Nicolas Sarkozy © TF1/LCISur le bureau de Nicolas Sarkozy, les sondages de rentrée ont de quoi réjouir tout président. Ils oscillent entre 60 et 65% de popularité, après quatre mois à l'Elysée. Lors de ses déplacements, il est toujours accueilli comme une rock star et dans les conversations, vous remarquerez peu de gens qui ne reconnaissent pas la réalité d'une rupture avec le passé. Pourtant, il flotte en cette rentrée un parfum de morosité, cette morosité qui colle à la France depuis des années. Une enquête CSA réalisée la semaine dernière montre que 55% des Français sont pessimistes pour les six mois à venir. Pouvoir d'achat, suppressions d'emploi, déficits sociaux, les Unes des journaux déroulent toujours la même litanie. "Le pays n'est pas gai", comme le résume Jacques Attali. Mais où est donc l'effet Sarkozy ? Pourquoi un chef de l'Etat aussi populaire ne nous redonne pas le sourire ?
"Le phénomène de popularité politique est relativement indépendant du moral des Français, explique Jérôme Sainte-Marie., directeur de BVA Opinion. Cette dissociation n'a rien d'exceptionnel. Dans la période 1993-1995, Edouard Balladur a bénéficié d'une cote assez extraordinaire alors que la confiance de l'opinion était mauvaise en raison d'un climat économique dégradé." En effet, les ressorts de la popularité et du moral des Français ne sont pas les mêmes. La réussite de Nicolas Sarkozy peut s'expliquer par un mot : le mouvement. Il a compris mieux que tout le monde que les Français voulaient en finir avec l'immobilisme de l'ère Chirac ou Mitterrand. D'où un activisme inédit pour un locataire de l'Elysée dont la cour n'a jamais connu autant de caméras.
Comprendre la souffrance de chacun
Etre sur tous les fronts et surtout le faire savoir. Car bien agir sans communiquer, ce n'est pas bien agir, pour Nicolas Sarkozy. "Il incarne avant tout pour l'opinion une volonté politique. Pendant la campagne, la contestation de son bilan en matière de délinquance ne l'a pas atteint car aucune autre personnalité n'était reconnue comme plus déterminée que lui. C'est sa ressource essentielle", poursuit Jérome Sainte-Marie.
Au "Personne n'est plus volontaire que moi", il faut ajouter le "Personne ne vous comprend mieux que moi". Nicolas Sarkozy répond au besoin d'appropriation de l'élu par les citoyens, avec une présence sur le terrain maximale. Il donne l'impression d'être dans le quotidien de la souffrance de chacun, avec la même intensité et quelle que soit l' "importance" sociale de l'individu. Mgr Lustiger, un patron-pêcheur ou un gendarme tué ont droit aux même honneurs lors de leurs obsèques. Et lorsque Nicolas Sarkozy s'exprime dans l'affaire du pédophile Evrard, il n'hésite pas à réagir comme si son fils avait pu être la victime. Il se veut le président de tous les Français, voire de chaque Français, on est bien loin du père de la nation qui gardait de la hauteur.
Mais les Français ont beau avoir pour l'instant l'impression d'avoir choisi l'homme de la situation, leur moral ne remonte pas. "On a constaté une forte hausse du moral des ménages en juin, phénomène traditionnel après l'élection présidentielle. Mais cet été, le niveau est retombé et il est quasiment le même depuis deux ans. L'indicateur est en réalité lié à la situation financière des Français et leur perspective d'emploi. Il reproduit les évolutions à long terme de la croissance", affirme Eric Dubois, chef du département conjoncture de l'INSEE.. Or en France, depuis des années, à croissance molle, moral mou. Avec ou sans Sarkozy. Et les chiffres qui tombent depuis un mois ont vite recollé le président à la réalité du ralentissement économique. Le dernier en date en provenance de Bruxelles est alarmant : si l'Allemagne tire son épingle du jeu dans sa prévision de croissance pour cette année (2,4% prévu au lieu de 2,5%), la chute est très sévère pour la France qui passe de 2,4 à 1,9%.
Nicolas Sarkozy va-t-il dès lors, à la manière d'un Chirac, freiner les réformes, très douloureuses à mettre en œuvre en période de vaches maigres ? "Il n'est pas homme à laisser du temps au temps, prédit Jérôme Sainte-Marie. Sur l'exemple des retraites, s'il réussit à susciter débats et polémiques, il continuera à apparaître comme le parti du mouvement contre le parti des conservatismes. Par ce biais, il pourra dans sa logique montrer aux Français que les problèmes de croissance sont liés à ces conservatismes". Quitte à proposer des sacrifices pour obtenir à moyen et long termes des jours meilleurs. Alors seulement sera-t-il parvenu à convaincre qu'une exceptionnelle énergie peut transformer la popularité en levier pour engager les réformes qui donneront de la croissance et donc de la confiance.
Mais le volontarisme intact de Nicolas Sarkozy pourrait ne pas suffire si les inflexions de croissance se poursuivaient. La France serait alors plongée dans une forme de récession qui oblige à des choix difficiles, toujours coûteux en termes de popularité. C'est dans ce genre de circonstances que l'on voit se révéler ou non les hommes d'Etat. Ces derniers préfèrent le risque et l'intérêt du pays contre une réélection assurée.
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