Gilles de Robien © LCIIl y a quelques mois à Amiens, peu de personnes auraient misé sur la présence au second tour du candidat de la gauche unie Gilles Demailly, ancien président de la faculté Jules Verne et quasi-inconnu des Amiénois eux-mêmes. Alors une victoire écrasante face à Gilles de Robien, ancien ministre et surtout maire de la ville depuis 19 ans, cela semblait pari impossible. Pourtant, un peu plus d'un mois avant le début du scrutin, certains y croyaient déjà malgré des sondages peu encourageants.
C'était le cas de Sébastien Carrara, militant MJS chargé de rédiger les tracts de Gilles Demailly : « La plupart des enquêtes d'opinion ont été réalisées alors que notre candidat ne s'était pas encore déclaré et que Maxime Gremetz du PC représentait à lui seul l'essentiel de l'opposition avant de se retirer» souligne-t-il. Si Yann Hubert, en charge du site de campagne de Demailly ne retient pas que des aspects négatifs du long règne de Gilles de Robien à la tête d'Amiens, reconnaissant lui-même que la ville avait besoin d'un indispensable lifting, il dénonce, cependant, sa manière de gouverner « totalement hégémonique pour un investissement exorbitant. Il faut absolument gérer les finances de la ville de manière plus saine. Et les travaux ne sont toujours pas terminés ! »
Une Campagne de vainqueur
Gilles de Robien a été battu bien qu'il ne se soit pas engagé à la légère dans cette campagne municipale. S'entourant d'un noyau de jeunes militants actifs, l'ancien ministre de l'Education nationale avait décidé de jouer la carte du débat participatif. Un an avant le début du scrutin, son équipe s'était chargée d'organiser des réunions tupperware chez les Amiénois de tous les bords politiques. En janvier dernier, des cafés-débats ont également vu le jour autour de thèmes aussi variés que le sport, la vie étudiante ou encore le handicap. Ces témoignages ont débouché sur de nombreuses propositions consignées dans le « livre blanc des jeunes amiénois » remis à la fin du mois de février à Gilles de Robien.
Comment expliquer alors la très nette défaite de l'ancien ministre du gouvernement Villepin qui avait toujours été élu dès le premier tour depuis son premier sacre en 1989 ? Pour Sébastien Colombel, membre d'Energie 2008 ( NDLR : Il s'agit du nom donné à la campagne de Gilles de Robien lors des élections municipales ) et colistier de Gilles de Robien, les raisons de ce désaveu sont multiples. S'il évoque « l'anti-sarkozysme » ( NDLR : Gilles de Robien a finalement soutenu Nicolas Sarkozy lors de la campagne présidentielle de 2007 plutôt que François Bayrou dont il était directeur de campagne aux présidentielles de 2002. ) des Amiénois ou l'usure du pouvoir, il estime que les travaux incessants menés dans sa ville, surtout les six derniers mois, ont joué un rôle décisif : « Des travaux récents comme la verrière près de la gare ont été réalisés sans concertation avec les habitants. Des pétitions ont été lancées mais le maire n'a rien voulu entendre » explique-t-il.
Depuis sept ans, la sociologie de la ville a également profondément changé : «beaucoup de bobos se sont installés dans le centre et ils sont peu enclins à voter à droite » précise-t-il. Enfin, de nombreuses maladresses ont été commises dans la stratégie de communication de Gilles de Robien ; il aurait mené une campagne de « vainqueur ». Sébastien Colombel témoigne de nouveau : « Etant persuadé que nous allions gagner, nous n'avons pas fait l'effort d'organiser des meetings pour mobiliser notre électorat. Nous avons axé notre campagne sur des thèmes qui intéressaient peu les gens comme le développement durable alors que d'autres problèmes comme le logement étaient au centre de leurs priorités.»
Quelques jours après la défaite, la pilule a toujours du mal à passer dans le camp Robien. L'ancien ministre de l'Education nationale a d'ailleurs décidé de tirer toutes les conséquences de ce revers et de se retirer de la vie politique locale.
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