Fillon annonce "quelques centaines" de renforts

Par K.P. (avec agence), le 01 avril 2008 à 17h28 , mis à jour le 01 avril 2008 à 23h50

Le Premier ministre a annoncé mardi devant le Parlement que la France dépêcherait "quelques centaines de soldats supplémentaires" en Afghanistan. François Fillon a précisé que Nicolas Sarkozy détaillerait mercredi, au sommet de l'Otan de Bucarest, les modalités de ce déploiement.

François FillonFrançois Fillon © LCI

C'est un débat pour le moins houleux qui s'est tenu ce mardi à l'Assemblée nationale au sujet de l'engagement militaire français en Afghanistan. Un débat organisé après le tollé suscité jusque dans les rangs de sa majorité par l'annonce à Londres par Nicolas Sarkozy de la décision de principe d'envoyer des renforts.

Sous les critiques de l'opposition qui, frustrée d'un vote sur ce sujet, a déposé une motion de censure (lire ci-dessous), le Premier ministre a précisé, en préambule de ce débat, l'ampleur des renforts militaires envoyés sur le terrain. "Les effectifs pourraient être de l'ordre de quelques centaines de soldats supplémentaires", a indiqué François Fillon. Un chiffre moindre que le millier d'hommes annoncé jusque là. François Fillon a rappelé les conditions de cet engagement que la France pose à l'OTAN : que ces renforts ne s'accompagnent pas du retrait d'autres alliés, que l'"afghanisation" du conflit soit accélérée, que les efforts civils et militaires soient mieux coordonnés, et que le problème de la drogue soit pris en compte dans le processus de développement.
 
Le retrait des forces françaises d'Afghanistan, dont l'opposition craint qu'il ne devienne un "nouveau Viêtnam", "serait le signe que nous n'assumons plus nos responsabilités vis-à-vis de l'Onu et que nous rompons la solidarité qui nous unit à nos plus fidèles alliés", a expliqué François Fillon. "Nous amplifions ensemble les chances de la paix" en engageant plus avant l'armée française, a-t-il assuré. Le chef du gouvernement a souligné que "cette paix pour l'Afghanistan conditionne largement une part de notre sécurité [...].
 
Motion de censure 
 
Face au refus par l'exécutif d'un vote du Parlement sur cette question, les députés PS ont répliqué par une motion de censure contre la politique "atlantiste" de Nicolas Sarkozy, qui a même été critiquée par certaines voix dans la majorité. La décision du président "a peu à voir avec l'Afghanistan et beaucoup avec l'obsession atlantiste du président", a ainsi lancé le chef des députés socialistes Jean-Marc Ayrault, à la veille de l'ouverture du sommet de l'Otan à Bucarest. Cette motion n'a aucune chance d'être adoptée, le groupe UMP disposant à lui seul de la majorité absolue à l'Assemblée nationale. Elle sera néanmoins examinée mardi. 

Dénonçant un "alignement stratégique global" et une évolution "inacceptable", il a confirmé le dépôt, dans les prochains jours, d'une motion de censure -qui n'a aucune chance d'être votée- sur le renforcement militaire en Afghanistan, mais aussi selon le PS sur "l'ensemble des problèmes du pays, économiques et sociaux". "Qu'on ne nous fasse pas de faux procès. Il ne s'agit pas pour nous d'abandonner l'Afghanistan. Nous voulons vaincre les talibans et Al-Qaïda. Mais cette victoire ne pourra être acquise sans la redéfinition d'une stratégie d'ensemble", a-t-il ajouté.

Le Premier ministre a accusé mardi soir les socialistes de "démagogie" à propos de l'Afghanistan. "Quand, en 2001, Lionel Jospin envoie 1.500 soldats français en Afghanistan, après un débat sans vote, c'est bien. Quand le président de la République française dit: ‘Je demande aux alliés de changer de stratégie, et si les alliés acceptent de changer de stratégie, je suis prêt à renforcer les effectifs français en Afghanistan', alors là ça ne va plus, naturellement puisque ce n'est plus la gauche qui le propose", a-t-il lancé aux parlementaires de la majorité qu'il recevait à Matignon. "C'est connu, moins la gauche a d'idées, plus elle caricature celles des autres", a aussi affirmé le chef du gouvernement.

Un peu plus de 2300 hommes sur le terrain

Jean-Claude Sandrier (PCF) a lui aussi reproché "la dérive atlantiste d'un président" qui n'a pas été "mandaté pour cela", dont le renforcement militaire constituerait le "dernier avatar". Le Premier ministre a reçu l'appui inconditionnel de l'UMP et du Nouveau Centre. Mais la question d'un rapprochement de la France sur la politique étrangère des Etats-Unis, notamment son éventuel retour au sein du commandement militaire intégré de l'Otan, commence à faire débat au sein de la majorité. "Nous devrions débattre et voter chacun en son âme et conscience" si Paris voulait rejoindre l'Otan, a mis en garde Philippe Folliot (NC). Pour le souverainiste UMP Jacques Myard, "il y a trop de signes de M. Sarkozy". Il craint "sous prétexte de vouloir réussir la présidence française de l'UE que la France s'aligne sur les positions des partenaires européens de l'Otan". Opinion relayée, plus discrètement, par d'autres députés UMP dans les couloirs de l'Assemblée.

