François Hollande © TF1/LCILe 6 novembre 2007 aurait pu être une belle journée pour le Parti socialiste, le signal tant attendu que la rénovation a bel et bien commencé. Un nouveau cycle. Comme ses voisins italiens, espagnols ou allemands, il a, et oui, majoritairement approuvé le traité européen simplifié adopté par les 27. La décision n'allait pas de soi, loin de là, il y a encore un mois, tant les pression internes pour l'abstention ou le non étaient fortes. Mais l'offensive pour le oui menée par Bertrand Delanoë, Ségolène Royal, les strauss-kahniens et les rénovateurs a convaincu François Hollande qu'un non-choix serait ruineux vis-à-vis de l'opinion publique. Il s'est donc personnellement impliqué dans la clarification. Comment faire comprendre aux Français que sur un sujet aussi majeur que l'Europe, le principal parti d'opposition refusait de se prononcer, pour la seule raison que le traité ait été défendu par Nicolas Sarkozy ? Oui, le 6 novembre 2007, la social-démocratie française a fait un grand pas en avant, affichant ses convictions européennes en lieu et place des petits calculs qui sont l'ADN de la vie politique au quotidien. Ce jour a vu la fin du faux consensus, du flou tactique et des communiqués alambiqués.
Mais en politique comme ailleurs, le diable se cache souvent dans les détails... Et lors de ce 6 novembre, les détails ont été si gros lors du Bureau national que cette journée n'a pas été très belle pour le Parti socialiste. Si l'on regarde le vote du Bureau national, la surprise est venue du nombre des non (20 voix, contre 36 pour le oui) alors qu'on s'attendait à ce que les ex-nonistes du référendum de 2005, aujourd'hui affaiblis, se réfugient dans l'abstention. Bien au contraire, ils font de la résistance, alignant leur position sur celle des communistes et des amis d'Olivier Besancenot, ce qui prouve que le socialisme à tendance marxiste occupe encore pas mal d'étages rue de Solférino.
Toujours pas de discipline collective
Surtout, le choix de François Hollande de reporter le débat sur l'exigence ou non d'un référendum pour ratifier le traité a précipité la reformation de l'ex-coalition des Non. "Demander un référendum pour s'abstenir c'est totalement débile parce que l'on prend une position illisible", a eu beau répéter Pierre Moscovici, les amis de Laurent Fabius ont annoncé leur intention de faire campagne en sa faveur. Et ce proche de Dominique Strauss-Kahn de conclure : "nous sommes tombés dans le piège de la division". Ce n'est donc pas la fin d'un cycle mais la perpétuation du vieux clivage européen, celui qui définit les lignes diront les optimistes, celui qui plombe le PS depuis 30 ans rétorqueront les pragmatiques.
On est loin de la clarification et de la fin des ambiguïtés voulues par la direction du PS. Le message va continuer à se brouiller pendant les prochaines semaines et Benoît Hamon, le "Monsieur Europe" du parti en a tiré mardi soir les conclusions en démissionnant de ses fonctions. Derrière cette démission se joue aussi des trajectoires individuelles, à un an du prochain Congrès. Ainsi, le ralliement du noniste Vincent Peillon au traité s'explique par sa volonté de ne pas gêner Ségolène Royal.
Ainsi donc, au soir du 6 novembre, le PS a "une position officielle" sur le traité européen mais toujours pas de discipline collective. François Hollande renouvelle la même erreur qu'en 2005 avec un parti où les "nonistes" peuvent conserver leur liberté de vote sans encourir de sanctions. Le vote du Bureau national porte en lui les ferments de la division. S'il avait réglé en deux heures le fond du problème posé (oui ou non au traité) et la forme (référendum ou vote parlementaire), il aurait pu passer avec sérieux aux batailles suivantes : quel contenu social pour l'Europe de l'après-Lisbonne ? Quelles solutions communes pour la crise énergétique ? Quelle défense future pour les 27 ? Mais les socialistes français ont raté le coche. Du côté de la rue de Solférino, tous comptes faits, rien de bien nouveau...
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