L'ex-clochard qui voulait être maire

Par , le 25 février 2008 à 03h00 , mis à jour le 23 octobre 2009 à 11h57

Portrait - Jean-Marc Restoux brigue la mairie du chic 6e arrondissement de Paris. Cet ancien SDF, qui mène campagne sur le trottoir, n'a aucun financement, mais il a tout misé sur sa gouaille, son histoire et ses soutiens "people".

[Expiré] [Expiré] Jean-Marc Restoux ex-SDF municipales Paris 6e arrondissement © AFP/Patrick KOVARIK

Dans l'assemblée costumée-cravatée-concentrée, on ne voit que lui, sa barbe de patriarche, son manteau élimé et ses yeux malicieux. Jean-Marc Restoux détonne et ça l'amuse. Ce jour-là, pourtant, à la préfecture de Paris, l'heure est solennelle. A deux semaines des municipales, c'est maintenant que se décide l'attribution des panneaux électoraux. Au milieu des candidats ou de leurs colistiers, sérieux comme des premiers communiants, Jean-Marc Restoux a mis les mains dans les poches de son jean et il jubile. Ancien SDF, actuellement au RMI, il part à la conquête du très classieux 6e arrondissement.
 
Le 6e, c'est le quartier de la philosophie existentialiste, du jazz américain, du jardin du Luxembourg... C'est aussi un bastion UMP. "Aujourd'hui, c'est le quartier des SDF", résume le sémillant quinquagénaire. Il traduit, amusé, "les Sans difficultés financières" et "les Sans domicile fixe" qui y cohabitent. En se présentant contre le maire sortant Jean-Pierre Lecoq, Jean-Marc Restoux veut faire entendre "Un autre son de cloche". C'est le nom de sa liste. C'est le slogan de sa campagne. C'est son histoire.
 
Parrainer les gens en difficulté
 
A 54 ans, Jean-Marc Restoux a passé la moitié de sa vie dans la rue. N'allez pas le traiter de "parachuté". Saint-Germain, c'est son quartier. Son quart de siècle sur le bitume, il l'a passé ici, entre le Café de Flore et les Deux magots, précisément. Il avait 27 ans lors de sa première nuit sous les lampadaires. Ce Bordelais d'origine a longtemps vécu de petits boulots. Educateur, éclairagiste, il a même "fait les lumières de Léo Ferré", assure-t-il... Mais la précarité l'a toujours rattrapé. Il y a un an, Jean-Marc Restoux était au Canal Saint-Martin avec les Don Quichotte. Le campement a été évacué, il a été relogé dans un immeuble d'Emmaüs, rue de Buci. Aujourd'hui, il n'est plus à la rue, mais la galère, il connaît. Alors quand Jacques Deroo, président de l'association Salauds de pauvres, a évoqué l'idée de monter des listes de "victimes de la précarité" aux municipales, Jean-Marc Rastoux a dit "Banco".
 
Parce que s'il n'a pas la silhouette de l'homme politique, il en a le discours et la détermination. Ses propos sont argumentés, ses mots pesés, ses idées réfléchies. "Aujourd'hui, dans le 6e, on préfère revendre les immeubles à des marques de luxe plutôt que d'en faire des logements sociaux. Il n'y a plus que des commerces de luxe", déplore-t-il. "Les prix exorbitants des loyers chassent les gens âgés. Il faut à tout prix maintenir les commerces de proximité, comprendre que cette diversité est une richesse", espère celui qui souhaiterait "montrer une autre approche des gens" et intégrer davantage les précaires comme lui dans le dialogue social. Parmi ses idées : le parrainage des gens en difficultés. "Que ceux qui le peuvent aident les précaires en leur offrant un habitat avec un petit loyer, en les aidant à remplir des tâches administratives, de quoi leur offrir un tremplin, exhorte-t-il. Les accidents de la vie peuvent arriver à tout le monde, faut pas l'oublier".
 
Le champion en serrage de main
 
A défaut de vrai local, le bitume chic du boulevard Saint-Germain lui sert de QG de campagne. Une chaise et un téléphone portable complètent le dispositif. Son budget ? 60 euros. Mais il en rigole. C'est un faux problème, une question de temps, explique-t-il : il pense qu'il fera plus de 5% au premier tour et que ses frais de campagne seront remboursés. A défaut de sous, l'homme a d'autres d'atouts.
 