L'effectif militaire français en Afghanistan est actuellement d'"un peu plus de 2300 hommes", situant la France "au 7e rang des 40 nations contributrices de  troupes", a indiqué aux députés François Fillon. Ce chiffre prend en compte tous les militaires français engagés sur le "théâtre afghan", dans et hors du pays. Quelques 1500 militaires français sont stationnés actuellement en Afghanistan, majoritairement dans la région de Kaboul, dans le cadre de la Force internationale d'assistance à la sécurité (Fias), sous commandement de l'Otan. La France est présente en Afghanistan depuis fin 2001, mais ses troupes ne sont pas engagées dans les zones les plus risquées, l'Est et le Sud, où Américains, Britanniques et Canadiens sont confrontés à de violents combats. Les renforts français pourraient opter pour l'Est, aux côtés des Américains.

Nicolas Sarkozy attendu au sommet de l'Otan

Le sommet de l'Otan aura lieu du 2 au 4 avril à Bucarest. Le chef de l'Etat entend négocier avec les alliés une réintégration de la France dans le commandement intégré de l'Otan, qu'elle a quitté en 1966, et favoriser le développement d'une véritable défense européenne parallèlement à l'Alliance atlantique. Mais, il ne devrait pas préciser, lors de ce sommet, le nombre et la localisation des renforts militaires dont il est prêt à autoriser le déploiement en Afghanistan, a indiqué mardi l'Elysée. "L'important, c'est la décision de principe (...) ce sont des discussions techniques entre militaires que sortiront le chiffres précis et la localisation exacte des renforts."

Lisez la chronique d'Anita Hausser "Afghanistan : un débat  de bonne(s)  conscience( s)......" sur le blog du service politique de LCI

Par K.P. (avec agence) le 01 avril 2008 à 17:28
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7 Commentaires

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  • MARIE, le 02/04/2008 à 08h20

    En réponse à polo de paris Puisque tu es pour les envoies de troupes en afghanistan tu n'as qu'à y aller en tant que volontaire. C'est facile d 'y expédier les autres quand on est bien à l'abri dans son lit Moi je comprends très bien les personnes qui n'ont pas envie de finir en chair à canon pour les beaux yeux de Bush

  • Jean, le 02/04/2008 à 07h03

    La Françe a t elle les moyens actuellement ? Difficile de laisser un pays à des "barbares" -conditions de la femme, moyen âge, ...et de se retrouver dans quelques années avec une puissance étrangère capable des pires excès dans le monde !

  • Max, le 02/04/2008 à 01h51

    Jacques Chirac avait eu la clairevoyance de nous tenir eloigne du bourbier Irakien, Sarkozy, grand admirateur de GW Bush va prendre la decision de jouer les suppletifs des troupes US dans une guerre dont on sait qu'elle ne peut que mal finir. Les Russes s'y sont casses les dents en leur temps comme toutes les nations qui one essaye de de amintenir en Afganistan. Quel manque de sens politique pour commettre une telle erreur.

  • Vincent, le 01/04/2008 à 23h40

    Le parti socialiste a raison d'interroger le gouvernement sur les conditions de l'action de nos forces en Afghanistan. En revanche le fait de dire que nous n'avons rien à faire la bas est d'une stupidité sans nom ! C'est une attitude purement démagogue destinée à surfer sur l'opinion publique pour le moment défavorable à ce déploiement de force. Les britanniques et les Français sont dans ce pays dans le cadre d'une action sous couvert de l'ONU !

  • Sam, le 01/04/2008 à 23h38

    Polo t'es gentil mais envoyer 500 militaires ou personne c'est pareil...

  • Arnaud, le 01/04/2008 à 22h31

    De toute façon Sarkozy sera toujours contesté mais je ne sais pas si envoyer quelques hommes de plus en Afghanistan aura des répercutions sur notre avenir en matière de sécurité. Mais ce qui est sûr c'est que Nicolas Sarkozy veut "avoir la côte" auprès des Etats-Unis...et ça ce n'est pas bon. En effet se pourrait-il que par la suite il décide d'apporter son soutien en Irak? Si tel est le cas j'espère que le pays entier se mobilisera contre ça...Rappelons nous le World Trade Center, Madrid et Londres... Je ne suis pas certain que Paris serait à ajouter à cette liste. Puis les premières troupes en Afghanistan n'ont pas été envoyées par Fillon alors pourquoi tout de suite le blamer? Il ne faut pas trop s'engager dans ces conflit...et garder la neutralité que Jacques Chirac avait sagement pronée...

  • Polo, le 01/04/2008 à 18h37

    Les américains ont du soucis à se faire si la gauche venait un jour à reprendre le pouvoir; parce que visiblement Mrs Hollande, Ayrault ainsi que Mme Royal ne les aiment pas beaucoup.Encore une fois ils sont d'une démagogie à toute épreuve qui les rend maintenant ridicules. Ils feraient mieux de s'inspirer de M.Védrine lequel fait preuve d'un peu plus de sagesse et surtout de beaucoup plus d'honêteté intelectuelle.

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