© AFPLCI.fr : N'avez-vous pas eu l'impression d'assister la semaine dernière à un recadrage de la majorité par Nicolas Sarkozy lors de son discours à l'Elysée ?
Je ne parlerai pas de recadrage mais de nécessité de replacer les réformes dans un contexte d'ensemble. Il y avait dans le discours de Nicolas Sarkozy la volonté d'être très présent dans le débat, tant au parlement qu'à l'UMP, et au-delà. Cette volonté permanente d'imprégner ses réformes est très grande.
La seule interrogation de certains parlementaires, c'est le niveau de la dépense publique, tant sur le projet de loi de Finances que sur celui de la Sécurité sociale.
LCI.fr : Le rejet de toute politique de rigueur par le chef de l'Etat n'est-il pas inquiétant ?
Nicolas Sarkozy a répété qu'il avait comme objectif de tenir ses engagements de réduction des déficits en 2012. L'expérience qui est la sienne le convainc que pour faire de réformes, il ne faut pas demander actuellement de sacrifices sur le pouvoir d'achat aux Français. Les sacrifices à faire, c'est une meilleure gestion du pays d'où les réformes actuelle, comme celle de la collecte de l'impôt, comme la multiplication des audits... La maîtrise des déficits viendra d'une réorganisation de l'Etat : remise en cause de l'empilement des structures, des procédures...
La commission Attali montre bien que les services publics ou privés font payer cher leurs services aux Français, d'où la nécessité d'une concurrence... Nous sommes prisonniers des mots donc si le mot austérité apparaissait, il s'opposerait aux réformes nécessaires.
Toutefois, je le dis : attention à certaines dépenses publiques. Actuellement, le budget de l'Etat providence français , c'est 637 milliards d'euros, 24 prestations entre la naissance et la mort...On est sur le point de battre la Suède. C'est très bien en termes d'acquis mais il ne faut pas que l'Etat providence étouffe l'emploi. Aujourd'hui, la priorité, c'est la compétitivité de l'économie française pour créer des richesses et financer les dépenses sociales.
LCI.fr : A côté du paquet fiscal pour les classes moyennes, ne faudrait-il pas une ou deux mesures symboliques de justice sociale ?
Une remarque importante : je suis persuadé que le chômage sera de 5 ou 6% d'ici trois à cinq ans. Je suis convaincu que le niveau d'attractivité de la France se sera amélioré. Mais il va falloir être extrêmement attentif sur la perception des injustices. Si l'on regarde la Suède et ses remarquables résultats, le gouvernement de centre-droit est pourtant impopulaire car la perception des inégalités s'y est aggravée ces dernières années. Ce sera la même chose en France si l'on n'y prend pas garde.
Ca veut dire que nous avons une absolue exigence de répondre à ces attentes populaires. Aujourd'hui, c'est d'abord retrouver le plein emploi mais aussi redonner du pouvoir d'achat à ceux qui n'en ont pas. D'où l'importance des heures supplémentaires, de l'accession à la propriété, et une fiscalité juste. Le paquet fiscal profite à 80% à la classe moyenne et aux classes populaires. Certains ont été heurtés par les 20% restants... Mais dans un monde ouvert, on ne peut pas laisser partir notre matière grise et nos entreprises.
On doit toutefois faire deux gestes de justice : ceux qui ont des très hauts revenus ont désormais un plafond (pas plus de 50% des revenus en impôt). A l'inverse, j'aimerais un plancher car avec toutes les niches fiscales, ces foyers ne doivent pas échapper à l'impôt. L'autre concerne les bas salaires. Nous avons donné un coup de pouce à la prime pour l'emploi cette année. Je souhaite qu'en 2008, elle apparaisse dans la fiche de paie et qu'elle soit améliorée.
LCI.fr : Le projet de loi sur l'immigration d'Hortefeux n'en finit pas de faire des vagues à droite entre une sensibilité libérale et une sensibilité plus dure. Quelle est votre position ?
Douze pays européens ont adopté le dispositif des tests ADN. Néanmoins, dans la société française, je ne crois pas qu'il soit nécessaire d'aborder le problème de l'immigration par cette voie.
LCI.fr : Le débat a été mal engagé ?
Il n'est pas d'origine gouvernemental mais vient d'un amendement parlementaire. Pour aborder ces problèmes d'éthique, il faut beaucoup de temps et beaucoup de pédagogie.
Là, nous n'avons eu ni le temps ni la pédagogie. Donc personnellement, je ne suis pas favorable à l'introduction de ces tests ADN dans le débat sur l'immigration.
LCI.fr : La sagesse serait-elle de retirer cet amendement en Commission mixte paritaire ?
La responsabilité revient aux députés de la CMP ou à l'influence du gouvernement sur cette commission. On ne peut pas juger de ce qui se passera.
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