Ma cité va voter

Par Séverine ROUBY, le 22 février 2008 à 12h27 , mis à jour le 22 février 2008 à 18h38

Quand les municipales deviennent une occasion de parler des banlieues, on obtient le site Vudesquartiers.com.

Dans la cité de Sarcelles/archives/TF1/LCIDans la cité de Sarcelles/archives © TF1/LCI

Deux petites filles de la Courneuve qui enquêtent pour Astrapi, un éducateur de Montfermeil qui fait un reportage radio ou le directeur d'un centre social de Lille qui se lance dans un documentaire, autant d'initiatives facilitées par Vudesquartiers.com. Loin des émeutes, arrestations, et autres violences urbaines qui intéressent traditionnellement les médias, le site internet propose aux habitants des "quartiers sensibles" d'être parrainés par un journaliste pour réaliser des reportages proches de leur quotidien.
 
Sur  fond d'élections municipales, l'association Journalisme et Citoyenneté a décidé de lancer ce site, Vudesquartiers.journalisme.com , pour expérimenter  "une nouvelle forme de journalisme participatif " avec comme objectif de "permettre aux habitants de dire leurs espoirs, leurs engagements " tout en proposant "une information de qualité inscrite dans une démarche journalistique d'enquête et de vérification ".
 
"La période des élections nous intéressait car c'est un moment de débat dans les communes où les gens discutent de leur cadre de vie. Mais le propos est plus large que les municipales ", explique Marie Dujardin, l'une des coordinatrices du projet. Déjà une trentaine de tandems citoyen/journaliste ont été formés depuis le lancement du site en janvier. Les profils des participants sont assez variés, d'Ile-de-France, du Nord ou de Rhône-Alpes, hommes et femmes, jeunes et vieux.  

Ouvrir un dialogue avec les médias

 "Les médias ne viennent dans les quartiers que quand ça va mal ou qu'il y a quelque chose qui brûle", constate Gounedi Traore, l'un des reporters amateur. Pour cet éducateur de 29 ans résidant à Montfermeil en Seine-Saint-Denis, cette initiative est l'occasion d'ouvrir un dialogue entre la population et les journalistes et de rectifier cette mauvaise image. "Je voulais aller à la rencontre des gens, discuter avec eux de la vie quotidienne". Couplé avec un journaliste radio, il a pu faire un reportage audio qui sera bientôt diffusé sur le site.
 
Avant de s'inscrire, Gounedi Traore avait déjà « écrit des choses » et participé à des expositions photos.  Mais le travail en binôme avec un professionnel lui a tout de même réservé quelques surprises. Par exemple, l'angle de son sujet a changé sur le terrain, ce qui arrive souvent quand on fait un reportage. "Au départ, je pensais parler des problèmes de logement et voir comment se passait la cohabitation entre les différentes communautés à Montfermeil, mais une fois sur le terrain, j'ai changé d'avis ", explique-t-il. "J'ai préféré laisser les gens parler eux-mêmes de leurs problèmes, c'était plus intéressant ". Autre découverte : les contraintes de format. En sept minutes, on ne peut pas tout dire.

Une technique et un regard
 
De son côté, le journaliste lui a apporté ses compétences techniques. "C'est un peu comme un tutorat. On réfléchit à l'angle, aux questions. On discute mais ce ne sont pas nos sujets ", décrit Florent Pommier, journaliste en tandem avec un jeune homme de Champs sur Marne. Parlant de leur rencontre, il raconte: "au départ, il voulait parler de son groupe de musique mais en discutant, il a changé d'avis. Il ne se sentait pas assez professionnel pour être mis sur les devants de la scène" .

Florent Pommier a voulu s'inscrire car il juge qu'"en tant qu'acteurs de la vie publique, il faut réinvestir ces quartiers délaissés par les médias ". Un échange de bons procédés: les journalistes s'assurent de la qualité des reportages et les citoyens offrent leur regard. Dans l'idéal, les reportages seront relayés par des grands médias, un objectif d'autant plus réalisable que le président de Journalisme et Citoyenneté, Jérôme Bouvier, est l'ancien directeur des rédactions de RFI et de France Culture. Les premiers travaux seront mis en ligne ce week-end sur le site et l'opération durera jusqu'au 16 mars, date du deuxième tour des élections municipales.
 

Par Séverine ROUBY le 22 février 2008 à 12:27
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