Ségolène Royal et Bertrand Delanoë lors d'un meeting à Roubaix (janvier 2007) © www.abacapress.comLa date du Congrès ?
François Hollande, revigoré par la victoire de ses troupes aux élections locales, peut désormais encadrer la bataille pour le leadership. Le premier secrétaire peut aussi, sans heurts, organiser le Congrès à l'automne, le Conseil national ayant validé mardi les dates (du 7 au 9 novembre). Ségolène Royal a jugé le calendrier envisagé "tardif". En poste depuis onze ans, François Hollande, qui ne brigue pas de troisième mandat, se pose jusque là en arbitre. A lui de contenir les stratégies individuelles et ne pas renouveler l'expérience de 2004 qui a vu le PS ne pas transformer sa victoire aux régionales en rénovation politique .
Le nombre de militants ?
La campagne présidentielle a vu les rangs du Parti socialiste grossir de milliers de militants attirés par une offre d'adhésion à vingt euros. Le PS a parlé à l'époque de plus de 200 000 cartes d'adhérents. Cependant, la campagne finie et Ségolène Royal perdante, des milliers de partisans ont déserté. Le PS aurait perdu un quart de ses militants. "On est entre 160 000 et 180 000" a expliqué en janvier Kader Arif, secrétaire national chargé des fédérations. Le PS, dont l'ambition était de devenir un parti de masse, plutôt qu'un parti d'élus, doit reconquérir sa base.
Les acteurs de la bataille ?
Ségolène Royal
L'ex-candidate à la présidentielle a été la première à dégainer. Elle a déjà fait connaître son intention de déposer un texte qu'elle espère majoritaire en novembre. Selon certains de ses concurrents, elle ne représenterait cependant qu'entre 25 et 30% du parti. La présidente de la région Poitou-Charentes a sillonné la France pendant les municipales, à la fois pour porter son soutien aux candidats et compter le nombre de ses supporters. Celle qui a porté un soin particulier à se démarquer du parti sait qu'elle ne peut s'affranchir des fédérations locales. "Si tout va bien, elle aura cinq fédérations du Languedoc-Roussillon derrière elle", affirme par exemple Georges Frêche, le président de cette région dans le Figaro.
Bertrand Delanoë
Depuis sa victoire aux municipales, le maire de Paris reste discret sur ses ambitions après sa promesse de se consacrer à la capitale. Pour l'instant, il profite des réseaux établis par son ami Lionel Jospin. Seule position claire conforme à sa stratégie de victoire à Paris : il n'est pas favorable à une alliance d'emblée avec le MoDem contrairement à sa rivale Ségolène Royal. Il souhaite avant tout construire un parti socialiste fort, respecter les alliances traditionnelles à gauche et travailler sur le projet.
Les "outsiders"
Ils s'appellent Julien Dray, Pierre Moscovici, et Manuel Valls. Ils sont quadragénaires et fidèles au parti mais sans réels relais locaux. Aucun n'est a priori présidentiable. Julien Dray et Pierre Moscovici sont déjà candidats sur une double proposition : le successeur de François Hollande ne devra pas être un présidentiable et les candidats pour 2012 doivent patienter avant de se déclarer. L'autre député de l'Essonne, Manuel Valls, craint que les socialistes réitèrent l'expérience des régionales en 2004, "c'est-à-dire penser que les victoires locales nous permettent d'attendre que les Français nous redonnent le pouvoir à la prochaine élection nationale". "Il faut bâtir un projet alternatif pour 2012, qui parte de cette réalité et qui parle réellement aux Français sur les questions essentielles du pouvoir d'achat, de logement, des retraites", a-t-il déclaré sur RTL. Le maire d'Evry a pour atout sa popularité dans l'opinion.
Les "reconstructeurs"
Sous ce nom évocateur est représentée une mosaïque de courants qui regroupent des proches de Dominique Strauss-Kahn, Laurent Fabius, Arnaud Montebourg et Martine Aubry. Les reconstructeurs disent vouloir "éviter un nouveau Congrès de Rennes", en l'occurrence un affrontement Royal/Delanoë. Ils veulent donc centrer le débat sur le projet, rien que le projet et tout le projet. Ils proposent - sans donner de nom pour le moment - un premier secrétaire chef d'équipe, capable d'animer une direction resserrée et véritablement collégiale d'ici la désignation, en 2010 ou 2011, du candidat pour 2012.
Les "reconstructeurs" du PS sont prêts à "tendre la main" à Bertrand Delanoë en vue du congrès prévu à l'automne, si le maire de Paris ne fait pas de sa candidature au leadership "un préalable", a affirmé Jean-Christophe Cambadélis dans un entretien au Monde. Ce dernier récuse néanmoins les reproches de "front anti-Royal" faits par certains. "Rappelez moi Arnaud Montebourg, il était quoi ? Porte parole de qui ? N'a-t-il pas été le premier des Ségolistes ?", souligne-t-il mardi sur son blog. "Nous ne sommes pas dans un "tout sauf Ségolène" mais dans un " tous contre la présidentialisation du PS", un "tous contre la division", un tous pour la rénovation ! ", ajoute le député de Paris.
La gauche du PS
A la gauche du parti, les partisans d'Henri Emmanuelli ou de Benoît Hamon comptent bien se faire entendre. Défavorable à un front "ni Royal, ni Delanoë", Jean-Luc Mélenchon souhaite mardi le rassemblement du parti dans une interview au Parisien-Aujourd'hui en France. Il déplore une "formule confortable pour ceux qui ne veulent pas discuter de ce qui compte, le partage des richesses". Le sénateur de l'Essonne regrette que "pour certains, mieux vaut la lutte des places que la lutte des classes".
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