Nicolas Sarkozy devant le mouvement Les Progressistes le 9 novembre 2007 © TF1/LCIA première vue, à la veille de la grande grève du 14 novembre, tous les éléments semblent en place pour un classique conflit à la française. Un pouvoir déterminé, des syndicats très mobilisés, des usagers mécontents mais résignés et des médias qui égrènent à coups de jingles le compte à rebours avant le blocage. Mais à y regarder de plus près, ce conflit pourrait ne pas ressembler à ceux du passé et notamment à celui de 1995, resté pour la droite comme le cauchemar absolu. Car le gouvernement et les syndicats ne se font pas d'illusions ; la bataille qu'il faut gagner, c'est la bataille de l'opinion. Et là, les représentants des salariés partent avec un lourd handicap. En effet, les Français soutiennent très majoritairement la réforme des régimes spéciaux.
Il faut dire que Nicolas Sarkozy s'est préparé à cette réforme depuis longtemps. Mieux, il y a préparé l'opinion pendant des mois et des mois. Le chef de l'Etat a expliqué pourquoi cet "ajustement" de 37,5 à 40 annuités était indispensable pour sauver le système de retraites français, au nom de l'équité. Lui et son Premier ministre ont plus de facilité à affirmer aujourd'hui qu'ils n'ont "pas le droit de reculer", au nom de la justice. Et de souligner depuis des semaines qu'ils ne prennent personne par surprise. Nicolas Sarkozy a fait de cette réforme un symbole de sa capacité à tenir ses promesses, appliquer son programme et incarner la rupture. Sur l'autonomie des universités, le service minimum, le conflit des internes, ou la colère des marins pêcheurs, l'hôte de l'Elysée a arrondi les angles et donné du grain à moudre. Il sait le faire, "pour que ça passe" explique souvent un de ses conseillers.
Personne ne veut perdre la face
Mais sur les régimes spéciaux, il est prêt à aller au bras de fer, sans toutefois jeter de l'huile sur le feu. Pas de rodomontade, ni d'intervention choc prévue avant la fin de la semaine. Car s'il remporte calmement mais fermement cette bataille contre les syndicats, c'est bien LA bataille sociale devant laquelle tant de gouvernements ont renoncé ou échoué depuis trente ans qu'il gagnera. C'est bien la mère de toutes les réformes, ou plutôt le premier verrou qui sautera, devant des syndicats obligés de caler devant l'opinion. La voie serait alors libre pour la poursuite du programme présidentiel, avec l'ouverture notamment du chantier majeur qu'est la refonte du code du travail.
L'épreuve est donc cruciale pour Nicolas Sarkozy mais elle l'est tout autant pour les syndicats. Ils sont bien décidés à préserver ce que leurs adhérents considèrent comme un acquis historique. Ils sont bien conscients également que sur ce dossier, ils jouent leur crédibilité, écartelés entre leur devoir de défense des intérêts catégoriels et leur désir, pour certains, d'apparaître comme réformistes (CFDT, CFTC, voire FO). Personne ne veut perdre la face dans un conflit qui a valeur de symbole. Et sur le terrain, les jusqu'aux-boutistes de SUD ou de la CGT, soutenus par l'extrême-gauche, veulent accroître leur audience sur la base. Cette course d'influence entre réformateurs et orthodoxes peut apparaître comme une aubaine pour le gouvernement, enclin à provoquer dans l'opinion une exaspération contre une grève qui dure.
Toutefois, si le pouvoir a pour l'instant la carte de l'opinion en mains, il devrait savoir qu'elle est aussi précieuse que versatile. Tout excès de confiance, parole déplacée ou virage mal négocié peut coûter cher. Surtout avec un pouvoir d'achat qui stagne, talon d'achille du gouvernement Fillon. Ou pire encore avec des facs qui remuent. Car le vrai danger pourrait venir de là. Si la fronde reste pour l'instant très minoritaire et politisée, elle peut s'étendre, lentement mais sûrement, sur fond d'inquiétude d'une jeunesse dépolitisée mais toujours en quête de perspectives d'avenir et d'emploi.
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