Ségolène ROyal en visite en Argentine à l'occasion de l'élection présidentielle, le 28 octobre 2007 © TF1/LCI"Amigas, Amigos... Je vous écris de Buenos Aires où je suis arrivée vendredi et où j'ai rencontré Cristina Kirchner, candidate favorite de l'élection présidentielle argentine. Ne soyez pas surpris par la graphie de cette petite lettre depuis l'hémisphère sud : je l'ai tapée pour partie sur un clavier espagnol qui ne comporte pas les mêmes signes et, après transfert sur un "azerty" francophone, les corrections laissent certainement à désirer..."
Le style est direct, le lien se veut intime. Ségolène Royal veut renouer le contact avec ses partisans de Désirs d'avenir, l'association qui fut au cœur de sa campagne présidentielle. Partie en déplacement en Argentine puis au Chili, elle a envoyé dimanche par mail une lettre ressemblant fort à celles que l'on reçoit d'amis donnant des nouvelles lors d'un tour du monde. Utilisant le "je" tout au long de ce courrier, racontant avec forces détails sa rencontre en tête à tête avec Cristina Kirchner élue dimanche présidente de l'Argentine, l'ex-candidate socialiste joue à fond la carte de la proximité, loin des rivalités de pouvoirs qui animent, ou plutôt asphyxient, le PS. La dernière réunion du Conseil national du parti samedi dernier n'a pas brillé par le foisonnement d'idées nouvelles...
Ségolène Royal préfère donc voyager et puiser ici ou là des recettes pour rénover la gauche française. "Cristina Kirchner m'explique aussi comment elle souhaite promouvoir, par une négociation tripartite entre l'Etat, les entreprises et les représentants des salaries, ce qu'elle appelle "un nouveau modèle d'accumulation" qui englobe, au delà des salaires et des prix, toutes les dimensions d'une croissance plus équitablement partagée. J'y vois des points communs avec ce que, durant ma campagne, j'ai appelé "un nouveau modèle de croissance".
"Assumer sa féminité et sa combatitivité"
Ségolène Royal a-t-elle rangé la rancune à la rivière ? Elle n'hésite pas à complimenter son ex-rival Dominique Strauss-Kahn. "Cristina me dit en riant espérer que Dominique Strauss-Kahn, désormais à la tête du FMI, aura à cœur d'en changer les mœurs et les pratiques impérieuses et ravageuses, son pays en sait quelque chose, pour ceux qui se conforment à ses diktats. Je lui dis que, compte tenu de la personnalité et de l'expérience de DSK, cet espoir me parait fondé".
Habilement, la présidente de la région Poitou-Charentes veut voir rejaillir sur elle la réussite de Cristina Kirchner. "Nous parlons aussi des questions relatives à la sécurité, qui deviennent, là-bas comme ici, une préoccupation plus forte. Cristina me dit que l'Argentine, comme le Chili et l'Uruguay, jouissent d'un niveau de sécurité appréciable par rapport à des pays comme le Brésil ou le Mexique. Cependant, la société argentine éprouve un sentiment d'insécurité qu'il faut prendre au sérieux et qui a à voir avec l'extrême insécurité sociale des années de crise et avec le trafic de drogue, en particulier d'un sous-produit particulièrement meurtrier de la cocaïne. Je me retrouve dans sa manière d'aborder ces sujets".
Enfin, après Michèle Bachelet au Chili, Ségolène Royal veut montrer avec la nouvelle présidente argentine que l'heure des femmes a sonné, même si c'est pour elle plus difficile. "Nous plaisantons des remarques machistes que nous avons, l'une et l'autre, essuyées en campagne (...) Cristina me dit que tout cela l'atteint peu, qu'elle a déjà une longue expérience politique, qu'elle a été élue députée et sénatrice bien avant que son mari soit Président de la République. Elle me dit qu'elle a décidé une fois pour toutes d'être elle-même : une femme politique à part entière, qui assume et sa féminité et sa combativité". Une décision que Ségolène Royal semble faire sienne, en marge du parti, par petites touches.
| Un coup de fil de l'Elysée |
Nicolas Sarkozy a téléphoné à Cristina Kirchner lundi. "Il a tenu à la féliciter pour sa brillante victoire, obtenue dès le premier tour et lui a adressé ses voeux les plus chaleureux de réussite", a annoncé l'Elysée dans un communiqué. Le chef de l'Etat a encore assuré Mme Kirchner "de sa volonté de travailler au renforcement de notre dialogue, de nos relations bilatérales et au développement de notre concertation sur les grands dossiers internationaux, où les convergences entre nos deux pays sont fortes". |
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