Marine Le Pen, le 4 novembre 2007 au Grand Jury © TF1-LCIOn la disait plus modérée que son père, on la présentait comme le visage "soft" du Front national, on lui prédisait un avenir à la Gianfranco Fini. Et bien, détrompez-vous, Marine Le Pen reprend pleinement le flambeau de Jean-Marie Le Pen, avec la même démagogie, diront ses détracteurs, avec la même foi, diront ses partisans.
Invitée dimanche soir du Grand Jury RTL-Le Monde-LCI, celle qui ne cache plus ses ambitions pour 2012 a livré avec fougue et sans nuances un réquisitoire total contre Nicolas Sarkozy. Sur l'air de "rien n'a changé, rien ne changera", elle a dressé pendant une heure un tableau si noir du pays qu'un journaliste lui demanda : "Mais c'est l'apocalypse ?" ""Oui, c'est l'apocalypse", osa-t-elle, et de citer en vrac la délinquance qui augmente, l'immigration qui progresse, l'école qui n'est pas réformée, la nation qui se délite, la réforme des retraites qui n'en est pas une...
Sur les sujets fétiches du FN, l'immigration et l'insécurité, Marine le Pen a utilisé les termes chers à son père, "les vannes" de l'immigration, la délinquance qui "explose"... En politique, la sémantique forme le message, le contenant définit le contenu et les mots sont une arme... Tout comme pour Jean-Marie Le Pen, pour Marine Le Pen, un partisan d'une Europe intégrée est un "européiste", et dans sa bouche, cela sonne comme une insulte. Pour elle, Nicolas Sarkozy est "un président mondialiste", tout comme l'aurait été Ségolène Royal ou François Bayrou d'ailleurs... Car pour la vice-présidente du FN, il se moque de la situation économique des "nationaux", c'est-à-dire des Français, et veut attirer une "immigration choisie", c'est-à-dire des "informaticiens indiens" ou autres salariés de l'étranger...
"Ce n'est pas Rachida Dati mais Rachida Blabla"
Dimanche soir, Marine Le Pen a repris un vieux slogan de son père, répété et répété depuis plus de trente ans : Nicolas Sarkozy ne réussira rien car il est "un candidat du système". Dans les années 80 et 90, c'était la fameuse dénonciation de la "bande des quatre" , PC, PS, UDF et RPR. Déjà en avril dernier, un tract du candidat du FN dénonçait : « Tous anciens ministres, tous responsables, tous coupables ! ». Il évoquait en creux l'authenticité du Front national, par opposition à la « fausse nouveauté » des autres candidats.
Ceux qui suivent depuis des années les émissions radiotélévisées de Jean-Marie Le Pen ont pu retrouver ses chères citations ou jeux de mots dans la prestation de sa fille Marine. Alors qu'un journaliste expliquait qu'il fallait bien "un début à tout en matière de réformes", l'invitée lui a coupé la parole en déclamant le fameux "Anne, ma sœur Anne, ne vois-tu rien venir ?". Pour commenter la réforme de la carte judiciaire, Marine Le Pen a lancé l'œil noir , "ce n'est pas Rachida Dati mais Rachida Blabla".
Devant tant de critiques tous azimuts contre un Nicolas Sarkozy, qualifié pourtant par Jean-Marie Le Pen en avril "d'homme avec qui on peut parler", on cherche à comprendre les raisons d'une telle offensive. Marine Le Pen a donné une partie de la réponse dans l'émission, affirmant regretter de ne pas avoir été "assez dure" contre le candidat de l'UMP pendant la campagne. "Le FN n'a pas réussi à montrer au peuple que Nicolas Sarkozy était dans la manipulation, qu'il avait été un mauvais ministre de l'Intérieur et qu'il serait un président encore pire encore". L'autre partie de la réponse est dans l'agenda interne du parti. Le FN tient congrès les 17 et 18 novembre prochains et Marine Le Pen veut remobiliser les troupes en revenant au discours traditionnel du parti. La stratégie de "dédiabolisation" ayant échoué, elle entend attirer dans les mois qui viennent les déçus du sarkozysme avec des propos radicaux sur l'immigration, l'insécurité ou le pouvoir d'achat.
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