Le premier verrou du quinquennat

Par , le 13 novembre 2007 à 17h18 , mis à jour le 14 novembre 2007 à 12h59

Eclairage - Le chef de l'Etat fait des régimes spéciaux un test de sa "rupture", l'opinion semble pour l'instant apprécier.

Nicolas Sarkozy devant le mouvement Les Progressistes le 9 novembre 2007Nicolas Sarkozy devant le mouvement Les Progressistes le 9 novembre 2007 © TF1/LCI

A première vue, à la veille de la grande grève du 14 novembre, tous les éléments semblent en place pour un classique conflit à la française. Un pouvoir déterminé, des syndicats très mobilisés, des usagers mécontents mais résignés et des médias qui égrènent à coups de jingles le compte à rebours avant le blocage. Mais à y regarder de plus près, ce conflit pourrait ne pas ressembler à ceux du passé et notamment à celui de 1995, resté pour la droite comme le cauchemar absolu. Car le gouvernement et les syndicats ne se font pas d'illusions ; la bataille qu'il faut gagner, c'est la bataille de l'opinion. Et là, les représentants des salariés partent avec un lourd handicap. En effet, les Français soutiennent très majoritairement la réforme des régimes spéciaux.
 
Il faut dire que Nicolas Sarkozy s'est préparé à cette réforme depuis longtemps. Mieux, il y a préparé l'opinion pendant des mois et des mois. Le chef de l'Etat a expliqué pourquoi cet "ajustement" de 37,5 à 40 annuités était indispensable pour sauver le système de retraites français, au nom de l'équité. Lui et son Premier ministre ont plus de facilité à affirmer aujourd'hui qu'ils n'ont "pas le droit de reculer", au nom de la justice. Et de souligner depuis des semaines qu'ils ne prennent personne par surprise. Nicolas Sarkozy a fait de cette réforme un symbole de sa capacité à tenir ses promesses, appliquer son programme et incarner la rupture. Sur l'autonomie des universités, le service minimum, le conflit des internes, ou la colère des marins pêcheurs, l'hôte de l'Elysée a arrondi les angles et donné du grain à moudre. Il sait le faire, "pour que ça passe" explique souvent un de ses conseillers.

Personne ne veut perdre la face

Mais sur les régimes spéciaux, il est prêt à aller au bras de fer, sans toutefois jeter de l'huile sur le feu. Pas de rodomontade, ni d'intervention choc prévue avant la fin de la semaine. Car s'il remporte calmement mais fermement cette bataille contre les syndicats,  c'est bien LA bataille sociale devant laquelle tant de gouvernements ont renoncé ou échoué depuis trente ans qu'il gagnera. C'est bien la mère de toutes les réformes, ou plutôt le premier verrou qui sautera, devant des syndicats obligés de caler devant l'opinion. La voie serait alors libre pour la poursuite du programme présidentiel, avec l'ouverture notamment du chantier majeur qu'est la refonte du code du travail.
 
L'épreuve est donc cruciale pour Nicolas Sarkozy mais elle l'est tout autant pour les syndicats. Ils sont bien décidés à préserver ce que leurs adhérents considèrent comme un acquis historique. Ils sont bien conscients également que sur ce dossier, ils jouent leur crédibilité, écartelés entre leur devoir de défense des intérêts catégoriels et leur désir, pour certains, d'apparaître comme réformistes (CFDT, CFTC, voire FO). Personne ne veut perdre la face dans un conflit qui a valeur de symbole. Et sur le terrain, les jusqu'aux-boutistes de SUD ou de la CGT, soutenus par l'extrême-gauche, veulent accroître leur audience sur la base. Cette course d'influence entre réformateurs et orthodoxes peut apparaître comme une aubaine pour le gouvernement, enclin à provoquer dans l'opinion une exaspération contre une grève qui dure.
 
Toutefois, si le pouvoir a pour l'instant la carte de l'opinion en mains, il devrait savoir qu'elle est aussi précieuse que versatile. Tout excès de confiance, parole déplacée ou virage mal négocié peut coûter cher. Surtout avec un pouvoir d'achat qui stagne, talon d'achille du gouvernement Fillon. Ou pire encore avec des facs qui remuent. Car le vrai danger pourrait venir de là. Si la fronde reste pour l'instant très minoritaire et politisée, elle peut s'étendre, lentement mais sûrement, sur fond d'inquiétude d'une jeunesse dépolitisée mais toujours en quête de perspectives d'avenir et d'emploi.

Par Renaud Pila le 13 novembre 2007 à 17:18
Envoyer cette page à un ami
Les champs marqués par une étoile * sont obligatoires.
Les derniers articles Politique
  

58 Commentaires

Afficher : Les plus récents | Les plus appréciés

  • Laurent, le 14/11/2007 à 13h24

    Je propose 1 chose: ils veulent garder leurs acquis. Eh bien remettons sur rails les locos à vapeur!!!!!!

  • LAURENT, le 14/11/2007 à 13h17

    Negociation entreprise par entreprise, ou encore une façon de "passer le ballon" au final, qui va payer? .........l'utilisateur final. Merci beaucoup pour notre pouvoir d'achat. Il aurait été plus pratique d'ouvrir des systemes du style fond de pension.

  • Rozycki, le 14/11/2007 à 12h52

    Il est temps de conforter ces personnes en leur accordant une substancielle augmentation de salaire et alors ,vous le constaterez, les grévistes et les syndicats accepteront le projet! Pourquoi ne peut-on pas gérer de tels problèmes sans conflit:tout simplement parce que ceux qui rendent malades de réformite aigüe les assujettis ne savent toujours pas ce qu'est la concertation,la confrontation des opinions,le respect des travailleurs,les souhaits des Hommes qui vont subir leur action directive et unilatérale. Concerter,accepter le brain-storming,réguler et la France pourra accepter l'avenir,mais que la route sera longue pour les ministres qui ne savent pas argumenter,qui ne répètent ordinairement la parole d'en haut,sans être capables d'argumenter avec raison et qui ne ressassent que ce qu'on leur a appris.

