Nicolas Sarkozy en Corse © AbacapressPas de rupture sarkozyste en la matière... Un confit social demeure toujours en France un sacré film à rebondissements. Lundi soir, à la veille de la grève, l'ouverture surprise de Bernard Thibault a pu laisser espérer au gouvernement et aux usagers un conflit de courte durée. Le patron de la CGT a en effet accepté un dialogue entreprise par entreprise, une réforme régime spécial par régime spécial, ce qu'il avait jusqu'alors toujours refusé. Le syndicat se mettait habilement au centre du jeu, laissant ses partenaires accepter immédiatement sa stratégie lors de rencontres avec le ministre du Travail.
L'optimisme était donc de rigueur, et les commentateurs louaient le doigté de Xavier Bertrand et le courage de Bernard Thibault, promu légitimement en héros du virage réformiste. Le patron de la CGT prenait en effet un risque similaire à celui de la CFDT en 2003, au moment de la réforme des retraites de François Fillon. Le syndicat de François Chérèque en avait peu après payé le prix avec une hémorragie de 30% de ses militants vers la CGT et SUD Rail.
Que vont faire les militants CGT cette fois-ci ? A la veille du week-end, une première réponse s'impose : la base résiste et se crispe. Les AG reconduisent les arrêts de travail, à la RATP et à la SNCF. Le peu d'empressement de la base à suivre ses chefs sur la voie de la discussion éloigne donc considérablement la sortie du conflit. Car les dirigeants ne peuvent se couper de leurs adhérents et maintiennent donc leur appel à la grève. Cela leur permet en sus de peser sur les négociations en cours. Mais à l'Elysée et au gouvernement, on ne l'entendait pas de cette oreille, et on ne l'avait (peut-être) pas prévu. "On ne négocie pas avec un pistolet sur la tempe", a ainsi affirmé jeudi soir Nicolas Sarkozy cité par Le Monde. Ce que redoutait le pouvoir est donc en passe de se produire : une jonction entre le mouvement des cheminots et la grande mobilisation des fonctionnaires mardi, pour l'emploi et le pouvoir d'achat.
Prendra, prendra pas ?
Si le gouvernement refuse de discuter tant que le travail ne reprend pas, le conflit risque de changer de braquet. D'autant plus qu'un autre front surprise est en train de s'ouvrir. Avec près de la moitié des facs en grève ou touchées par la contestation, le mouvement étudiant prend de l'ampleur. Certes, à première vue, il apparaît moins périlleux que celui des régimes spéciaux. Mais après des tâtonnements stratégiques, Bruno Julliard a appelé jeudi à "amplifier la mobilisation" au sortir de sa rencontre avec la ministre de l'Enseignement supérieur. Le savoir-faire de l'Unef en matière de grèves étudiantes et la justesse de ses revendications pour de nombreux étudiants (manque de logements, bourses) peut conduire à une contestation-tache d'huile, au contraire des blocages de minorités d'extrême-gauche très impopulaires comme constaté cette semaine.
Prendra, prendra pas ? Impossible de prévoir l'alchimie étudiante mais si la loi sur l'autonomie des universités ne cristallise pas l'opposition, le manque de moyens financiers reste une arme toujours efficace car éternellement d'actualité. Les syndicats étudiants savent bien que Valérie Pécresse veut éviter un conflit mais si la solution passe par une inévitable rallonge budgétaire, ils savent aussi que la ministre ne tient pas les cordons de la bourse. Or depuis deux semaines de conflit, ses collègues ministres ou supérieurs (Matignon ou Elysée) ne lui ont pas été d'une grande aide. Mais y a-t-il encore du grain à moudre pour calmer les étudiants ? Cette question-là aussi n'était pas prévue. Rebondissements à suivre donc... "Attachez vos ceintures", avait prévenu François Fillon.
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