Enfin il en a parlé

Par , le 25 avril 2008 à 03h13 , mis à jour le 25 avril 2008 à 09h48

Analyse - Nicolas Sarkozy a expliqué sur TF1 les nouvelles conditions dans lesquelles il conduisait la politique de la France. Les Français auront-ils saisi la nouvelle donne ?

Nicolas sarkozyNicolas Sarkozy le 24 avril 2008 © TF1/LCI

Comme nous vous l'écrivions en début de semaine, Nicolas Sarkozy n'avait pas le choix.  La mondialisation change le monde, violemment et la crise financière a frappé les Etats-Unis l'été dernier, cruellement. Or, depuis des mois, un Nicolas Sarkozy encore candidat promettait à l'opinion un avenir sinon radieux, du moins prometteur. Jeudi soir, il a tourné la page et délaissé enfin la communication sur le "choc de confiance" pour tenter d'expliquer aux Français "le quadruple choc" qui touche le pays : flambée du pétrole, crise des subprimes, poussée de l'euro et hausse des matières premières.

Si le chef de l'Etat s'est montré offensif et efficace sur chacun de ces points, il n'est pas certain qu'il soit parvenu à donner une cohérence d'ensemble à tout cela. Tel un médecin expliquant patiemment à son patient la maladie dont il souffre, un président de la République se doit d'être, autant que faire se peut, l'homme qui sait et qui explique au peuple la marche du monde. 

Sarkozy mitterrandien
 
Toujours trop court tant les sujets sont nombreux, ce genre d'exercice télévisuel est difficile. Mais les dessous de la hausse du prix du gaz, la santé florissante de la SNCF qui aurait pu justifier une réforme de la carte famille nombreuse ou encore la courageuse réforme des ports auraient pu être plus longuement expliquées, à titre de symboles d'un monde qui change et qui rend nécessaire la réforme ?  La fermeté affichée sur l'éducation ou l'immigration a manqué de souffle, sans mise en perspective globale. Avec au détour une phrase terriblement symptomatique de l'époque : "si on n'est pas inquiet, alors on n'est pas jeune". 
 
Plus convaincant sur le manque de concurrence dans la grande distribution que sur les heures supplémentaires, Nicolas Sarkozy a retrouvé régulièrement les accents volontaristes de la campagne électorale, réfutant les critiques, formulées jusque dans son camp, sur le rythme des réformes. "J'ai lancé toutes ses réformes parce que tout se tient !", a-t-il expliqué dans la salle des fêtes de l'Elysée transformée en studio.

Mais finalement plus mitterrandien que chiraquien, il a demandé du "temps au temps". Avec une humilité toute nouvelle, il a reconnu que la vie n'avait "pas assez" changé pour les Français depuis sa prise de fonction. Avec une ingénuité presque étonnante, il a répété à plusieurs reprises : "c'est pas simple", "c'est difficile", "tous les dix minutes, j'ai une décision compliquée à prendre". 

Internautes déçus
 
Sa dénonciation d'un "capitalisme qui marche sur la tête" aura sans nul doute trouvé un écho chez tout un chacun et lui aura peut-être permis de toucher juste, chez une partie des Français déçus par leur vote de mai dernier. Car l'un des objectifs de Nicolas Sarkozy jeudi soir était bien de toucher juste, par petites touches, d'initier le travail de reconquête du lien de confiance si fortement abîmé après un an d'exercice du pouvoir.

Le chef de l'Etat sait bien qu'une émission de 90 minutes ne lui suffira pas à retrouver une parole crédible, les nombreuses réactions d'internautes déçus par son entretien en sont la preuve. Car aujourd'hui les Français ne l'attendent plus que sur un seul terrain, celui des résultats. Piégé par une culture du résultat qu'il a lui-même installé dans les esprits, le président ne retrouvera la faveur de l'opinion que si elle a l'impression que "ça va mieux".

Bientôt du sang et des larmes ?
 
Les mea culpa répétés et nécessaires de Nicolas Sarkozy jeudi soir ne lui permettront pas de remonter rapidement dans les sondages. Ils l'auront néanmoins fait entrer dans une nouvelle phase, celle d'un président capable d'entendre, celle d'un chef de l'Etat conscient de l'urgence de se recentrer. Plus sobre dans le style, moins emphatique dans ses réponses, plus du tout séducteur-blagueur avec ses interlocuteurs, il a su trouver le ton juste sur les dossiers internationaux, convictions à l'appui. Ses positions sur les JO de Pékin ou le drame vécu par Ingrid Bétancourt ont été saluées par de nombreux internautes.
 
Jeudi soir, Nicolas Sarkozy a fait en creux un terrible aveu : depuis neuf mois, c'était le désordre au sommet de l'Etat. "Je pense qu'aujourd'hui les choses sont en ordre", a-t-il voulu rassurer. Puisse-t-on l'espérer tant la conjoncture internationale est incertaine, la situation du pays très difficile et les réformes compliquées à expliquer.

Le chef de l'Etat devait-il jeudi soir promettre aux Français du sang et des larmes, à la manière d'un Berlusconi au soir de sa victoire électorale il y a dix jours ?  Sans s'être glissé depuis son élection dans les habits du père de la nation, c'eut été impossible et sans doute trop tôt. Les prochains mois diront comment la France et son premier partenaire l'Allemagne résistent à la crise financière. Et le diagnostic début 2009 sera alors crucial. 

