François Hollande, invité de TF1 le 2 septembre 2007 © TF1/LCI"L'abstention parlementaire au Congrès, c'est l'abstinence européenne et l'Europe, c'est comme l'amour, ça doit se consommer". Ce député européen socialiste prend encore les choses avec humour et pourtant la situation de son parti ne prête pas à rire. Deux ans après le référendum sur la Constitution de VGE, voilà les socialistes à nouveau empêtrés dans le débat européen, incapables de prendre une position commune sur le traité simplifié adopté vendredi dernier par les 27 à Lisbonne. Or, de l'aveu même de François Hollande, les divisions lors du référendum ont laissé des séquelles jusqu'à la présidentielle et ont contribué à l'échec du PS il y a cinq mois. La question européenne est aujourd'hui propice à une clarification idéologique, la fameuse "rénovation" du parti, avec en ligne de mire, le leadership sur le PS et la présidentielle de 2012
Selon divers participants au bureau national de mardi soir, la discussion s'est déroulé dans un bon climat et a permis aux uns et aux autres de présenter leurs positions. "Le PS a décidé de ne pas faire obstacle au traité, de ne pas dire « non ». C'est déjà énorme", souligne le strauss-kahnien Jean-Christophe Cambadélis. Seuls Jean-Luc Mélenchon et Henri Emmanuelli ont maintenu leur volonté de refuser le traité simplifié. En réalité, cette réunion a surtout vu les partisans du "oui" passer à l'offensive. Lundi déjà, Ségolène Royal avait estimé dans une interview à Libé qu'il fallait "adopter le texte le plus vite possible". Deux jours plus tard, ce sont Pierre Mauroy, Pierre Moscovici, Jean-Marc Ayrault et surtout Bertrand Delanoë qui ont prôné un vote positif.
"Crois-tu qu'en politique, on suit quelqu'un qui s'abstient ?"
Mercredi matin, le maire de Paris s'est même fendu d'un communiqué à l'AFP : "S'abstenir sur ce traité reviendrait, pour les socialistes français, à laisser le chef de l'Etat s'approprier une ligne soutenue par toute l'Europe progressiste", affirme-t-il. Car pour de nombreux socialistes, avec ce traité et la façon dont il l'a présenté, Nicolas Sarkozy a tendu un joli piège. . La venue du président le week-end dernier au siège de l'UMP pour battre le rappel de ses troupes et souligner son succès dans la négociation a achevé de les convaincre. "L'obstacle à la ratification du traité simplifié c'est en fin de compte Sarkozy lui-même qui a décidé de faire de ce qui va de soit, un argument pour soi", explique Jean-Christophe Cambadélis.
Devant les divergences exprimées au bureau national (BN) mardi, François Hollande a décidé... de ne pas décider. Il s'est donné deux semaines pour dégager "une position collective", entre l'abstention ou le "oui critique". Faute d'accord, "la position majoritaire" l'emportera lors d'un vote du BN. Au vu de la composition de cette instance, le "oui" pourrait l'emporter. "Hollande a une nouvelle fois pêché par indécision et calcul. S'il avait dit dès mardi que le PS ne faisait pas obstacle au traité, on n'en parlerait plus. Là, une fois de plus, on est dans le flou artistique", regrette un participant du bureau. Un autre, farouche partisan du "oui", a interpellé le Premier secrétaire en ces termes : "j'ai cru comprendre, François, que tu avais quelque ambition nationale, crois-tu qu'en politique on suit quelqu'un qui s'abstient ? Affichons nos convictions".
Pour François Hollande, la partie n'est pas simple. Il se retrouve coincé entre les aficionados du oui et les partisans du non qui représentent encore dans les fédérations de nombreux militants. Son avenir, après son départ du premier secrétariat à l'automne 2008, tient aussi dans la fameuse synthèse du oui et du non. Car au Parti socialiste, "il faut être bilingue, plaisante un fin connaisseur de la rue de Solférino. Il y a la réponse à la question posée et l'effet à terme de la réponse". Ainsi, certains voient dans l'offensive de Bertrand Delanoë une manière de constituer autour de lui un "bloc du oui", mettant certains partisans de Ségolène Royal favorables au "non" dans l'embarras (Arnaud Montebourg, Vincent Peillon).
Reste qu'à l'heure où l'opposition cherche encore ses marques, il y a lieu de s'inquiéter de voir tel ou tel dirigeant socialiste pratiquer encore le billard à trois bandes sur un sujet aussi important que l'Europe. Certes la gauche française doit compter avec sa frange "noniste" et ne pas se couper des couches populaires, mais une abstention sur un texte adopté, entre autres, par les socialistes italiens et portugais ne priverait-il pas les socialistes français d'un vrai signal de rénovation ? Nicolas Sarkozy n'utiliserait-il pas alors à plein ses cartouches issues de l'ouverture ? Mercredi, une première tribune parue dans Libé donnait le ton de la campagne gouvernementale pour le traité simplifié. Elle était cosignée par... deux socialistes, Bernard Kouchner et Jean-Pierre Jouyet.
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