Sarkozy s'explique sur son dérapage

le 26 février 2008 à 06h37 , mis à jour le 26 février 2008 à 10h10

Il répond aux lecteurs du Parisien dans un long entretien agrémenté d'un début de mea culpa... ajouté après coup par l'Elysée.

Nicolas Sarkozy dans Le ParisienNicolas Sarkozy dans Le Parisien © Le Parisien

Le rendez-vous était prévu de longue date. Et malgré les soubresauts que connaît Nicolas Sarkozy ces derniers jours, l'Elysée a maintenu l'interview organisée avec un panel de Français sélectionnés par Le Parisien. Au cours de cette interview, le chef de l'Etat donne pour la première fois sa version des faits concernant l'altercation qui l'a opposé samedi à un visiteur du Salon de l'Agriculture. "Il est difficile même quand on est président de ne pas répondre à une insulte, j'ai sans doute les défauts de mes qualités. Ce n'est pas parce qu'on est président qu'on devient quelqu'un sur lequel on peut s'essuyer les pieds.Cela étant, j'aurais mieux fait de ne pas lui répondre", confesse notamment Nicolas Sarkozy, qui a reçu lundi matin des lecteurs du quotidien. Cependant, l'esquisse de mea culpa a été rajoutée après coup par l'Elysée, a déclaré le directeur de la rédaction du quotidien, Dominique de Montvalon. "Cette phrase n'a pas été prononcée" devant le panel de lecteurs du Parisien qui a interrogé le chef de l'Etat, a expliqué Dominique de Montvalon sur Canal+. 

> La rétention de sûreté
 
Le président revient ensuite sur la polémique sur la loi de rétention de sûreté, estimant que le principe de non-rétroactivité placerait les délinquants dans une situation inéquitable. "On aura donc deux catégories de serial-violeurs : celui qui sera libre parce qu'il a été condamné juste avant la loi, et celui qui n'aura pas le droit de sortir parce qu'il a été condamné juste après", dit-il. Nicolas Sarkozy réaffirme dans le quotidien son intention de "pouvoir appliquer cette loi aux criminels les plus  dangereux. Je tiens à l'affirmer, je ne céderais pas, le principe de  précaution doit s'appliquer aux victimes", a-t-il ajouté.
 
> La popularité de François Fillon
 
Autre sujet sur lequel on a peu entendu le chef de l'Etat : la bonne côte de popularité de son Premier ministre, alors que la sienne s'effondre dans les sondages. "Cela prouve que la politique qui est mise en oeuvre est la bonne et que le décrochage est dû non pas à la politique, mais à des événements qui sont apparus dans ma vie et que j'ai dû gérer".
 
> Les attaques personnelles
 
Le chef de l'Etat aborde egalement les critiques dont sa personnalité fait l'objet. "Ma conception du rôle de chef de l'Etat, ce n'est pas de cultiver la sympathie, d'être le copain qu'on rêverait d'avoir". Il admet toutefois qu'il est parfois touché par certains mots : "Quand le journal 'Marianne' titre en couverture "Sarkozy est-il fou". Cela me blesse". Sarkozy justifie l'hyperactivité qui lui est parfois reprochée, "un devoir" selon lui."Si le président ne s'engage pas, ça ne bouge pas", déclare-t-il, "si je ne tape pas du poing sur la table, si je n'exige pas des résultats, il ne se passe rien".
 
> L'ouverture
 
Dans Le Parisien, Nicolas Sarkozy réaffirme encore son intention de poursuivre la politique d'ouverture. "J'ai des idées pour faire venir d'autres personnalités", a-t-il  indiqué. "Claude Allègre est un homme avec qui j'aimerais un jour travailler",  a-t-il souligné. Et de rappeler  que le nouveau président de la SNCF était un ancien collaborateur de Martine Aubry. "Je cherchais le meilleur, et j'ai estimé que le meilleur c'était lui".
 
> La place des femmes
 
Il a d'autre part reconnu que c'était lui qui avait voulu que Christine  Ockrent soit directrice générale de France Monde. "Je déteste que l'on réduise les femmes à ce que font leurs maris", a-t-il expliqué. "Je trouve scandaleux qu'on proteste parce qu'elle a un compagnon qui  s'appelle Bernard Kouchner et que l'on oublie aussi la journaliste d'exception  qu'elle est". Rappelant que "Carla était chanteuse avant que je la rencontre", il a estimé  que "réduire la place d'une femme à la carrière de son mari est un manque de respect".

> Les heures supplémentaires et le pouvoir d'achat

Le chef de l'Etat défend la politique des heures supplémentaires. "Les 35 heures ont tué la politique salariale.  Je me trouve avec un gigantesque problème de pouvoir d'achat parce que les gens voient que le coût de la vie augmente, que les salaires n'augmentent pas assez. Comment faire ? Il y a deux solutions. D'abord les heures supplémentaires, ça marche du feu de Dieu ! En octobre, 39% des entreprises ont utilisé le dispositif de défiscalisation; 45% en novembre et 55% en décembre. Ensuite, j'ai demandé au gouvernement un projet de loi sur l'intéressement pour qu'il soit généralisé".

> La police de proximité   

En tant que ministre de l'Intérieur, Nicolas Sarkozy avait supprimé la police de proximité. Il répond aux lecteurs du Parisien : "De 1997 à 2002, la délinquance a augmenté de 15%. Entre 2002 et 2007, elle a reculé de 14%, avec le même appareil statistique. Pour moi, la vraie police de proximité, c'est la brigade anti-criminalité, ceux qui sont sur le terrain au moment où les délinquants s'y trouvent", opposant sa vision de la police à celle de la gauche, "faire des patrouilles dans les zones piétonnes à 9h du matin. La gauche et la sécurité, ça a été un désastre". 
 
> L'Education
 
Dans le quotidien, Nicolas Sarkozy  annonce deux nouveautés dès l'année prochaine : les résultats de l'école seront communiqués aux parents et il y aura une évaluation tous les deux ans des professeurs sur leurs résultats.

> La Société Générale

Le chef de l'Etat dit "ne pas comprendre" pourquoi Daniel Bouton n'a pas "tiré les conclusions" du "sinistre" qu'a connu la Société Générale avec l'affaire de fraude massive. "Que quelqu'un gagne 7 millions d'euros par an, ça ne me choque pas. A une condition : c'est qu'il en assure la responsabilité. Daniel Bouton, je n'ai rien contre lui, mais on ne peut pas dire : je vais être payé 7 millions d'euros par an, et, quand il y un problème dire : ce n'est pas moi. Ça, je ne l'accepte pas". 

> Son salaire

"Maintenant, je gagne 19.000 euros par mois, quand Jacques Chirac en gagnait 20.000. Quand je suis devenu président, on m'a dit : quel salaire voulez-vous ? C'est comme ça que ça se passe, c'est le président qui fixe son salaire.  J'ai dit : changez-moi ça tout de suite. Je conserve mon salaire de ministre de l'Intérieur (12.700 euros) et faites voter une loi. Ensuite on dit, Sarkozy augmente de 140% son salaire. Où ont-ils vu ça ?" s'étonne-t-il.

D'après agences

le 26 février 2008 à 06:37
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