Sa gouaille, sa proximité avec "les autres gens", son expérience. Dans le quartier, il connaît tout le monde, tout le monde le connaît, c'est une institution. Les jeunes l'appellent "Papy", les dames en fourrure lui sourient, d'autres lui confient leurs soucis. "Sur le terrain, je suis déjà gagnant, rigole-t-il. Ne serait-ce qu'en serrage de mains !" Pour lui, 25 ans dans la rue valent largement la tournée des marchés le dimanche. "Beaucoup me disent qu'ils vont voter pour moi au premier tour", se réjouit Jean-Marc Restoux. Un vote protestataire pour ces déçus de la politique actuelle. L'ex-SDF se targue aussi de soutiens de choix. Il dit avoir reçu celui des acteurs Richard Bohringer et Louis Garrel... Et de l'écrivain Frédéric Beigbeder. "J'ai vécu toute ma vie dans le VIe arrondissement, et l'une des seules personnes qui parle à tout le monde, c'est Jean-Marc," a expliqué l'auteur de "99 francs" à l'AFP. "Jean-Marc, c'est un vrai modèle de réinsertion", plaide pour lui Francis Wolff, réalisateur de 29 ans, qui filme sa campagne au quotidien pour un documentaire. Ça prouve qu'on peut passer 30 ans dans la rue et devenir tête de liste aux municipales." Même avec des cheveux hirsutes et un jean usé.

Par Amélie Gautier le 25 février 2008 à 03:00
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40 Commentaires

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  • Lulubelle, le 05/07/2009 à 12h41

    VOTEZ RESTOUX - EN MASSE - AUX PROCHAINES MUNICIPALES. Je salue votre courage, accrochez-vous. Pour nous. Lulubelle

  • Johan, le 29/02/2008 à 00h54

    Bravo monsieur Restoux !

  • Pierres, le 27/02/2008 à 13h35

    Je salue son courage de pouvoir montrer a cette societe que meme en difficulte on a ses valeurs ,bon courage

  • Annick, le 27/02/2008 à 13h22

    S'il se presente je vote pour lui car il est le plus proche de la preoccupation de certains francais il voit la vie de l'exterieur meme s'il a besoin de coup de pouce on va l'aider

  • Eliotj, le 26/02/2008 à 22h14

    C'est certain que les accidents de la vie peuvent arriver à tout le monde mais les gens prévoyants s'en sortent toujours mieux avec beaucoup de volonté.

  • DARNOIS, le 26/02/2008 à 12h41

    Je trouve ça formidable! je lui souhaite de réussir; si c'est le cas qu'il reste comme il est et ne se laisse pas engloutir par les discours de ceux qui pourraient profiter de sa médiatisation

  • Alain, le 25/02/2008 à 12h16

    Bravo Mr restoux, Je vous souhaite de faire bien plus de 5 % et pourquoi pas d'être élu !!! Au moins ce serai un véritable homme de terrain qui serait élu et non pas un baratineur de droiteou de gauche qui veulent la place que pour le profit !!!

  • Enthousiaste, le 25/02/2008 à 12h04

    Bravo ! Il faudrait un candidat comme lui dans chaque arrondissement de Paris, Lyon,Marseille et tous les cantons de France. C'est peut être le seul candidat qui comprenne réellement les préoccupations des français : les classes moyennes sont en train de s'appauvrir et le fossé se creuse avec les plus riches. De nombreux salariés, même avec un CDI ne peuvent plus se loger. Son idée de parrainage est géniale ! J'espère que ce commentaire sera publié. Cet homme peut fiare sourire mais il est porteur d'espoir.

  • Gilbert DULAUS, le 25/02/2008 à 11h43

    Cela prouve qu' ily a encore des gens biens. Il a peu de chance, mais je suis fier de voir cet homme lever la tête et mettre les nantis de ce quartier devant leurs responsabilités Bonne chance.

  • Francois, le 25/02/2008 à 11h34

    Je dis bravo a cette personne il a du merite et je lui souhaite bonne chance

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