François Fillon © LCIC'est un débat pour le moins houleux qui s'est tenu ce mardi à l'Assemblée nationale au sujet de l'engagement militaire français en Afghanistan. Un débat organisé après le tollé suscité jusque dans les rangs de sa majorité par l'annonce à Londres par Nicolas Sarkozy de la décision de principe d'envoyer des renforts.
Sous les critiques de l'opposition qui, frustrée d'un vote sur ce sujet, a déposé une motion de censure (lire ci-dessous), le Premier ministre a précisé, en préambule de ce débat, l'ampleur des renforts militaires envoyés sur le terrain. "Les effectifs pourraient être de l'ordre de quelques centaines de soldats supplémentaires", a indiqué François Fillon. Un chiffre moindre que le millier d'hommes annoncé jusque là. François Fillon a rappelé les conditions de cet engagement que la France pose à l'OTAN : que ces renforts ne s'accompagnent pas du retrait d'autres alliés, que l'"afghanisation" du conflit soit accélérée, que les efforts civils et militaires soient mieux coordonnés, et que le problème de la drogue soit pris en compte dans le processus de développement.
Le retrait des forces françaises d'Afghanistan, dont l'opposition craint qu'il ne devienne un "nouveau Viêtnam", "serait le signe que nous n'assumons plus nos responsabilités vis-à-vis de l'Onu et que nous rompons la solidarité qui nous unit à nos plus fidèles alliés", a expliqué François Fillon. "Nous amplifions ensemble les chances de la paix" en engageant plus avant l'armée française, a-t-il assuré. Le chef du gouvernement a souligné que "cette paix pour l'Afghanistan conditionne largement une part de notre sécurité [...].
Motion de censure
Face au refus par l'exécutif d'un vote du Parlement sur cette question, les députés PS ont répliqué par une motion de censure contre la politique "atlantiste" de Nicolas Sarkozy, qui a même été critiquée par certaines voix dans la majorité. La décision du président "a peu à voir avec l'Afghanistan et beaucoup avec l'obsession atlantiste du président", a ainsi lancé le chef des députés socialistes Jean-Marc Ayrault, à la veille de l'ouverture du sommet de l'Otan à Bucarest. Cette motion n'a aucune chance d'être adoptée, le groupe UMP disposant à lui seul de la majorité absolue à l'Assemblée nationale. Elle sera néanmoins examinée mardi.
Dénonçant un "alignement stratégique global" et une évolution "inacceptable", il a confirmé le dépôt, dans les prochains jours, d'une motion de censure -qui n'a aucune chance d'être votée- sur le renforcement militaire en Afghanistan, mais aussi selon le PS sur "l'ensemble des problèmes du pays, économiques et sociaux". "Qu'on ne nous fasse pas de faux procès. Il ne s'agit pas pour nous d'abandonner l'Afghanistan. Nous voulons vaincre les talibans et Al-Qaïda. Mais cette victoire ne pourra être acquise sans la redéfinition d'une stratégie d'ensemble", a-t-il ajouté.
Le Premier ministre a accusé mardi soir les socialistes de "démagogie" à propos de l'Afghanistan. "Quand, en 2001, Lionel Jospin envoie 1.500 soldats français en Afghanistan, après un débat sans vote, c'est bien. Quand le président de la République française dit: ‘Je demande aux alliés de changer de stratégie, et si les alliés acceptent de changer de stratégie, je suis prêt à renforcer les effectifs français en Afghanistan', alors là ça ne va plus, naturellement puisque ce n'est plus la gauche qui le propose", a-t-il lancé aux parlementaires de la majorité qu'il recevait à Matignon. "C'est connu, moins la gauche a d'idées, plus elle caricature celles des autres", a aussi affirmé le chef du gouvernement.
Un peu plus de 2300 hommes sur le terrain
Jean-Claude Sandrier (PCF) a lui aussi reproché "la dérive atlantiste d'un président" qui n'a pas été "mandaté pour cela", dont le renforcement militaire constituerait le "dernier avatar". Le Premier ministre a reçu l'appui inconditionnel de l'UMP et du Nouveau Centre. Mais la question d'un rapprochement de la France sur la politique étrangère des Etats-Unis, notamment son éventuel retour au sein du commandement militaire intégré de l'Otan, commence à faire débat au sein de la majorité. "Nous devrions débattre et voter chacun en son âme et conscience" si Paris voulait rejoindre l'Otan, a mis en garde Philippe Folliot (NC). Pour le souverainiste UMP Jacques Myard, "il y a trop de signes de M. Sarkozy". Il craint "sous prétexte de vouloir réussir la présidence française de l'UE que la France s'aligne sur les positions des partenaires européens de l'Otan". Opinion relayée, plus discrètement, par d'autres députés UMP dans les couloirs de l'Assemblée.
L'effectif militaire français en Afghanistan est actuellement d'"un peu plus de 2300 hommes", situant la France "au 7e rang des 40 nations contributrices de troupes", a indiqué aux députés François Fillon. Ce chiffre prend en compte tous les militaires français engagés sur le "théâtre afghan", dans et hors du pays. Quelques 1500 militaires français sont stationnés actuellement en Afghanistan, majoritairement dans la région de Kaboul, dans le cadre de la Force internationale d'assistance à la sécurité (Fias), sous commandement de l'Otan. La France est présente en Afghanistan depuis fin 2001, mais ses troupes ne sont pas engagées dans les zones les plus risquées, l'Est et le Sud, où Américains, Britanniques et Canadiens sont confrontés à de violents combats. Les renforts français pourraient opter pour l'Est, aux côtés des Américains.
| Nicolas Sarkozy attendu au sommet de l'Otan |
Le sommet de l'Otan aura lieu du 2 au 4 avril à Bucarest. Le chef de l'Etat entend négocier avec les alliés une réintégration de la France dans le commandement intégré de l'Otan, qu'elle a quitté en 1966, et favoriser le développement d'une véritable défense européenne parallèlement à l'Alliance atlantique. Mais, il ne devrait pas préciser, lors de ce sommet, le nombre et la localisation des renforts militaires dont il est prêt à autoriser le déploiement en Afghanistan, a indiqué mardi l'Elysée. "L'important, c'est la décision de principe (...) ce sont des discussions techniques entre militaires que sortiront le chiffres précis et la localisation exacte des renforts." |
Lisez la chronique d'Anita Hausser "Afghanistan : un débat de bonne(s) conscience( s)......" sur le blog du service politique de LCI
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