Les relations Sarkozy-Fillon : "une dérive dangereuse"

Par Propos recueillis par Renaud PILA, le 13 septembre 2007 à 16h12 , mis à jour le 13 septembre 2007 à 17h04

Interview - Pour l'ancien Premier ministre Pierre Mauroy, le style du chef de l'Etat risque "d'installer en France une forme de République bonapartiste". Il est favorable au maintien d'un régime parlementaire.

Retraites Fillon SarkozyPiere Mauroy le 3 mai 2007 à Lille

LCI.fr : François Fillon a lancé dimanche le débat sur les régimes spéciaux. Etes-vous favorable à cette réforme ? 
 
Pierre Mauroy : Je suis favorable à une réforme d'ensemble du régime général des retraites que la loi Fillon de 2003 a d'ailleurs prévue à l'horizon 2008. Certes, une réforme des régimes spéciaux s'impose au nom de l'équité. Toutefois, elle ne saurait être isolée de l'adaptation nécessaire du régime général. Le gouvernement doit renoncer à passer en force sur cette question. Il doit, au contraire, engager un dialogue avec les organisations syndicales qui soit à la hauteur de l'enjeu.

Je vous rappelle qu'il n'existe pas moins de 128 régimes spéciaux différents dont l'évolution ne peut être envisagée de la même façon pour tous. Leur réforme doit être conduite branche par branche, voire entreprise par entreprise, en tenant compte des spécificités de chacune et de la pénibilité des métiers. Enfin, je suis fortement attaché à la pérennité du système par répartition, ce qui implique des moyens nouveaux pour abonder le régime général, notamment par des revenus financiers.
 
LCI.fr : Sur ce sujet, le PS a répondu en ordre dispersé avec une approbation par Manuel Valls et une position critique de Benoît Hamon. N'est-ce pas une occasion manquée pour le parti d'afficher une position moderne ?
 
P.M. : La position moderne, c'est d'ouvrir une large négociation avec les organisations syndicales et de prendre le temps nécessaire pour aboutir à un accord. Annoncer, comme le Premier ministre vient de le faire, que "tout est prêt", c'est faire preuve de mépris à leur égard et provoquer un traumatisme inutile. Cette méthode n'est pas la bonne. Il semble, en outre, qu'elle ait entraîné une première pomme de discorde entre le président de la République et son Premier ministre. Sommes-nous en présence d'un jeu de rôles ou s'agit-il déjà de l'amorce d'une crise institutionnelle ?
 
LCI.fr : Quatre mois après sa défaite, la direction du parti ne doit-elle pas fixer de réelles règles de discipline collective pour présenter un projet cohérent ?
 
C'est ce qu'elle fait. Lors du bureau national de mardi dernier, la préoccupation de ses membres était de préciser la position du parti socialiste sur cette question. Elle a été adoptée à une très large majorité. Si certains ont pu se distinguer par des déclarations divergentes, elles ne représentent en rien la position du PS. Il est d'autant plus nécessaire de faire front commun que la réforme Fillon adoptée en 2003, qui n'abordait pas la question des régimes spéciaux, est un échec financier et social, qui se traduit notamment par des injustices accrues. Les très petites retraites sont en forte augmentation - on compte aujourd'hui 1 million de retraités en dessous du seuil de pauvreté - et le déficit de la branche vieillesse dépassera 3 milliards d'euros cette année.
 
LCI.fr : Avec votre expérience de Premier ministre, comment jugez-vous les 120 jours de François Fillon ?  Vous arrive-t-il de "souffrir" pour lui ?
 
La situation actuelle est surprenante, dans la mesure où François Fillon accepte une répartition nouvelle des rôles entre président et Premier ministre. Certes, des problèmes peuvent surgir entre les deux têtes de l'exécutif. Je note au passage que François Mitterrand et moi sommes toujours restés dans une relation de confiance et que nous n'avons jamais porté nos différends sur la place publique.
 
En minimisant le rôle de François Fillon et en donnant des pouvoirs de « Premier ministre bis » au secrétaire général de l'Elysée, le président dénature la lettre et l'esprit de la Constitution et amorce une dérive institutionnelle dangereuse. Nicolas Sarkozy a tout intérêt, me semble-t-il, à respecter la fonction du Premier ministre, qui est l'indispensable garantie d'un régime parlementaire.
 
LCI.fr : L'omniprésence de Nicolas Sarkozy pose-t-elle un problème institutionnel à la France ? 
 
Le problème se posera forcément à terme, si la dérive engagée aujourd'hui vers un régime présidentiel se poursuit. A mes yeux, cette évolution n'est pas souhaitable. En ouvrant la porte au régime présidentiel, le risque existe d'installer dans notre pays une forme de République bonapartiste. Je suis favorable au maintien du régime parlementaire actuel et à l'équilibre entre la légitimité donnée par le peuple à la fois au président de la République et au Parlement. Pourquoi d'ailleurs le remettre en question alors qu'autour de nous les grandes démocraties européennes qui réussissent, telles l'Allemagne, la Grande-Bretagne, l'Italie et d'autres, sont des démocraties parlementaires ?....
 
