Confidences du plus jeune maire des Hauts-de-Seine

Par Propos recueillis par Kelly PUJAR, le 20 mars 2008 à 12h53 , mis à jour le 20 mars 2008 à 15h18

Sébastien Pietrasanta vient de ravir à 30 ans la ville d'Asnières à Manuel Aeschlimann, maire UMP et proche de Nicolas Sarkozy. Le socialiste était à la tête d'une coalition atypique regroupant le PS, le MoDem et des opposants de droite au second tour de la municipale.

Sébastien Piétrasanta AsnièresSébastien Piétrasanta © DR

Les Asniérois s'offrent un maire trentenaire, prof dans un lycée professionnel. Sébastien Pietrasanta a gagné avec 51,87% des suffrages, contre 48,13% pour son adversaire. Il répond aux questions de LCI.fr.
 
LCI.fr : Vous êtes le plus jeune maire des Hauts-de-Seine, désormais à la tête  d'un ex-fief de la droite. Comment vivez-vous votre victoire ?
 
Sébastien Pietrasanta: "Je la vis avec beaucoup d'émotion et beaucoup de fierté. J'ai encore du mal à réaliser. Mais je suis concentré sur mes responsabilités. Je ne suis pas encore officiellement élu maire. Ça sera le cas samedi. Depuis dimanche, j'ai eu beaucoup de décisions à prendre, des équipes à former, un cabinet à constituer. Mon calendrier est très chargé avec beaucoup de travail pour ce weekend".
 
LCI.fr : Vous avez gagné grâce à une fusion inédite PS-MoDem-Divers-droite. Vos colistiers issus de l'"ouverture" deviendront vos adjoints. Pourquoi cette alliance ? Comment allez-vous gérer les trois composantes de la majorité municipale?
 
S.P. : "Je connaissais déjà Christian Leblond (MoDem) et Josiane Fischer (opposante divers-droite). En novembre, nous avions lancé une première initiative, un appel commun pour convoquer un conseil municipal extraordinaire afin de rendre public un rapport de la Chambre régional des comptes que le maire refusait de rendre public. La fusion a donc mûri grâce à cette pétition. On s'est rencontré. Chacun avait la volonté de partir de manière séparée au premier tour. On s'est rendu compte qu'on partageait beaucoup de points communs pendant la campagne et on s'est retrouvé naturellement au second tour. Cette alliance, c'est tout sauf un accord d'appareil."
 
LCI.fr : Quelles sont vos priorités pour Asnières ?
 
S.P
. : "Restaurer la confiance des Asniérois envers leurs élus et restaurer la démocratie locale. Cela passe par la mise en place de conseils de quartier. Les conseils municipaux seront désormais retransmis en direct sur le site internet de la ville. Cela sera le cas dès samedi matin pour faire en sorte qu'il y ait de la transparence dans les décisions qui sont prises. On souhaite assainir les finances, en commandant un audit. A terme, on espère être la première ville avec le label "anticor" afin de montrer l'exemple et tourner la page d'un système." (Anticor est une association française créée par Eric Alphen et Séverine Tessier afin de lutter contre la corruption, NDLR)
 
LCI.fr : On vous présente comme un proche de Julien Dray. Comment est née votre amitié ?
 
S.P. : " On est effectivement amis depuis 20 ans. J'ai adhéré au parti socialiste à l'âge de 15 ans au moment où le gouvernement Balladur avait réformé la loi Falloux qui allait handicaper les écoles publiques. J'avais manifesté à l'époque. J'étais vice-président du syndicat lycéen la Fidl et membre de la direction national de SOS Racisme. On s'est connu progressivement après mon adhésion au PS. Je n'ai pas le souvenir d'une rencontre particulière. J'ai travaillé avec lui sur les questions de sécurité au PS dans les années 2002-2003. J'ai travaillé avec lui également au Conseil régional d'Ile-de-France où Julien Dray est vice-président en charge de la Sécurité et je suis membre de la commission "Sécurité". "
 
LCI.fr : Le Congrès du Parti socialiste aura lieu à l'automne. Soutenez-vous la candidature de Julien Dray au poste de Premier secrétaire ?
 
