé par de lourdes peines de prison pour les dirigeants de cette société, reconnus coupables de détournements de fonds évalués à plusieurs centaines de millions d'euros. Pour Eva Joly, une interdiction pour les juges d'utiliser les lettres anonymes ne peut être qu'une "grave erreur". Et elle rappelle que l'Onu et l'OCDE demandent à leurs membres de légiférer pour protéger les témoignages anonymes.
D'après agence
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