Ségolène Royal, à Nice, le 23 février 2008 © TF1-LCIAprès l'annonce de la condamnation en appel de Ségolène Royal dans l'affaire l'opposant à deux de ses ex-attachées parlementaires qui réclamaient le versement de salaires non payés, le porte-parole de l'UMP, Frédéric Lefebvre, avait déjà ironisé : "Avec Ségolène Royal, c'est travailler plus pour gagner rien du tout". Une ironie assortie d'une critique grinçante de la présidente de la région Poitou-Charentes : "Quand on est capable de traiter de cette manière ses collaborateurs (...) ça veut dire qu'on fait peu de cas du travail et qu'on est disqualifié de parler de droit social". Le vieil adversaire de Ségolène Royal dans la course au Conseil régional, Jean-Pierre Raffarin, va plus loin puisqu'il réclame sa démission.
Il a publié en ce sens un communiqué vengeur cosigné avec Elisabeth Morin, qui lui avait succédé comme présidente de région avant la victoire de Ségolène Royal en 2004. Il y estime que "le licenciement abusif n'est pas une pratique pour qui prétend exercer de hautes fonctions" et souligne que le jugement de la cour d'appel de Rennes "disqualifie Mme Royal pour l'exercice de responsabilités sociales". Il dénonce encore : "La présidente de Poitou-Charentes, qui donne des leçons à la terre entière mais qui traite ses collaboratrices de manière condamnable, se trouve aujourd'hui face à ses mensonges". Lors de son point de presse hebdomadaire, le porte-parole de l'UMP, Frédéric Lefebvre a relayé la "demande légitime" de Jean-Pierre Raffarin.
Un parcours judiciaire d'une dizaine d'années
La riposte n'a pas tardé : dans un communiqué publié lundi matin, l'ancienne candidate socialiste à l'élection présidentielle "précise que les propos tenus par Jean-Pierre Raffarin dans Le Parisien sont diffamatoires". Dans le jugement, "dont curieusement l'UMP a eu connaissance avant tout le monde, le terme de licenciement abusif n'apparaît pas", précise-t-elle. Pour elle, cette "raffarinade a au moins un avantage : on voit bien qui est à l'origine de ce guet-apens judiciaire. Ceux qui l'ont organisé n'ont pas, contrairement à ce qu'ils prétendent, obtenu tout ce qu'ils souhaitaient".
Allant dans le même sens, le parti socialiste a dénoncé des propos "indignes" de la part de Jean-Pierre Raffarin et le député de Seine-Saint-Denis Bruno Le Roux a évoqué "une longue histoire qui porte sur un point de droit qui est visiblement controversé, puisqu'il y a eu des jugements de natures différentes qui ont été rendus sur cette question". Quant à David Assouline, proche de Ségolène Royal, il a jugé que Jean-Pierre Raffarin "pense comme beaucoup de politiciens du passé que plus c'est gros, plus ça passe".
Après un parcours judiciaire d'une dizaine d'année, l'affaire continue en tout cas à poursuivre Ségolène Royal. Tout avait commencé en 1997 lorsque, après la dissolution de l'Assemblée nationale, la socialiste avait licencié, comme tous ses collègues députés, ses collaboratrices, attachées parlementaires. Les deux femmes l'avaient ensuite attaquée devant le conseil des prud'hommes de Niort, affirmant avoir continué à travailler pour elle pendant la campagne puis jusqu'en juillet, après son entrée dans le gouvernement Jospin. Le conseil des prud'hommes avait accédé à leur demande, mais uniquement pour une période d'environ trois semaines, le temps de la campagne électorale. Insatisfaites, elles avaient alors saisi la Cour d'appel de Poitiers qui, en février 2005, avait confirmé cette décision. L'arrêt avait ensuite été cassé en janvier 2007 par la chambre sociale de la Cour de cassation parce que la Cour d'appel n'avait pas pris en compte de nouvelles pièces versées par les deux plaignantes. L'affaire avait alors été renvoyée devant la Cour d'appel de Rennes. Qui a fini par condamner Ségolène Royal.
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