François Fillon, le 17 septembre 2007 © TF1-LCI"Ne pas trahir son camp", "ne pas faiblir", "aller jusqu'au bout de la réforme"... François Fillon le martèle à chacune de ses interventions. A ceux qui se demandaient à la fin de l'été à quoi sert le Premier ministre, l'hôte de Matignon a donné en quelques formules choc une réponse : à tenir les promesses du président de la République. François Fillon s'est trouvé un registre, celui de gardien du temple sarkozyste. Et il en connaît les moindres recoins puisque c'est lui qui a élaboré pendant deux ans le programme du président de la République.
Le Premier ministre est persuadé que "la France peut supporter la vérité", comme l'affirmait le titre de son livre publié l'an dernier. Alors il livre la sienne, sans "langue de bois". Si sa formule "faillite de l'Etat" n'était sans doute pas préméditée vendredi dernier, celle au moins aussi sévère de "situation critique" pour les finances publiques l'était lundi sur RTL. En tenant de tels propos, François Fillon a relancé les spéculations sur une éventuelle rigueur à venir, ce qu'a démenti Matignon et encore plus clairement Nicolas Sarkozy mardi soir. "La stratégie qui a conduit à rédiger le budget 2008 n'a pas été modifiée", explique-t-on parmi les proches du premier ministre : "ce qu'il a dit est exactement dans la ligne de ce qui a été fait depuis la nomination du gouvernement". Et de rappeler la révision générale en cours des politiques publiques, mais aussi la réduction accélérée du nombre de fonctionnaires".
Fillon soutenu par la majorité
Dans le quotidien Le Monde, le secrétaire général de l'UMP Patrick Devedjian a admis "une nécessaire rigueur sur la dépense publique". Mais il s'interrogeait aussitôt: "L'économie, c'est aussi de la psychologie. Quel message envoyer au pays ?" Réponse : "Il faut à la fois une politique de l'offre et une politique de rigueur". A l'instar de Patrick Devedjian, la majorité paraît, pour l'instant, refuser de choisir entre la rigueur budgétaire et la relance de l'économie par les réformes du programme Sarkozy. Mais les députés UMP soutiennent massivement la posture du Premier ministre.
Refusant bien sûr d'employer le mot tabou de "rigueur", ils sont "très engagés" derrière François Fillon sur "l'exigence de vérité" en matière de maîtrise des dépenses publiques, comme l'a affirmé mardi le président du groupe à l'Assemblée nationale Jean-François Copé. Quelques uns franchissent toutefois le Rubicon. Ainsi, interrogé sur l'emploi du terme "faillite", le président UDF de la commission des Finances du Sénat Jean Arthuis y a vu un "électrochoc" visant à "souligner l'urgence et la nécessité des réformes". Pourtant recadrée par l'Elysée pour avoir employé le terme de "rigueur" le 2 septembre dernier, la ministre de l'Economie Christine Lagarde s'est peut-être sentie libérée en affirmant elle aussi que le mot "faillite" avait "eu le mérite de frapper les esprits".
François Fillon a-t-il trouvé son rôle, porteur de mauvaises nouvelles, aux côtés d'un Nicolas Sarkozy perpétuelle incarnation du '"tout devient possible" ? Beaucoup veulent le croire à droite mais d'autres sont plus pessimistes. "C'est une tentative désespérée pour exister mais c'est voué à l'échec, analyse un ancien ministre UMP. Il n'est pas responsable du quotidien et des décisions. De toutes façons quelque chose est cassé entre lui et le chef de l'Etat". La relation intime au sein du couple exécutif est toujours difficile à décrypter. Jeu de rôles subtil entre le bon et le méchant ou réelle divergence politique ? Nicolas Sarkozy et François Fillon affichent eux un travail "main dans la main". Quoi qu'il en soit, l'un et l'autre ont une divergence de tempo. Un président de la République pense toujours à sa réélection, un Premier ministre sait bien qu'il est là pour être usé... Usé d'avoit dit sa vérité, tel est le choix de François Fillon.
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