Karim Boudjema, candidat UMP à RennesLe fauteuil du maire de Rennes est occupé par le socialiste Edmond Hervé depuis 30 ans. Il ne se représente pas et laisse Daniel Delaveau porter les couleurs de la gauche. La droite locale en profite pour se renouveler et donne sa chance à une figure de la médecine rennaise, Karim Boudjema, nouveau venu en politique. Patron de l'UMP dans cette région, Pierre Méhaignerie veut en faire un symbole de l'ouverture prônée par Nicolas Sarkozy pour les municipales.
LCI.fr : Vous n'êtes pas membre de l'UMP. Comment êtes-vous entré en politique ?
Karim Boudjema : Je me suis engagé récemment, à la faveur de la dernière présidentielle. J'ai senti un mouvement d'ouverture : l'âge des candidats à la présidence, la présence d'une femme dans la course. Tout cela a crée un esprit de liberté. Je me suis manifesté et suis devenu président du comité de soutien de Nicolas Sarkozy à Rennes. J'ai rencontré des gens ici et là qui m'ont poussé et aidé à aller plus loin.
LCI.fr : Au départ, vous considérez-vous comme un homme de droite ?
K.B : C'est une question difficile. Je refuse de me faire catégoriser à droite ou à gauche. Il faut échapper à ce mode de raisonnement un peu binaire. Mes valeurs morales se situent à gauche, mon souci de l'émancipation de la personne me situe plutôt à droite. Mon aversion pour le collectivisme me repousse de la gauche et mon aversion pour le libéralisme destructeur me remet un peu au milieu. Si j'avais eu à choisir il y a quelques années, j'aurais choisi la démocratie chrétienne, la démocratie sociale.
LCI.fr : Cela tombe bien car Rennes est une terre de démocratie chrétienne...
K.B : Oui tout à fait. Ce n'est pas un hasard si j'aime cette ville et si j'aime ses habitants. On s'y sent bien, c'est une vile très ouverte et très tolérante. Ceci explique cela sans doute...
LCI.fr : Dans votre discours, on voit clairement un refus des étiquettes. C'est le sens de l'ouverture voulue par Nicolas Sarkozy pour les municipales ?
K.B : Exactement. Inconsciemment, je pense que Nicolas Sarkozy a eu une influence considérable sur des gens comme moi qui auparavant n'osaient pas s'exprimer. Ils avaient peur d'être étiqueter à droite ou à gauche alors qu'aujourd'hui tout est possible. C'est d'autant plus vrai que lors des élections municipales, on s'éloigne un peu de la politique traditionnelle pour entrer dans une dimension plus concrète et plus à la portée des citoyens.
LCI.fr : On vous présente comme un candidat de la diversité, quelles sont vos origines ?
K.B : Mon père est algérien et ma mère est française. J'ai grandi en Algérie et je suis venu en France pour faire mes études de médecine.
LCI.fr : La gauche a-t-elle raté, selon vous, son rendez-vous avec les Français d'origine immigrée ?
Peut-être. Je m'interroge parfois sur ce que j'aurais fait si j'avais été sollicité par des hommes ou des femmes de gauche. Je n'aurais pas refusé en raison de leur engagement à gauche.
l y a aujourd'hui en France un mouvement qui veut que l'on aplanisse le passé et qu'on fasse de l'histoire de la France une couche supplémentaire dans sa progression.
LCI.fr : Localement, votre investiture a-t-elle fait grincer des dents à l'UMP ?
K.B : Quelques unes mais très majoritairement, j'ai été le bienvenu. J'ai tout de suite perçu que je représentais pour beaucoup d'hommes et de femmes qui sont engagés depuis longtemps dans un parti un souffle nouveau. Finalement, je les ai séduis par ma volonté de m'écarter des étiquettes et des partis.
LCI.fr : Comment percevez-vous les débats qui agitent le gouvernement à propos de la loi sur l'immigration ? Certains mots ont fusé, comme "dégueulasse"...
K.B : C'est un débat normal avec des mots nouveaux. Cela aurait pu venir d'une autre personne ayant le même âge, ayant eu le même parcours mais pas forcément le même nom.
LCI.fr : Quelle est votre position dans le débat sur les tests ADN ?
K.B : J'y suis opposé. On veut en faire un moyen de lutte contre l'immigration, et ça me choque. Ca peut être un moyen de légitimation d'une filiation, utile à ceux qui s'interrogent sur l'origine d'une paternité. Mais introduire ces tests ADN dans une politique migratoire, ça me heurte.
LCI.fr : Comment allez-vous construire votre campagne à Rennes, une ville où Ségolène Royal a réalisé l'un de ses meilleurs scores au 2nd tour (62%) ?
K.B : Je ne suis pas donné gagnant mais je suis confiant. Je vais être moi-même et incarner le renouveau. Edmond Hervé (PS) a été maire pendant 30 ans. Il a fait des choses remarquables et porté cette ville au niveau où elle est. Mais aujourd'hui, il faut du changement. Je ne vais pas critiquer ce qui a été fait pendant cette campagne et me positionnerai pas comme un adversaire permanent du camp d'en face. Je vais faire des propositions concrètes.
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