En attendant, Nicolas Sarkozy doit patiemment et humblement renouer par petites touches le lien de confiance avec les Français, en mettant son impopularité au service de la vérité. Et en suivant peut-être ce conseil du peintre George Braque, "n'essaie pas de convaincre mais plutôt de faire réfléchir". Pour lui, la vraie rupture.

Par Renaud Pila le 25 avril 2008 à 03:13
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36 Commentaires

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  • Tinou, le 25/04/2008 à 15h41

    Bravo Mr le Président. vous avez le courage de dire ce qui ne va pas.Les gens qui vous critiquent n'ont qu'à prendre votre place et l'on verra ce dont ils sont capables.On ne peut changer ou modifier des réformes du jour au lendemain. Beaucoup ne le comprenne pas.Il n'y a pas magie qui puisse exister.Le seul problème et non des moindres , est que le français est râleur quoique l'on fasse.

  • Tittou, le 25/04/2008 à 15h39

    Les sondages on s'en fou ! votre popularité,on s'en fou, continuez vos réformes Mr le Président et laissez ronchonner ces personnes qui pensent que le monde n'évolue pas, qui ne pensent qu'à court terme et qui ne pensent surtout qu'à eux, les réformes doivent être faites un point c'est tout car personne ne les à faites avant. Inutile également de raller sur le prix du carburant comme le font certains qui souvent roulent avec des voitures faisant du 20 litres au 100 (voir plus) comme le vrp avec sont Mercedes ML passé sur TF1 ou l'infirmière avec sa clio RS ou Sport qui "semblai" moins payée qu'avant, c'est l'hospital qui se fou de la charité quand même ! Le carburant n'est pas cher pour tous on dirait et il est trop facile de se plaindre, c'est honteux ! Serez vous un peu la ceinture, au moins pour l'avenir de vos enfants s'ils comptent un peu, ça ne va pas vous tuer de vous serrez la ceinture au lieu de consommer comme des dératés pour afficher votre pouvoir d'achat ! Merci de me publier mr le modérateur

  • Lynette, le 25/04/2008 à 15h31

    Pas du tout convaincue par ce guignol . Il n'a pas l'envergure d'un président . Tout ce que j'ai pu contater hier c'est que monsieur sarkozy ne répondait pas véritablement aux questions. Je n'ai rien vu de concret. Encore 4 ans avec ce nabot , mais qu'allons-nous devenir?

  • Steve, le 25/04/2008 à 15h10

    Pour parler de la gauche, un an après elle n'a toujours pas de programme si ce n'est la critique systématique...

  • Philippe, le 25/04/2008 à 14h59

    La politique de Sarko c'est je baisse les impots pour les riches et je fais financer le RSA par les travailleurs les plus pauvres en leur supprimant la prime pour l'emploi !

  • VENEL CATHERINE, le 25/04/2008 à 14h49

    J'ai voté pour Nicolas SARKOZY, je le soutiens toujours aujourd'hui. Il faut aller jusqu'au bout des réformes et stopper cette France "d'assistés". Le problème du pouvoir d'achat est surtout pour nous les français moyens qui travaillons à deux dans la famille, payons des impôts, avons besoin de deux voitures pour aller travailler. Les autres ont peur de perdre leur allocations, leur RMI, leur rentrée scolaire (que nous ne touchons pas), la majoration des allocations familiales (que nous ne touchons pas non plus). Toutes ces français qui vivent du social et des aides sont plus équipés que nous, ils ont peur de ne plus pouvoir s'acheter le dernier portable à la mode, etc.... c'est cela leur véritable problème du pouvoir d'achat.

  • Cyprien, le 25/04/2008 à 14h47

    Ah Ah Ah, tout bon pour la gauche en 2012 ??? Vu la façon de laquelle débute la gauche dans certaines villes... Les Français vont (comme toujours) rechanger vite fait de fusil d'épaule, et bonjour (re) l'UMP en 2012 !!!

  • Haaa, le 25/04/2008 à 14h43

    C'est marrant, sur TF1, 80% des intervenants sont pro-sarko alors que dans la rue c'est plutot 20%. Le filtrage des interventions n'est pas vraiment discret ... Sinon, rien de neuf, tout va de travers, rien ne se passe comme prévue mais c'est pas grave on continue. Le mur se rapproche mais comme ils continuent à ne regarder que derriere eux (gniagnia les 35 heures, gniagnia pas de budget equilibré depuis 30 ans etc etc) on va le prendre en pleine poire. Moi la seule chose que j'ai retenu c'est que bientot nous verrons nos grands parents et arriere grand parents remplir nos caddies au supermarché pour pouvoir survivre ... comme aux usa. au secours !!!!

  • Carbonaro, le 25/04/2008 à 14h40

    JE N'AI JAMAIS ETE DECUE DE MON VOTE DU MOIS DE MAI ET SI C'ETAIT A REFAIRE, JE LE REFAIRE. CONFIANCE EN M. SARKOZI

  • CARBONARO, le 25/04/2008 à 14h39

    Arrêtez de mettre des avis ou il n'y a que des insultes ça suffit. aucun président n'a été autant insulté et surtout pas Mitterrand. Pourquoi je ne suis jamais publié. vous ne publiez, en majorité, que des avis avec des insultes. BRAVO M. SARKOZI et COURAGE pour un pays qui ne veut rien faire !!!!!!! JOURNALISTES TOUS DE GAUCHE, soyez un peu respectueux, catherine auge, calvi, etc.... vous êtes vraiment mauvais.

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