Nicolas Sarkozy François Fillon © LCIPour lui, la cause est entendue : tout combat doit être mené, forcément à vive allure. Question d'expérience et bien sûr de tempérament. Nicolas Sarkozy répète donc jour après jour sa volonté de s'impliquer dans la bataille des municipales et donc d'en faire un test politique national. Lors de sa conférence de presse, il a jugé "absurde" le "concept même d'élection dépolitisée". Et de rappeler à ses amis l'exemple des régionales de mars 2004 où la droite avait essuyer une cuisante défaite faute d'avoir suffisamment mené campagne. Et puis, comme l'explique un de ses proches, "vous le voyez vraiment ignorer une bataille ?". A voir son bonheur de se retrouver ce week-end au conseil national de son parti, pas vraiment.
François Fillon et les dirigeants de l'UMP semblaient ces derniers jours sur la même ligne que le chef de l'Etat, hormis Jean-Pierre Raffarin qui avait exprimé sa réticence à "nationaliser" le scrutin de mars. Mais deux déclarations dimanche peuvent être vues comme un rétro-pédalage. La première émane du secrétaire général de l'Elysée Claude Guéant sur Canal + : "Nicolas Sarkozy ne va pas aller faire campagne pour tel ou tel maire. Il va rester dans le rôle qui est le sien". La seconde de François Fillon au Grand-Jury RTL-LCI-Le Figaro : "Ca ne peut pas être une élection pour ou contre Nicolas Sarkozy" et quel que soit le résultat, elle n'aura "pas d'effet sur la mise en oeuvre de réformes".
"La juste place" pour Sarkozy
Pourquoi ce soudain revirement ? Il y a bien sûr une part de prudence de la part du Premier ministre qui ne souhaite pas trop faire les frais de possibles mauvais résultats les 9 et 16 mars prochains. Il y a ensuite un sondage LH2-Libération révélé dimanche qui indique qu'une très large majorité de Français ne souhaite pas une implication du président dans la campagne. Il y a enfin et surtout une question de dosage dans l'engagement élyséen. Et il semble bien que l'offensive de Nicolas Sarkozy en ce début de bataille municipale fasse de plus en plus peur à certains, à droite. Car la gauche à saisi la balle au bond, trop heureuse de relever le défi lancé avec un vote-sanction contre le pouvoir. Ségolène Royal a ainsi repris son "Ségo tour" en province pour mobiliser l'électorat socialiste.
Ce risque traditionnel du vote-sanction lors des élections intermédiaires, il est dans toutes les têtes chez les candidats de l'UMP. A l'image d'Alain Juppé qui n'a pas mis le logo du parti sur ses affiches bordelaises, bon nombre de têtes de liste ne voient pas d'un très bon œil la "nationalisation" du scrutin, leurs retours du terrain sur les questions du pouvoir d'achat ou sur la médiatisation de la vie amoureuse du chef de l'Etat n'étant pas bons. A Paris, où elle pense q'une victoire est réellement possible, Françoise de Panafieu a publiquement affirmé son souhait que Nicolas Sarkozy reste à sa "juste place". Elle craint un effet repoussoir chez des indécis peu enthousiasmés par les premiers mois chef de l'Etat. A Toulouse, le maire de centre-droit s'est même mis en congé de l'UMP pour dépolitiser le scrutin dans une ville traditionnellement de gauche.
Rétro-pédalage volontaire ou non, il semble bien que les déclarations contradictoires de ces dernières heures marquent bien la crainte que suscite à droite l'appétit de Nicolas Sarkozy pour cette bataille municipale. Sans compter le risque personnel qu'il prend en cas de défaite de son camp. Ce sont alors ses choix politiques et sa stratégie qui seraient sanctionnés, moins d'un an après son arrivée à l'Elysée. Les socialistes pouvaient-ils rêver mieux pour sortir de leur torpeur ?
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