Jean-François Copé le 6 sept 2006 © LCIXavier de Roux : Quand j'ai été élu député en 1993, j'ai démissionné de mon poste d'associé au cabinet pour devenir simplement consultant. Et lorsque j'ai été battu en 1997, je ne suis pas redevenu associé. Je suis resté consultant jusqu'à ma retraite.
LCI.fr : Quelle est la différence entre associé et consultant ?
La différence est considérable. Dans le premier cas, vous partagez les bénéfices du cabinet selon une claire répartition. Dans le deuxième cas, vous touchez un honoraire fixe qui est évidemment bien moins important que ce que peut toucher un associé. Il faut préciser que Jean-François Copé n'est pas associé du cabinet mais collaborateur. Il touche un honoraire fixe mensuel.
Cela a fait moins de bruit mais Hubert Védrine collabore avec le cabinet depuis cinq ans, en tant que consultant. Nous sommes des gros consommateurs (rires).
LCI.fr : Approuvez-vous le choix de Jean-François Copé d'exercer en plus de son mandat une activité professionnelle ?
Très honnêtement, je trouve incroyable que l'on ne prenne pas plus de députés qui ont une expérience professionnelle et qui sont dans la vie réelle. Il faut savoir si l'on ne veut que des députés fonctionnaires. Vous trouvez assez peu de parlementaires qui ont une connaissance réelle du droit des affaires ou de la vie économique.
J'ai été très frappé de voir que dans certains débats un peu techniques, on n'était que trois ou quatre en séance... Prenons l'exemple des stock-options, des droits d'auteur ou encore des class-actions, la méconnaissance était totale pour de très nombreux collègues. Si être député devient un métier, on se détache de la vie réelle.
LCI.fr : Mais ne doit-on pas plutôt labourer sa circonscription pour rester dans la réalité qu'exercer dans un cabinet d'affaires ?
Franchement, entre des problèmes de droit international, de concurrence, d'exportations, et ce que l'on peut raconter dans sa circonscription, ce n'est pas la même chose. Il faut savoir de quoi l'on parle... Quand on parle fusion EDF-GDF, ce n'est pas la même chose qu'un débat sur la vache laitière. L'Assemblée nationale est comme un orchestre où il faut tous les instruments.
LCI.fr : Comprenez-vous que l'on soit choqué par d'éventuels conflits d'intérêt ?
Tout à fait. C'est une question de déontologie. Il faut respecter deux textes : le règlement du Barreau et le règlement de l'Assemblée nationale. Ils vont dans le même sens et interdisent de mélanger son intérêt et les positions prises en tant que député.
LCI.fr : Ne vous semblerait-il pas normal d'interrompre son activité pendant la durée du mandat ?
Désolé d'être très terre-à-terre mais ça dépend à quels revenus on est habitué (rires)...Vous n'allez pas demander à quelqu'un de gagner dix fois moins une fois élu... Il y a des limites.
LCI.fr : Les cabinets d'avocats d'affaires ont-ils besoin de carnets d'adresses ?
Avec mon expérience, c'est un fantasme cette histoire de carnet d'adresses... Vous connaissez le fonctionnement des relations. Ce n'est pas parce que vous avez eu telle ou telle fonction que le président de tel ou tel groupe va faire ceci ou cela... A la limite, il vous prendra au téléphone et encore.
Le cabinet a essentiellement comme clients de très grandes sociétés dirigées souvent pas des gens qui ont une expérience gouvernementale ou para-gouvernementale. Prenez l'exemple de Daniel Bouton, le PDG de la Société Générale, ancien directeur de cabinet du Premier ministre Laurent Fabius. Il n'a pas besoin de Monsieur Copé pour téléphoner à Hervé Novelli ou Christine Lagarde. C'est bidon tout ça. Ce qui compte dans le monde des affaires, c'est d'avoir un certain renom, une certaine expérience et d'avoir appris son métier, d'être crédible.
LCI.fr : Comment expliquez-vous alors cette polémique ?
C'est très franco-français. C'est le problème des Français avec l'argent qui n'est toujours pas réglé. On aime en gagner mais il ne faut surtout pas le dire...
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