La vérité détonante d'un avocat sur "le cas Copé"

Par Propos recueillis par Renaud PILA, le 28 septembre 2007 à 15h12 , mis à jour le 03 octobre 2007 à 11h16

Membre fondateur du cabinet Gide Loyrette et Nouel et ancien député, Xavier de Roux s'étonne de la polémique autour de Jean-François Copé. "Les députés doivent exercer une activité professionnelle", affirme-t-il "en homme libre".

LCI-TF1, Jean-François Copé le 6 sept 2006Jean-François Copé le 6 sept 2006 © LCI
LCI.fr : Ancien associé du cabinet Gide Loyrette Noël où collabore aujourd'hui Jean-François Copé, quelle a été votre décision lors de votre élection à l'Assemblée nationale
 
Xavier de Roux : Quand j'ai été élu député en 1993, j'ai démissionné de mon poste d'associé au cabinet pour devenir simplement consultant. Et lorsque j'ai été battu en 1997, je ne suis pas redevenu associé. Je suis resté consultant jusqu'à ma retraite.  
 
LCI.fr : Quelle est la différence entre associé et consultant ?
 
La différence est considérable. Dans le premier cas, vous partagez les bénéfices du cabinet selon une claire répartition. Dans le deuxième cas, vous touchez un honoraire fixe qui est évidemment bien moins important que ce que peut toucher un associé. Il faut préciser que Jean-François Copé n'est pas associé du cabinet mais collaborateur. Il touche un honoraire fixe mensuel.
 
Cela a fait moins de bruit mais Hubert Védrine collabore avec le cabinet depuis cinq ans, en tant que consultant.  Nous sommes des gros consommateurs (rires).
 
LCI.fr : Approuvez-vous le choix de Jean-François Copé d'exercer en plus de son mandat une activité professionnelle ?  
 
Très honnêtement, je trouve incroyable que l'on ne prenne pas plus de députés qui ont une expérience professionnelle et qui sont dans la vie réelle. Il faut savoir si l'on ne veut que des députés fonctionnaires. Vous trouvez assez peu de parlementaires qui ont une connaissance réelle du droit des affaires ou de la vie économique.
 
J'ai été très frappé  de voir que dans certains débats un peu techniques, on n'était que trois ou quatre en séance... Prenons l'exemple des stock-options, des droits d'auteur ou encore des class-actions, la méconnaissance était totale pour de très nombreux collègues. Si être député devient un métier, on se détache de la vie réelle.
 
LCI.fr : Mais ne doit-on pas plutôt labourer sa circonscription pour rester dans la réalité qu'exercer dans un cabinet d'affaires ? 
 
Franchement, entre des problèmes de droit international, de concurrence, d'exportations, et ce que l'on peut raconter dans sa circonscription, ce n'est pas la même chose. Il faut savoir de quoi l'on parle... Quand on parle fusion EDF-GDF, ce n'est pas la même chose qu'un débat sur la vache laitière. L'Assemblée nationale est comme un orchestre où il faut tous les instruments. 
 
LCI.fr : Comprenez-vous que l'on soit choqué par d'éventuels conflits d'intérêt ?
 
Tout à fait. C'est une question de déontologie. Il faut respecter deux textes : le règlement du Barreau et le règlement de l'Assemblée nationale. Ils vont dans le même sens et interdisent de mélanger son intérêt et les positions prises en tant que député.
 
LCI.fr : Ne vous semblerait-il pas normal d'interrompre son activité pendant la durée du mandat ?
 
Désolé d'être très terre-à-terre mais ça dépend à quels revenus on est habitué (rires)...Vous n'allez pas demander à quelqu'un de gagner dix fois moins une fois élu... Il y a des limites.
 
LCI.fr : Les cabinets d'avocats d'affaires ont-ils besoin de carnets d'adresses ?
 
Avec mon expérience, c'est un fantasme cette histoire de carnet d'adresses... Vous connaissez le fonctionnement des relations. Ce n'est pas parce que vous avez eu telle ou telle fonction que le président de tel ou tel groupe va faire ceci ou cela... A la limite, il vous prendra au téléphone et encore.
 
