Nicolas Sarkozy le 24 avril 2008 © TF1/LCIComme nous vous l'écrivions en début de semaine, Nicolas Sarkozy n'avait pas le choix. La mondialisation change le monde, violemment et la crise financière a frappé les Etats-Unis l'été dernier, cruellement. Or, depuis des mois, un Nicolas Sarkozy encore candidat promettait à l'opinion un avenir sinon radieux, du moins prometteur. Jeudi soir, il a tourné la page et délaissé enfin la communication sur le "choc de confiance" pour tenter d'expliquer aux Français "le quadruple choc" qui touche le pays : flambée du pétrole, crise des subprimes, poussée de l'euro et hausse des matières premières.
Si le chef de l'Etat s'est montré offensif et efficace sur chacun de ces points, il n'est pas certain qu'il soit parvenu à donner une cohérence d'ensemble à tout cela. Tel un médecin expliquant patiemment à son patient la maladie dont il souffre, un président de la République se doit d'être, autant que faire se peut, l'homme qui sait et qui explique au peuple la marche du monde.
Sarkozy mitterrandien
Toujours trop court tant les sujets sont nombreux, ce genre d'exercice télévisuel est difficile. Mais les dessous de la hausse du prix du gaz, la santé florissante de la SNCF qui aurait pu justifier une réforme de la carte famille nombreuse ou encore la courageuse réforme des ports auraient pu être plus longuement expliquées, à titre de symboles d'un monde qui change et qui rend nécessaire la réforme ? La fermeté affichée sur l'éducation ou l'immigration a manqué de souffle, sans mise en perspective globale. Avec au détour une phrase terriblement symptomatique de l'époque : "si on n'est pas inquiet, alors on n'est pas jeune".
Plus convaincant sur le manque de concurrence dans la grande distribution que sur les heures supplémentaires, Nicolas Sarkozy a retrouvé régulièrement les accents volontaristes de la campagne électorale, réfutant les critiques, formulées jusque dans son camp, sur le rythme des réformes. "J'ai lancé toutes ses réformes parce que tout se tient !", a-t-il expliqué dans la salle des fêtes de l'Elysée transformée en studio.
Mais finalement plus mitterrandien que chiraquien, il a demandé du "temps au temps". Avec une humilité toute nouvelle, il a reconnu que la vie n'avait "pas assez" changé pour les Français depuis sa prise de fonction. Avec une ingénuité presque étonnante, il a répété à plusieurs reprises : "c'est pas simple", "c'est difficile", "tous les dix minutes, j'ai une décision compliquée à prendre".
Internautes déçus
Sa dénonciation d'un "capitalisme qui marche sur la tête" aura sans nul doute trouvé un écho chez tout un chacun et lui aura peut-être permis de toucher juste, chez une partie des Français déçus par leur vote de mai dernier. Car l'un des objectifs de Nicolas Sarkozy jeudi soir était bien de toucher juste, par petites touches, d'initier le travail de reconquête du lien de confiance si fortement abîmé après un an d'exercice du pouvoir.
Le chef de l'Etat sait bien qu'une émission de 90 minutes ne lui suffira pas à retrouver une parole crédible, les nombreuses réactions d'internautes déçus par son entretien en sont la preuve. Car aujourd'hui les Français ne l'attendent plus que sur un seul terrain, celui des résultats. Piégé par une culture du résultat qu'il a lui-même installé dans les esprits, le président ne retrouvera la faveur de l'opinion que si elle a l'impression que "ça va mieux".
Bientôt du sang et des larmes ?
Les mea culpa répétés et nécessaires de Nicolas Sarkozy jeudi soir ne lui permettront pas de remonter rapidement dans les sondages. Ils l'auront néanmoins fait entrer dans une nouvelle phase, celle d'un président capable d'entendre, celle d'un chef de l'Etat conscient de l'urgence de se recentrer. Plus sobre dans le style, moins emphatique dans ses réponses, plus du tout séducteur-blagueur avec ses interlocuteurs, il a su trouver le ton juste sur les dossiers internationaux, convictions à l'appui. Ses positions sur les JO de Pékin ou le drame vécu par Ingrid Bétancourt ont été saluées par de nombreux internautes.
Jeudi soir, Nicolas Sarkozy a fait en creux un terrible aveu : depuis neuf mois, c'était le désordre au sommet de l'Etat. "Je pense qu'aujourd'hui les choses sont en ordre", a-t-il voulu rassurer. Puisse-t-on l'espérer tant la conjoncture internationale est incertaine, la situation du pays très difficile et les réformes compliquées à expliquer.
Le chef de l'Etat devait-il jeudi soir promettre aux Français du sang et des larmes, à la manière d'un Berlusconi au soir de sa victoire électorale il y a dix jours ? Sans s'être glissé depuis son élection dans les habits du père de la nation, c'eut été impossible et sans doute trop tôt. Les prochains mois diront comment la France et son premier partenaire l'Allemagne résistent à la crise financière. Et le diagnostic début 2009 sera alors crucial.
En attendant, Nicolas Sarkozy doit patiemment et humblement renouer par petites touches le lien de confiance avec les Français, en mettant son impopularité au service de la vérité. Et en suivant peut-être ce conseil du peintre George Braque, "n'essaie pas de convaincre mais plutôt de faire réfléchir". Pour lui, la vraie rupture.
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