Bertrand Delanoë, le 15 juillet 2007, inaugure Vélib' © TF1-LCIMars 2001, coup de tonnerre politique. La gauche ravit à la droite la ville de Paris, un basculement impensable quelques années auparavant. Des arrondissements dits "imprenables" font majoritairement le choix de Bertrand Delanoë et son équipe. Parmi eux, le 12ème arrondissement qui recouvre des paysages aussi divers que les abords du bois de Vincennes, les nouveaux quartiers de Bercy, les rues animées de Bastille ou encore le populaire marché d'Aligre.
Les gaullistes sont sonnés et ne comprennent pas comment ils ont pu laisser s'échapper ce bastion de la Chiraquie. "Nous avons lourdement payé les divisions entre les listes de Philippe Séguin et les tibéristes", analyse aujourd'hui l'ancien maire UDF Jean-François Pernin. Et puis la sociologie de l'arrondissement a changé, avec l'arrivée des fameux bobos". Celle qui a profité à l'époque de ce basculement s'appelle Michèle Blumenthal, une femme de 64 ans très proche de l'actuel maire de Paris. Inconnue en 2001, elle l'est tout autant en 2007. Depuis trente ans qu'elle habite le quartier Saint Eloi, la maire du 12ème a fait le choix du local, de la connaissance des quartiers et de leurs problèmes, loin des enjeux de politique nationale.
"C'est vraiment pas une bête de campagne, ça va être serré", prédit un membre du bureau national du PS. "Serré ?" Le mot est lâché et l'UMP se prend à rêver : reprendre le 12ème, c'est possible cette fois-ci. Et reprendre le 12ème, c'est se donner la possibilité de faire tomber Delanoë. "La municipale à Paris va se jouer sur le 1er tour de cet arrondissement car si la droite crée la surprise, alors notre électorat va se mobiliser pour le second tour partout ailleurs", prédit le député et candidat dans le 16ème Claude Goasguen. Alors pour une bataille "serrée", c'est l'Elysée qui fut à la manœuvre. Et Nicolas Sarkozy est allé chercher du côté des proches de François Bayrou. Il faut dire que le patron du MoDem a réalisé plus de 22% des voix à la présidentielle dans cette partie de la capitale. C'est donc Jean-Marie Cavada qui portera ici les couleurs de la droite, le député européen s'étant laissé convaincre du bienfondé de cette investiture, "au prix d'une promesse ministérielle", avancent certains.
"Son retournement de veste a été très mal perçu"
La bête médiatique contre l'élue ultra-locale, le duel va être suivi de près par les états-majors. En arbitre, le MoDem hésite encore mais pourrait bien envoyer à la bataille Corinne Lepage. "Cette élection est un scrutin local. C'est très important de le rappeler car les réflexes de vote ne sont pas les mêmes", explique le candidat Verts Christophe Najdovski. Certes, Michèle Blumenthal manque de notoriété mais notre bilan est apprécié des Parisiens et elle peut s'appuyer sur la figure de Delanoë". Et puis dans l'entourage de la maire socialiste, on ne s'inquiète pas de l'arrivée de Jean-Marie Cavada : "franchement, un parachutage, vous trouvez que c'est un signe de rénovation politique ? vous le voyez maire d'arrondissement ? Et puis sa deuxième de liste Christine Lagarde, on l'attend sur le terrain".
Pour attirer les voix du MoDem, il n'est pas certain que le choix de Jean-Marie Cavada soit des plus pertinents. "Son retournement de veste a été très mal perçu chez nos sympathisants et je doute que notre électorat soit très tendre avec lui", fait remarquer un militant de François Bayrou. Et puis les poches d'électorat vraiment de droite se rétrécissent d'année en année. Toutes les rénovations à Bercy votent PS ou MoDem, tout comme le quartier d'Aligre. L'UMP ne conserve que quelques bureaux de vote fidèles dans les beaux immeubles de la place de la Nation".
Et c'est là que l'ambition pour la majorité d'emporter le 12ème arrondissement relève pour l'instant plus arithmétiquement du pari que du projet. L'observation des derniers scrutins montre en effet une domination de la gauche sur ce territoire, passé en quelques années d'un électorat bourgeoisie moyenne à une population bobo ou petite-bourgeoise. Alors que la droite y réalisait de bons score dans les années 90, Ségolène Royal est arrivée devant Nicolas Sarkozy lors de l'élection présidentielle (52-48). Quelques semaines plus tard, la gauche a même amélioré son score lors des législatives avec plus de 55% des voix, battant largement un autre parachuté Arno Klarsfeld. Le report des voix centristes a pleinement profité à la jeune candidate du parti socialiste. "Un écart de 5000 voix entre l'UMP et le PS, c'est du jamais vu dans le 12ème, décrypte un ancien élu de droite. La dynamique n'est pas de notre côté. Un sondage réalisé il y a quelques semaines donne 52 pour Blumenthal contre 48 pour Cavada. Pour une personnalité aussi médiatique, je ne trouve pas ça très prometteur."
Il faut dire que l'ancien animateur de la Marche du Siècle commence tout juste sa campagne de terrain; il a été vu deux fois sur les marchés en une semaine et Françoise de Panafieu vient le soutenir jeudi soir lors d'une première réunion publique. "Si Delanoë venait à décrocher, on décrocherait avec lui, tout comme le 14ème, prédit un socialiste parisien du 12ème. Mais à 90 jours de l'élection, le maire de Paris reste populaire et la droite n'a pas une bonne candidate. Nous somme sereins". C'est cette sérénité là que Jean-Marie Cavada va tenter de perturber.
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