S.P. : "Oui, c'est un homme qui a largement les compétences et qui l'a démontré ces dernières années. Je pense également que ce congrès ne doit pas être un congrès de pré-désignation d'un candidat pour l'élection présidentielle. Ce congrès doit permettre de rassembler les socialistes, de refonder le discours du parti, de faire en sorte que le parti soit ouvert. Il faut organiser des primaires à gauche et réfléchir à la question des alliances."
 
LCI.fr : Partagez-vous la position de Ségolène Royal qui s'est prononcée pour une alliance avec le MoDem ou celle de Bertrand Delanoë qui veut un rassemblement à gauche ?
 
S.P. : "Je tiens à dire que la situation était inédite à Asnières avec un maire particulier. Après je ne suis pas là pour extrapoler le cas d'Asnières dans toute la France. Sur le plan national, les alliances avec le MoDem ne me choquent pas. Je ne vais pas dire le contraire. Il faut rassembler l'ensemble de la gauche jusqu'au MoDem à partir du moment où le MoDem s'implique et rompt avec la droite."
 
LCI.fr : Le Premier secrétaire désigné sera-t-il un Premier secrétaire par intérim ?
 
S.P. : Non. Il ne faut pas de consensus mou. Il faut au contraire un premier secrétaire qui travaille énormément. Il ne faut pas croire que le fait de gagner les élections locales signifie que le parti socialiste soit en bonne santé. Le PS a besoin d'augmenter son nombre d'adhérents pour en faire un parti de masse et de se refonder idéologiquement. On ne doit pas faire de pseudo-forum de la rénovation, et au contraire réfléchir et inventer de nouvelles idées. Ségolène Royal a montré le chemin, il faut trancher les débats qu'il y a entre nous."
 
LCI.fr : Vous êtes conseiller régional d'Ile-de-France. Christian Blanc a été nommé secrétaire d'Etat chargé du Développement de la "Région capitale". Qu'avez-vous à dire sur le débat autour du Grand Paris ?
 
S.P. : "Je ne suis pas contre à partir du moment où on préserve l'identité de la région Ile-de-France. Le Grand Paris ne doit pas se faire au détriment de la collectivité territoriale qu'est le conseil régional. Travailler la question des transports en commun, des équipements, des logements sociaux avec le Grand Paris est une bonne chose. Mais ce ne doit pas être une guerre contre la région à laquelle je suis attaché."
 
LCI.fr : Quand vous ne faîtes pas de politique, quelles sont vos activités ?
 
S.P. : "Ce matin (mercredi), j'ai dit au revoir à mes élèves en lycée professionnel. J'étais à temps partiel. J'ai demandé une mise en disponibilité immédiate jusqu'à la fin de l'année. En septembre, j'espère pouvoir assumer 3 à 4 heures de cours par semaine pour garder un pied dans la vie réelle. J'ai un doctorat en histoire contemporaine, je reste attaché à ma vocation." 

Par Propos recueillis par Kelly PUJAR le 20 mars 2008 à 12:53
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3 Commentaires

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  • Dureau, le 20/03/2008 à 16h50

    Nourri à la Fidl et à SOS-Racisme, ca promet !

  • Tom, le 20/03/2008 à 16h29

    Modem + PS + Divers droite = PS ? De quoi garder tout le monde au chaud ces municipales.

  • Phil antrope, le 20/03/2008 à 15h05

    C'est vrai que son poste en temps partiel lui a permis de consacrer pas mal de temps au militantisme...l'Education Nationale, faute de former convenablement ses élèves, forme très bien nos élus (de gauche si possible)...je sais de quoi je parle, le maire de ma ville, Dax, est un prof de 57ans à la retraite!!!

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