Nicolas Sarkozy lors de ses voeux à la presse (8 janvier 2008) © TF1/LCILe premier "bulletin" de l'AFP n'est tombé qu'à 11h44. Dans le jargon journalistique, cela indique une information de la plus haute importance. La dépêche annonce la fin des 35 heures pour 2008. Interrogé sur cette question par un journaliste, Nicolas Sarkozy venait tout simplement de répondre : "pour dire les choses comme je les pense, oui." Il aura en effet fallu attendre près de deux heures pour qu'une info en matière de politique économique et sociale tombe, par un simple "oui", sans emphase ni moult explications. Avant cela, la conférence de presse du chef de l'Etat s'est en effet résumée à une longue explication du concept de "politique de civilisation" puis à un match de boxe entre Nicolas Sarkozy et les journalistes, tantôt sur le ton de la plaisanterie, tantôt sur celui du reproche. Et c'est sur ce ring-là qu'il fut sans surprise le meilleur.
Face à une salle des fêtes élyséenne pleine à craquer, le président a usé de sa réthorique habituelle, faite de justification de sa "rupture", de critiques des trente dernières années d'immobilisme, et de personnalisation assumée de son style de gouvernance. Multipliant avec fougue les "j'assume", Nicolas Sarkozy a expliqué que ce n'était pas lui qui avait inventé la Ve République et affirmé qu'il "recevait tous les coups", apparemment avec délectation à en voir sa forme. "Est-ce je que vous donne vraiment l'impression de manquer d'enthousiasme ?", a-t-il lancé avec le sourire du fauve à une journaliste qui évoquait une opinion et des sondages moroses.
"L'hypocrisie de mes prédécesseurs"
Si le rendez-vous dans les grands salons de l'Elysée rappelait l'exercice cher au général de Gaulle, Nicolas Sarkozy en a évidemment bouleversé le style. La position assise et surélevée faisant très télé en noir et blanc, c'est debout derrière un pupitre que Nicolas Sarkozy a smashé les balles que lui lançait la presse. A l'américaine, et sans filet. Servi par des éditorialistes plus intéressés par ce qui barre les unes des magazines en papier glacé que par des questions très concrètes, le chef de l'Etat a pu user de son talent pour en faire un exercice redoutablement efficace, avec des mimiques, des boutades et des silences parfois tout aussi éloquents que les propos échangés.
A l'heure où les Français s'inquiètent plus de leur situation financière personnelle ("je les comprends" a lancé le président), il n'aura pas fallu patienter très longtemps pour voir poser LA question que le tout-Paris se pose... Oui, le chef de l'Etat semble bien avoir l'intention de faire de "Carla" la Première Dame de France, a-t-il répondu, se justifiant énergiquement sur ses escapades amoureuses en dénonçant "l'hypocrisie de mes prédécesseurs" . A l'heure où les Français s'interrogent sur l'avenir de leur emploi, il aura fallu qu'un journaliste revienne encore une fois sur le terme de "collaborateur" employé il y a quatre mois par le président à propos de François Fillon. La réponse ne fut pas très nouvelle, à l'image de la question.
Parlons valeurs...
Le temps est passé vite mais des questions plus concrètes sur les salaires, l'immigration, ou la politique étrangère ont (enfin) pu être posées. Sur tous ces points, Nicolas Sarkozy a répété qu'il "voulait changer les choses en profondeur", donnant l'impression de vouloir sans cesse se projeter dans le futur, tel un président toujours en campagne ("je serai jugé au bout de mes cinq ans, pas avant"). Car sur le pouvoir d'achat, il a reconnu l'impuissance de l'Etat à améliorer rapidement les choses, jugeant qu'il fallait "assumer" une conjoncture mondiale moins bonne que prévu et donc, selon lui, accélérer "la libération des forces du travail". Cette pesanteur économique, les difficultés de la gestion au quotidien, Nicolas Sarkozy a préféré s'en détacher en déclinant longuement sa "politique de civilisation" qui était apparue bien floue à bon nombre de commentateurs. Cette formule empruntée au penseur Edgar Morin lui a permis de prendre de la hauteur plutôt que de commenter des résultats qui n'arriveront "pas en un jour", a-t-il prévenu.
"La politique de civilisation" semble tenir lieu de fil rouge de l'an II du quinquennat, comme "la rupture" fut celui des six premiers mois. Ce concept veut replacer l'homme au cœur de la politique et compenser les dégâts de l'industrialisation sur la vie gens en termes de qualité de vie et d'environnement. Le chef de l'Etat a ainsi promis de s'attaquer en 2008 aux problèmes de la ville, des banlieues, de l'exclusion, de l'éducation dès la petite enfance et de tout ce qui fait "l'identité d'une nation". Puisque la gestion du quotidien est difficile, parlons valeurs, pourrait-on dire. Mais il n'est pas sûr que les Français comprennent rapidement en quoi ce discours peut remplir cette année leur porte-monnaie. Les sondages le disent : le temps des promesses est révolu et les Français attendent des résultats. Cela tombe bien, le président aussi, a-t-il voulu leur rappeler, en leur offrant pour les faire patienter un nouveau "Sarko-show".
Retour MYTF1
Chargement en cours...




