Lionel Jospin © TF1/LCI
L'analyse de Pierre-Luc Séguillon
"En voilà un qui ne manque pas d'air ! Se permettre de critiquer et juger les compétences de Mme Royal, l'ancien trotskyste Jospin oublie qu'il n'a même pas pu passer le cap du premier tour d'une élection présidentielle", s'exclame Christina, de Nancy. "Au lieu de continuer à se bouffer entre eux, ils feraient mieux de se rendre compte que le PS est en pleine déconfiture et de penser à vite reconstruire un vrai parti d'opposition crédible. Bande de bozos va !", affirme Charles... Des réactions comme cela, il y en a des dizaines depuis lundi matin sur le site de LCI.
Les internautes sont en très grande majorité choqués par la nouvelle charge de Lionel Jospin contre Ségolène Royal dans un livre à paraître normalement la semaine prochaine. Mais Libération ayant pu se le procurer ce week-end (un exemplaire mis par erreur dans une librairie de province), les extraits publiés lundi matin sont venus perturber la rentrée des parlementaires socialistes à Paris. Retraites, pouvoir d'achat, loi sur l'immigration, crise iranienne... Les sujets ne manquaient pas pourtant pour une opposition qui cherche à reprendre la main face à Nicolas Sarkozy. C'est raté. Les médias ont relayé toute la journée les vieilles querelles internes de la présidentielle.
"Eteindre les portables et fermer le bouquin de Jospin !"
Les députés et sénateurs devaient se remettre au travail, c'était avant qu'une "politique éditoriale (...) nous oblige à répondre à une question essentielle "Avons-nous lu le livre ?" alors que s'annonce une semaine extrêmement importante pour le pays", a déploré Jean-Christophe Cambadélis à son arrivée à la Maison de la Chimie. "Cela va remettre cent balles dans la machine" à divisions, a renchéri Benoît Hamon devant l'auditorium où un dessin humoristique accueillait les parlementaires : "On vous rappelle qu'il faut éteindre les portables et refermer le bouquin de Jospin !". "Il faut arrêter de résumer le débat post-présidentiel au sein du PS à une coalition des éléphants contre la gazelle", a ajouté le député européen. Loin des "règlements de comptes", le parti doit dépasser les questions de personnes et faire une "analyse plus profonde" de la défaite, a pour sa part déclaré François Hollande, à nouveau contraint de jouer les juges de paix entre une partie du PS et son ex-compagne.
Mais pour les proches de Lionel Jospin, c'est bien d'avenir dont parle le chef de l'ex-gauche plurielle quand il dénonce des idées royalistes qui appartiennent d'ordinaire "à l'extrême-droite ou aux mouvements populistes"". "Il dit qu'il faudrait éviter qu'on se remette dans une forme d'impasse", décrypte son ancien ministre de l'Intérieur, Daniel Vaillant. En clair, tout faire pour bloquer Ségolène Royal avant 2012 et contrer les ambitions secrètes de François Hollande. En l'absence de l'ex-candidate pour cause de déplacement au Québec, ses proches ont fait bloc, dénonçant le "fiel" et le "manque de modestie" de Lionel Jospin.
Dans ce contexte, le président du groupe à l'Assemblée Jean-Marc Ayrault et son homologue du Sénat, Jean-Pierre Bel, ont eu beaucoup de mal à recentrer les débats sur la démarche à adopter vis-à-vis du gouvernement. "Sachons sélectionner les bons combats, arrêtons d'indexer nos positions sur l'activisme de Nicolas Sarkozy", qui est "un rude adversaire", a lancé Jean-marc Ayrault. On ne sait pas s'il visait la rentrée de François Hollande qui a passé son samedi à la fête de l'Humanité, en compagnie des communistes et de la LCR. Son leitmotiv, la critique du président de la République. D'idées nouvelles, point. Avec une telle direction du PS, Nicolas Sarkozy peut encore dormir sur ses deux oreilles et François Bayrou espérer se frayer un chemin dans les mois à venir.
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