  • Jlvnat, le 14/11/2007 à 12h02

    Les syndicats dans le passé se sont battus pour le peuple c'est grâce à eux que l'on a le droit aux congés payés mais il ne faut pas tout mélanger les syndicats ne se battent plus pour le peuple mais pour leurs privilèges. ils veulent plus pour leur retraite travailler peu et plus d'augmentations jamais contents le beurre l'argent du beurre et la crémière avec RTT et payés sur 14,15 ou 16 mois/an des avantages en natures colossaux pour la pluplart des horaires aménagés et dans le privé c'est bosse et tais toi. dans le public un retard un matin un enfant malade à garder n'est pas catastrophique, ça ne risque rien vous serez mal noté, dans le privé si vous prenez une journée pour enfant malade votre patron vous fait savoir que ca ne lui plait pas, et peut vous virer en trouvant une faute j'en passe et des meilleures ! Quelques réformes ne leur feront pas de mal le fonctionnaire français devient fainéant des sous moins de travail, des retraites plus tôt des vacances payées en partie ou en totalité par vos CE, vous souhaitez garder vos avantages tout en obtenant plus.la réforme est pour TOUS une avancée pour la France, c'est un 1er pas pour redresser la France il faut en passer par là avant de critiquer Sarko regardez ou nous ont menés nos anciens Présidents nous n'en serions pas là aujourdh'ui, savoir donner pour recevoir, il faut avancer Je n'étais pas une ProSarko, mais comme bon nombre de Francais j'ai appris à travers ses discours parfois un peu rudes, que c'était un homme tel que lui qui oserait enfin faire ce que tant d'autres ont renoncé à faire, Ne courbez pas l'échine Monsieur le Président, battez vous pour la France, certains font grève ne reculez pas,il faut que les francais un(e)citoyen qui n'a pas voé Sarko mais qui apprends que si l'on ne se bat pas, dans quelques années les fonctionnaires n'auront plus aucun avantage de leurs régimes spéciaux, il n'y aura plus d'argent dans les caisses ! Merci de me publier

  • Candide niort, le 14/11/2007 à 11h44

    Ce n'est pas de moi mais d'un publicitaire Mr Fouks (j'écorche son nom peut-être-):Les français face à l'argent lorsqu'un heureux gagnant empoche 10 millions d'euros il ne paye pas d'impôt sauf l'isf ,c'est normal ,tout le monde applaudit .Lorsqu'un héritier reçoit la même somme l'état prend grosso modo 48 %et paye aussi l'isf on critique un peu ,pas normal il ne fait rien etc etc .Lorsqu'un chef d'entreprise encaisse le même montant ou pactole c'est un voleur et c'est un scandale !Avec les régimes spéciaux c'est DU pareil au même.

  • MICHEL, le 14/11/2007 à 11h35

    Si ils veulent garder leurs privilèges , qu'ils les gardent, mais qu'ils ne nous demandent pas de financer leurs retraites, J'ai fait mes 40 ans de travail, avec des heures à faire palir un Syndicaliste SNCF, mais ma retraite , je ne l'ai pas volée, avec 15 jours d'arret de santé en 40 ans.

  • Durand, le 14/11/2007 à 11h31

    Heureusement qu'il y a des syndicats pour défendre le monde du travail les régimes spéciaux restent financièrement sur 37,5 annuitées

  • DUPONT, le 14/11/2007 à 11h28

    SARKO grand illusioniste:il fait croire au peuple qu'il réforme mais dans la réalité tout reste comme avant car les 37,5 annuités restent acquises financièrement.Bien joué Monsieur le Président!

  • SEDAT, le 14/11/2007 à 10h53

    Je ne crois pas qu'il faille se positionner gréviste...! Nous sommes sous une dicdature libérale qui se nourrit de tout ce qui s'oppose à elle mais aussi qui se nourrit de tout ce qui est avec elle...! L'acte gréviste est un réflexe et une réaction nuisible qui répond à une action gouvernementale elle même nuisible...! Quels que soient les moyens employés,le résultat sera le même et que la fin justifiera les moyens...! Mais une question reste en suspense...! Pourquoi?

  • Florian, le 14/11/2007 à 10h50

    @ Bernard, Les syndicats vivent encore dans un monde imaginaire, On est le pays qui travaille le moins, et le moins longtemps, et on croit que l'on peut rivaliser avec les autres, avoir un bon niveau de vie, gagner de l'argent est une honte en France, et les patrons sont considerer comme des ennemis alor que c'est eux que je sachent nous font vivres, arretons la demagogie, si on se remet pas au travail tres vite, c'est le declin assurer. Le cadeau fiscal est plus que positif, c'est indispensable, comment attirer des Entreprise etrangere, ou ancourager la creation de nouvelles entrprises, dans un pays ou elles sont surtaxees et ou leurs employers travaillent de moins en moins. Maintenant que je suis bilingue (presque) et que je connais bien les pays Anglosaxons, si je doit ouvrir une entreprise, se sera en Irlande pour commencer, ou en Angleterre et au Etats-Unis, triste pour un Francais qui aime son pays. Merci de me publier

Lire tous les commentaires

       Chargement en cours...
      Alertez-nous
        alertez-nous

        Témoin d'un événement ?

        Alertez la rédaction !

        Envoyez une alerte

        A lire aussi
        logAudience