LCI.fr : Vous avez connu en 1981 une conjoncture économique difficile. Selon vous, le gouvernement a-t-il la bonne stratégie économique en soutenant la consommation aux dépends de la réduction des déficits ?
 
Souhaiter une meilleure croissance, soutenir la consommation, réduire les déficits est certainement souhaitable. Force est de constater que la croissance n'est pas au rendez-vous et que les déficits s'accroissent dans tous les domaines. Le gouvernement sera bien obligé de faire face à ces réalités.
 
LCI.fr : Avez-vous le sentiment que la rénovation du PS a commencé ? 
 
Oui, elle a commencé à la Rochelle. Certains s'attendaient à une explosion de critiques. Or,  c'est une ambiance de travail et de réflexion qui a prévalu chez les militants et les responsables. Le Premier secrétaire a fixé les grands axes de la rénovation et le calendrier a été largement approuvé. Je lui fais confiance, d'autant plus qu'il a annoncé qu'il remettrait son poste à la disposition du parti lors du prochain congrès. C'est raisonnable car une nouvelle génération apparaît et nous avons le devoir de nous adapter aux changements.
 
LCI.fr : Le PS doit-il désormais nouer des alliances avec le Modem pour les municipales, comme le pense Michel Rocard ?
 
On ne peut plus parler de l'union de la gauche comme il y a 25 ans. Mais le PS ne peut pas tourner le dos à ceux qui ont été ses alliés de toujours. Toutefois, il doit élargir son électorat. Déjà, lors des dernières élections législatives, de nombreux électeurs du centre ont voté pour les candidats du Parti socialiste. Le PS devra trouver des adaptations aux situations locales, pour que les électeurs qui le souhaitent puissent se retrouver dans ses propositions. 
 

Par Propos recueillis par Renaud PILA le 13 septembre 2007 à 16:12
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52 Commentaires

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  • Stephane, le 14/09/2007 à 13h54

    Jean pierre d'amiens au lieu de faire la morale et l'éloge sur le discours de pierre mauroy, apprenez deja a écrire correctement son nom ......... sachant que ce qu'il dit est has been ...

  • Lionel, le 14/09/2007 à 13h24

    Ou la la... Il est temps de prendre sa retraite M.Mauroy... Depuis quand l'Italie a un modèle constitutionnel satisfaisant?? C'est la 3ème République chez eux... Chez les allemands on a vu aussi après l'éléction de Merkel que la constitution d'un gouvernement avait été aisée... Quand à la Grande Bretagne, M.Mauroy oublie un petit détail et pas des moindres: Le système éléctoral fait qu'il n'y a que deux partis représentés. Dans ce cas effectivement, le système parlementaire marche bien. Moi je suis pas contre mais que vont dire les petits partis si on instaure ce genre de système bipartite?

  • La Zuze, le 14/09/2007 à 13h19

    Si la France a vote Sarkozy, je crois que c'est justement pour ce cote Bonapartiste. Dans ce pays ou on excuse tout ("c'est la faute de la societe, bla bla bla") ca fera pas de mal de shooter dans la fourmiliere. On a rien sans rien. SI on ne prend pas de risques, la France ne va pas aller en s'arrangeant...

  • Xx, le 14/09/2007 à 13h19

    De toute facon, y'a pas d'argent pour payer les retraites, soit on fait quelque chose, soi on sera en cessation de paiement. la question va etre très vite reglé.

  • Magiera, le 14/09/2007 à 12h11

    Quand mr Mauroy parle de "dérive dangereuse",il sait de quoi il parle, puisqu'on la connue sous le règne socialiste.

  • Preselle, le 14/09/2007 à 12h10

    Tiens re-voilà Pierre Mauroy... ce serait pas le gars qui a plongé la France dans une spirale de paupérisation accélérée en 1981 par hasard ???! jamais on n'a vu se réaliser en France un aussi phénoménal concentré de conneries que sous les premiers gouvernements Mauroy (on ne s'en est d'ailleurs toujours pas remis). En principe, cela devrait conduire ce monsieur à un minimum d'humilité...

  • Jean-pierre, le 14/09/2007 à 11h43

    A la lecture des dernières réactions, je vois que la plupart des réactions sont plutôt instinctives que constructives. J' espère que ce n'est pas ce que votre rédaction recherche, car dans ce cas ça ne fait pas avancer les choses. Maurois fait une analyse empreinte d'une grande sagesse. Certes, c'est plus facile quand on est dans l'opposition mais il n'empêche que dans le diagnostic de la situation actuelle il a tout bon.

  • Mitch, le 14/09/2007 à 11h08

    Après les éléphants, voilà les mammouths ! M. Mauroy n'a pas de leçon à donner à qui que ce soit, lui qui a rtempé dans les magouilles de Tonton Mitterand !

  • Fred, le 14/09/2007 à 10h36

    L'ignorant est bien souvent arrogant pour mieux masquer le vide spirituel et intellectuel qui l habite. Pas étonnant que les bourgeois non chalants et les petits ignorants votent Sarko

  • Fab, le 14/09/2007 à 10h26

    Bien sûr que Sarko c'est Napoléon Bonaparte, c'est pour ça qu'on a voté pour lui! Quant à vous, le PS, avalez votre Austerlitz et dites vous bien qu'il n'y aura pas de Waterloo

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