François Fillon et Nicolas Sarkozy, le 24 juillet 2007 © TF1/LCI"Un peu de méthode ne nuit pas à la solution d'un problème". Une petite phrase prononcée mardi par Nicolas Sarkozy à Rennes, à propos du dossier des régimes spéciaux de retraites, et qui ne sonne guère comme un désaveu ; et pourtant, elle en dit long sur l'état de la relation entre le chef de l'Etat et son Premier ministre, alors que tous deux connaissent une nette baisse de popularité. Des tensions nettement plus vives lorsque les deux hommes ne sont pas en public, s'il faut en croire des proches du gouvernement. Outre une discussion au cours de laquelle ils se seraient clairement "frités", selon le mot d'un témoin, Nicolas Sarkozy aurait ostensiblement félicité Claude Guéant, dont le rôle de "principal collaborateur" du président a le don d'irriter François Fillon. Surtout quand la presse le voit en "Premier ministre bis", voire comme un possible prétendant à Matignon.
Nicolas Sarkozy semble ne pas avoir apprécié d'être pris de vitesse sur le dossier des retraites. Alors qu'il veut prendre le temps de la concertation, prendre les Français à témoin pour les convaincre de "l'injustice" des régimes spéciaux et ne surtout pas donner l'impression d'une réforme revancharde, François Fillon lui a quelque peu forcé la main en assurant dimanche ne plus attendre que son "signal" pour ouvrir les négociations avec les partenaires sociaux. Alors que l'omniprésence de Nicolas Sarkozy et le poids politique et médiatique de ses proches collaborateurs alimentent de manière récurrente les interrogations sur son rôle, François Fillon s'est ainsi posé une nouvelle fois en garant de la "rupture" promise durant la campagne. "C'est un peu mon rôle, en tant que chef du gouvernement, de faire les choses difficiles", expliquait-il la semaine dernière.
"François Fillon a eu raison de réagir"
Dans l'entourage du chef du gouvernement, on minimise la portée de la mise au point du chef de l'Etat sur les retraites : "La méthode, c'est la concertation des partenaires sociaux lorsque le président l'aura décidé". François Fillon lui-même n'a de cesse de vanter la "complicité" du "couple" qu'il forme avec le chef de l'Etat, acceptant de travailler "dans l'ombre". Mais il y a des mots qui blessent. Le Premier ministre avait ainsi clairement défendu son statut, après avoir été placé au rang de "collaborateur" par Nicolas Sarkozy. Un collaborateur, "c'est quelqu'un qui est appointé par un patron", tandis qu'un "homme politique (est) quelqu'un qui a des convictions et une légitimité, le suffrage universel", avait-il affirmé il y a huit jours, apparemment piqué au vif.
Ces dissensions larvée percent de plus en plus à jour. Invité mercredi matin sur LCI, Dominique de Villepin y est allé de son analyse, mettant en avant sa propre expérience à Matignon. Petite pique à son successeur François Fillon : "Un peu de méthode, c'est d'abord de reconnaître qu'il y a un problème, mais le faire avec doigté. La grande clé, c'est de faire les choses dans l'ordre". Tacle plus appuyé à l'ancien grand rival et actuel chef de l'Etat : un Premier ministre ne saurait être un "collaborateur" du président. "François Fillon a eu raison de réagir. On a la légitimité pour apporter au président une vision, une exigence (...) La décision est une décision partagée". A gauche aussi, on s'intéresse de près aux rapports entre les deux têtes de l'exécutif. Pour le député PS Arnaud Montebourg, la mise au point du chef de l'Etat est le "premier acte d'indiscipline, d'attitude frondeuse du Premier ministre par rapport au débordement permanent du président de la République". Selon lui, ce "premier conflit illustre bien la crise institutionnelle vers laquelle le système Sarkozy emmène le pays".
D'après agence
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