© LCIUne presse quasiment unanime. Des internautes largement séduits tout comme les Français qui l'ont jugé à 76% convaincant (sondage OpinionWay/Le Figaro). Disons-le, Nicolas Sarkozy a fait un sacré numéro télévisuel en fin de semaine dernière. "Que ceux qui s'effarouchent de l'omniprésence sarkozyenne rougissent, eux, de honte : que voudraient-ils, les benêts, un président qui fasse la sieste ? En pédagogue sans équivalent sur la scène politique, Nicolas Sarkozy a joué, cinquante minutes durant, la voie du bon sens". La plume du Midi Libre Michel Richard donnait le ton vendredi. En revanche, pour ceux qui ont éprouvé devant ce bon sens la lassitude du déjà vu, l'intervention du chef de l'Etat a pu paraître bien longue.
Mais le problème est-il vraiment là ? L'urgence n'est-elle pas plutôt dans l'émergence d'un débat démocratique ? Quelle voix d'autorité a depuis porté la contradiction au président de la République ? Quel leader a détaillé une politique alternative ? Il y a bien des critiques mais sans cohérence d'ensemble. Il y a bien des angles d'attaque mais personne ne sait ou ne peut les rendre audibles. La France de 2007 a des opposants mais n'a pas d'opposition.
Royal ne s'est pas imposée
A gauche ? La parole est en mille morceaux, ambiance post-tremblement de terre. L'heure est encore au règlement de compte et le pamphlet anti-Royal d'un Lionel Jospin a provoqué plus d'émotion rue de Solférino que l'arrivée des tests ADN pour réguler l'immigration. François Hollande ne profite pas de son talent réthorique pour élaborer un discours de propositions. Il donne l'air de manœuvrer pour reconstruire à partir des vieux souvenirs de l'ex-gauche plurielle. Ségolène Royal ne s'est pas imposée comme leader de l'opposition, malgré ses 17 millions d'électeurs.
Pour la première fois depuis des décennies, l'ancien candidat du second tour n'est pas le chef naturel de l'opposition. En leur temps, François Mitterrand puis Lionel Jospin avaient su rassembler leur camp pour se relancer à la conquête du pouvoir. La présidente de Poitou-Charentes qui avait fait de la popularité sa meilleure arme politique s'est même faite doubler sur ce terrain par Bertrand Delanoë. Le maire de Paris a lui les qualités pour le leadership mais il a jusqu'en mars prochain les yeux prioritairement rivés sur l'horizon municipal. Le brillant DSK a choisi de mettre sa passion de l'économie au service du FMI et Laurent Fabius est impopulaire. Quant à Manuel Valls, s'il séduit par sa modernité, son manque de surface médiatique n'en fait pas pour l'instant un opposant de poids à Nicolas Sarkozy. Quoi qu'il en soit, le leader que se choisiront les socialistes au congrès de juin n'aura pas d'autorité suffisante tant que le parti n'aura pas tranché les sujets qui les divisent.
La nouveauté de la rentrée, c'est plutôt le centrisme d'opposition. Jusque là force d'appoint de la droite sous la Ve République, l'UDF rebaptisée Mouvement Démocrate creuse son sillon entamé durant la campagne présidentielle. François Bayrou poursuit les mêmes critiques contre Nicolas Sarkozy (l'argent-roi, la dette, la concentration du pouvoir) et apparaît peut-être comme le plus cohérent dans le temps. Mais le patron du MoDem n'a pas de force de frappe politique. Amputé de ses députés après les législatives, il a devant lui l'immense chantier de construction d'un parti organisé et opérationnel. Sa pratique solitaire du combat politique est à ce titre pour lui un handicap. Un PS riche en élus mais sans tête et un MoDem sans réseau mais doté d'une voix, tel est l'un des paradoxes du paysage politique de la rentrée.
Villepin et Fillon meilleurs opposants ?
Ne cherchez pas le chef de l'opposition à gauche, il est de droite et se nomme Dominique de Villepin. Beaucoup de commentateurs présentent l'ancien rival de Nicolas sarkozy comme son actuel meilleur opposant. L'intéressé se voit lui en "chef de propositions" qui entend "dire ce qu'il pense" dans "l'esprit de cour" ambiant. La critique de Dominique de Villepin peut-elle porter comme celle d'un chef de l'opposition ? Empêtré dans l'affaire Clearstream et sans force politique aucune, le biographe de Napoléon apparaît plutôt comme un caillou dans la chaussure sarkozyenne que comme un opposant dangereux pour le chef de l'Etat.
Et si le chef de l'opposition se cachait alors dans la peau du Premier ministre ? Service minimum pour les profs, régimes spéciaux et maintenant faillite de l'Etat... François Fillon tombe régulièrement le masque de la langue de bois pour enfiler le costume sombre de la rupture. Au risque de faire passer Nicolas Sarkozy pour un faux dur ou contredire sa musique ultra-volontariste. Car le Premier ministre sait bien que vu l'état de l'opposition française, le président de la République a des mois tranquilles devant lui, tout au moins politiquement. Il en profite donc pour pousser la réforme le plus loin possible. François Fillon est lancé dans une course de vitesse contre la véritable opposition de tout pouvoir, le mur de la réalité qui vient si souvent ruiner la magie des promesses. Mais il est très dommageable que le débat public français se réduise aux couacs et petites phrases internes à la droite. Toutes les démocraties ont un chef de l'opposition, sans quoi le régime change sinon de nature tout au moins d'atmosphère.
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