Le cabinet a essentiellement comme clients de très grandes sociétés dirigées souvent pas des gens qui ont une expérience gouvernementale ou para-gouvernementale. Prenez l'exemple de Daniel Bouton, le PDG de la Société Générale, ancien directeur de cabinet du Premier ministre Laurent Fabius. Il n'a pas besoin de Monsieur Copé pour téléphoner à Hervé Novelli ou Christine Lagarde. C'est bidon tout ça. Ce qui compte dans le monde des affaires, c'est d'avoir un certain renom, une certaine expérience et d'avoir appris son métier, d'être crédible.
 
LCI.fr : Comment expliquez-vous alors cette polémique ?
 
C'est très franco-français. C'est le problème des Français avec l'argent qui n'est toujours pas réglé. On aime en gagner mais il ne faut surtout pas le dire...  
 
Par Propos recueillis par Renaud PILA le 28 septembre 2007 à 15:12
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22 Commentaires

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  • Gianni, le 01/10/2007 à 21h41

    Bravo cher Monsieur En France gagne de l'argent c'est tabou ! surtout pour les fontionnaires du ministere des finances c'est suspect !!!

  • Jez, le 01/10/2007 à 18h33

    J'aimerais faire remarquer à ce Monsieur que la "vie réelle" ne se résume pas au monde des affaires (et de l'affairisme) ... et que je sache on est tout autant en droit de se demander ce qu'il y connait au monde de la recherche, au monde de l'éducation ou à la vie ouvrière ... Alors il faut arrêter les délires et que les Français comprennent que l'on ne peut plus etre dirigé par des avocats et des énarques! Laissons la place aux entrepreneurs, aux ingénieurs ... (Madame Thatcher était Ingénieur chimiste!!)

  • GPC, le 01/10/2007 à 17h54

    J'aimerais savoir si c'est une vérité détonante ou détonnante?

  • Roland, le 01/10/2007 à 16h32

    Tout en disposant de journées de 36 heures, M. Copé , n'a toujours pas démontré qu'il était capable de casser 3 pattes à un canard

  • Adetournemire, le 01/10/2007 à 15h46

    Trés révélateur de la Morale selon la Droite. Qu'un socialiste plaide pour la justice sociale tout en étant Gauche Cavia et l'umpiste moyen s'étrangle. Que ce socialiste passe au service de leur Petit Futé de Neuilly et ils se gargarisent. Mais qu'on fasse remarquer que manger au ratelier des cumuls de mandats et des deniers publics tout en ayant un salaire dans un cabinet qui est partie prenante dans une transaction à haute teneur politique, et la Morale est réversible. La réussite sociale que chacun peut ambitionner, ça peut être autre chose que la réussite individuelle. Ca peut être la réussite de notre société. Entière.

  • Laurent, le 01/10/2007 à 15h36

    Quelle belle tribune, mais pourquoi le publier comme un article?

  • Rowali, le 01/10/2007 à 15h03

    Tout à fait d'accord.Je pense même que plus les dirigeants sont riches moins ils sont tentés de recourir aux combines.En outre ayant fait fortune ils ont fait preuve de compétence, ce qui n'est pas inutile pour gérer les affaires publiques.Les suisses plus pragmatiques ont porté au Conseil Federal un des milliardaires les plus riches du pays.Rien de plus dangereux qu'un élu tirant le diable par la queue et avide de faire " sa pelote" pendant son mandat

  • Seb, le 01/10/2007 à 15h02

    Comment pensez vous que l'on réagit quand on lit ça "ça dépend à quels revenus on est habitué (rires)...Vous n'allez pas demander à quelqu'un de gagner dix fois moins une fois élu... Il y a des limites." Les élus sont remunérés honorablement et n'ont aucunes charges, nous on bosse comme des mules pour 1000euros.Il pourrai profiter de leur temps libre pour faire du sport, ça leur ferai du bien...

  • Fred, le 01/10/2007 à 14h37

    Et surtout, ne précisez pas que Xavier de Roux est membre de l'UMP...

  • JGH, le 01/10/2007 à 13h17

    Disposer d'une assemblée nationale composée essentiellement de juristes et économistes irrait à l'encontre même de la vocation de l'assemblée: représenter la population dans toute sa diversité...

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