Claude Goasguen, député UMP de Paris © TF1-LCILCI.fr - Quel bilan tirez-vous de la première année de Nicolas Sarkozy ?
Claude Goasguen : Sur le fond, le président a fait beaucoup de choses. Mais sur la forme, les sondages montrent que ce n'est visiblement pas passé. Les Français ont le sentiment que nous n'avons pas fait assez ou en tout cas mal fait.
C'est paradoxal. En général, ils ne sont pas contents car on ne fait rien. Et là, il y a des réformes fondamentales qui ont été engagées (réforme de l'Etat, autonomie des universités, régimes spéciaux, contrat de travail). Le bilan est incontestablement lourd mais il a été mal expliqué.
LCI.fr - Le style de Nicolas Sarkozy est-il en cause ?
Il ne suffit pas d'avoir un président de la République compétent, volontariste mais il faut aussi toute une équipe et Sarkozy a joué trop solitaire. Il a trop poursuivi sa campagne présidentielle qui marchait admirablement et puis il y a eu le contre-coup. Il a perturbé son message à partir du mois de novembre, avec le bling-bling et ses affaires privées.
LCI.fr - Que peut-il faire pour redresser la barre ?
Aujourd'hui, il faut qu'il réorganise la méthode sinon on n'y arrivera pas. Il faut un parlement qui fonctionne et qui ne soit pas une chambre d'enregistrement. Il faut également un exécutif qui ne se retrouve pas aussi solitaire. Il faut que François Fillon puisse faire son travail de Premier ministre car c'est un bon Premier ministre. Les conseillers du président sont là pour conseiller le président et non pas pour faire la politique à la place de Matignon. Nicolas Sarkozy, en laissant un certain nombre de ministres se singulariser, comme Nathalie Kosciusko-Morizet, a placé François Fillon dans une situation extrêmement difficile de cohérence gouvernementale. Vous vous souvenez de l'image des petits pois : je préfère des petits pois qui se ressemblent que des petits pois qui partent dans tous les sens.
LCI.fr - Les derniers couacs sont-ils dus à une équipe de ministres trop jeunes ?
Non, mais ils doivent être cadrés. Et on peut les cadrer si on leur enlève cette idée qu'ils sont là pour briller auprès du prince. Il faut des ministres sérieux qui soutiennent la politique du gouvernement et qui se taisent. Comme disait Chevènement, un ministre est là pour exécuter et non pas pour discuter.
LCI.fr : Qu'attendez-vous de son intervention de jeudi soir sur TF1 ?
J'attends qu'il recentre la série de propositions qu'il a faites depuis un an. Il faut qu'il fasse de la pédagogie de la réforme, qu'il y mette de la cohérence. Quels sont les grands enjeux ? Les Français ont le sentiment d'être bombardés de réformes et ne voient pas la cohérence. Tout ça fait un mic-mac incompréhensible et la multiplication des annonces angoisse. Il nous faut deux ou trois objectifs fondamentaux : la modernisation du pays, la relance de la croissance et du pouvoir d'achat et la lutte contre les déficits publics, au-delà des 166 mesures d'économie de la RGPP qui seront sûrement insuffisantes.
LCI.fr - Le chef de l'Etat doit-il insister ou non sur la crise économique ou bien s'en tenir au volontarisme politique ?
Le volontarisme, c'est une caractéristique et une qualité de Nicolas Sarkozy. Mais le président doit aujourd'hui aussi expliquer le contexte international marqué par la crise des subprimes. C'est une crise financière considérable qui va toucher la France.
On ne pourra pas faire accepter un certain nombre de sacrifices si on ne dit pas aux Français pourquoi l'on agit ainsi. Il faut en finir avec les rapports qui se mêlent de tout et qui ne servent à rien, si ce n'est à angoisser la population. Le rapport Attali a été à ce titre une catastrophe. Sûrement très intéressant sur le plan intellectuel, il est tombé en plein campagne municipale et a donné aux gens l'impression que les mesures étaient prises.
LCI.fr - Les députés UMP et le chef de l'Etat sont-ils d'accord sur la politique économique à mener et les objectifs ?
Les parlementaires sont d'accord, à condition d'être consultés. Ils ne supportent plus désormais être mis devant le fait accompli de mesures dont eux, plus que les énarques, peuvent connaître la nocivité. Ces mesures ne sont pas étudiées, et on les prend dans la figure sur le terrain. Et ça ne passe pas du tout. Moi je veux bien toutes les politiques économiques possibles mais je veux être associé dans le cadre d'un système que Jean-François Copé appelle la "coproduction législative". En amont, on discutera les projets et ensuite on décidera, cela évitera les bourdes.
Nicolas Sarkozy doit en finir avec cette campagne personnelle. La France n'est pas un pays que "l'on prend à la Thatcher". C'est un pays où l'on doit discuter, débattre et expliquer. Ce n'est pas la Grande-Bretagne, je le regrette mais c'est comme ça. La France est un pays de manifestations et de grogne.
LCI.fr - La réforme des institutions présentée aujourd'hui en conseil des ministres peut-elle être utile ?
Cette réforme est fondamentale. Il faut que les parlementaires soient consultés sur les projets et surtout puissent voir si les projets marchent. Il faut que l'on sache ce que deviennent les lois, comment est dépensé l'argent. Il faut que l'on évalue toutes les politiques publiques. Il faut voir si les décrets sont pris, c'est-à-dire que le parlement devienne un lieu de contrôle et non pas d'enregistrement.
Il faut aussi que les députés puissent entendre les directeurs d'administration centrale, avec des auditions en commission. Actuellement, ce n'est pas possible. Or, les ministres sont souvent au fil du temps dans l'incapacité de contrôler et d'influer leur administration. Pour avoir été ministre de la Réforme de l'Etat, je sais de quoi je parle..
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