© AFP/Abba Ali KayaDepuis le début de l'affaire de l'Arche de Zoé, la justice tchadienne fait preuve de fermeté. Samedi encore, alors qu'on parlait la veille de libération imminente des journalistes français et du personnel navigant espagnol, les magistrats ont montré qu'ils ne voulaient pas se faire dicter la loi. Ainsi, les auditions par le juge d'instruction de N'Djamena, chargé du dossier des 21 inculpés d''enlèvement' de 103 enfants vers la France ou de "complicité", se poursuivaient dans la soirée (voir la vidéo). Premiers à être entendus : les trois journalistes français, les quatre hôtesses espagnoles et le président de l'Arche de Zoé, Eric Breteau.
Vers un nouveau procès pour l'Arche de Zoé
Le parquet de Paris a requis le renvoi devant le tribunal correctionnel de six membres de l'Arche de Zoé, soupçonnés d'avoir tenté d'exfiltrer 103 enfants du Tchad vers la France en octobre 2007.
Publié le 14/09/2010
Lors de son audition, ce dernier a dédouané les journalistes et l'équipage espagnol, selon une source judiciaire. "Il a affirmé que lui et ses cinq compagnons étaient responsables de l'opération Children rescue (appellation de l'Arche de Zoé au Tchad)". "Ils (l'Arche de Zoé) voulaient se faire connaître, c'est pourquoi ils ont invité des journalistes à participer à l'opération", a expliqué la source. Les auditions se poursuivaient samedi soir avec les interrogatoires de trois des quatre Tchadiens inculpés dans cette affaire.
Manière de montrer que la justice décide seule, même si le président tchadien lui-même a pris position pour la libération des journalistes français et personnels de l'air espagnols, la justice n'excluait pas d'entendre de nouveaux les journalistes dimanche, voire en début de semaine. Pour ne pas rendre plus difficile le sort des jouranlistes, Robert Ménard et Hervé Chabalier, les patrons de RSF (Reporters sans frontières) et de l'agence Capa (pour laquelle travaille l'un des journalistes détenus), montraient patte blanche : pas question de faire du "forcing" auprès des autorités tchadiennes, la décision revient à la justice, assuraient-ils à leur arrivée samedi à N'Djamena. Seulement de venir les soutenir (Voir la vidéo). Le président tchadien, Idriss Deby a pour sa part réuni samedi à la présidence à N'Djamena une "cellule de crise".
Enquête en France, manifestation à Marseille
Les auditions à N'Djamena "ont pour objectif d'arriver à la manifestation de la vérité et déterminer qui est impliqué dans cette affaire et qui ne l'est pas", explique une source judiciaire, avant que soit décidé par le parquet d'un non-lieu ou d'un renvoi devant la justice.
En France également, on cherche à éclaircir le dossier. Le Premier ministre François Fillon a demandé au ministre des Affaires étrangères et au ministre de la Défense d'enquêter sur les circonstances qui ont permis à l'association l'Arche de Zoé de dissimuler "son identité et ses agissements" aux personnels de l'Etat français.
Une centaine de personnes ont participé samedi matin à une marche silencieuse à Marseille, en soutien aux membres de l'Arche de Zoé (voir la vidéo).
5 à 20 ans de travaux forcés
L'avocat français des bénévoles de l'Arche de Zoé, Me Gilbert Collard, arrivé samedi au Tchad, a indiqué qu'il espérait rencontrer "mercredi ou jeudi" les 9 Français détenus. Les 21 inculpés, tous incarcérés, encourent de cinq à vingt ans de travaux forcés. L'Arche de Zoé affirme que les 103 enfants étaient des "orphelins" du Darfour, ce que contredisent les premiers éléments d'une enquête menée par des organisations humanitaires internationales.
Le reporter Marc Garmirian et le photographe Jean-Daniel Guillou étaient en reportage pour couvrir l'opération. Le cas de Marie-Agnès Peleran, journaliste de France 3, est plus délicat car elle était en "congé humanitaire de solidarité". Mais selon Paul Nahon, directeur général adjoint à France 3, elle "faisait son travail de journaliste" lorsqu'elle a été arrêtée. "Elle n'a jamais menti sur sa venue au Tchad et ne fait pas partie de l'Arche de Zoé. Elle est venue en congé sans solde", a-t-il dit.
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