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PS - Gorce : "Le PS, un système basé sur la cooptation"

Par Propos recueillis par Renaud PILA, le 15 mai 2008 à 14h44, mis à jour le le 21 mai 2008 à 16:58

Le député PS de la Nièvre, proche de Manuel Valls, ne mâche pas ses mots pour décrire l'état de son parti.

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Gaëtan Gorce PS Congrès gaucheGaëtan Gorce en septembre 2007 à Grenoble

LCI.fr : Un an après la présidentielle, comment jugez-vous la santé du PS ?


 
Gaëtan Gorce, député PS de la Nièvre : Il a retrouvé un peu la forme avec les municipales mais il n'a pas retrouvé la santé car cela suppose le physique et le moral. Et là il y a encore beaucoup de travail. Le cerveau est encore un peu asphyxié par la difficulté des sujets à aborder et par la mauvaise méthode qui a été choisie pour remettre le parti en mouvement. Il faudrait savoir pourquoi nous produisons des échecs électoraux à répétition et se remettre en cause de manière collective. Mais au parti socialiste, on est un peu étranger à ce genre de réflexion.
 
Pourquoi le PS est-il organisé d'une matière qui le rend impénétrable aux émotions et aux déceptions ressenties par les électeurs de gauche ? La réponse tient dans son système de fonctionnement, un "système" au sens propre du mot, un système qui est basé sur la cooptation, la perpétuation des mêmes équipes, des mêmes dirigeants qui finissent pas être insensibles aux influences de l'extérieur.
 
LCI.fr : "Système", le mot est fort...
 
G.G. : Ça ressemble beaucoup à la IVe République... Le système institutionnel du PS repose sur la proportionnel, les chefs de courant occupent toujours les mêmes positions quel que soient les résultats électoraux. Il fonctionne sur une répartition des places en fonction de l'influence que les chefs de courant ont acquise. Cette organisation avait sa justification lorsqu'il y avait une diversité de sensibilités mais ces dernières sont devenues le masque le plus présentable des écuries présidentielles. Le problème c'est que ces écuries ne produisent plus de chevaux gagnants mais perdants. On devrait donc s'interroger sur leur utilité.
 
Le PS a besoin d'une rupture radicale avec son mode de fonctionnement actuel. Il faut désigner clairement un leader qui mène la bataille d'opposition puis de conquête du pouvoir. A partir de cela, il faut démocratiser le fonctionnement du parti et faire en sorte que les choix soient opérés par des votes militants, thème par thème.  Or aujourd'hui, le système des motions (textes recueillant des signatures) entraîne une confusion entre le vote sur les personnes et sur les orientations proposées. C'est un système régressif sur le plan démocratique.
 
LCI.fr : Selon vous, la compétition Royal-Delanoë est-elle une clarification nécessaire ou les prémices d'une crise pour le PS ? 
 
G.G. : Ça peut être l'un comme l'autre. Elle peut être utile si elle permet de trancher clairement sur une ligne et sur une forme de leadership. Elle sera catastrophique si elle n'est qu'un choc entre des équipes divergentes qui n'ont pas défini les raisons pour lesquelles elles voulaient s'emparer du pouvoir. Nous verrons bien. Moi je n'ai pas l'intention de participer directement à cet affrontement. Avec Manuel Valls et d'autres, nous déposerons probablement un texte en juin qui dira ceci : le PS a plusieurs France de retard alors que nous sommes entrés dans un monde radicalement nouveau et que la fidélité à nos valeurs doit s'accompagner d'une révision complète de notre projet politique
 
LCI.fr : Que pensez-vous de la démarche des "reconstructeurs" (Cambadélis, Montebourg) qui veulent un Premier secrétaire qui ne soit pas un présidentiable ? 
 
G.G. : Ce qu'ils nous expliquent, c'est qu'il faut mettre de côté toutes les questions qui dérangent pour les traiter plus tard. Ce n'est pas la bonne méthode. Il faut au contraire les régler tout de suite. L'une des questions qui dérangent c'est la forme d'organisation du parti. Certains sont attachés à une forme traditionnelle qui est, selon moi, régressive sur le plan démocratique. D'autres veulent casser ce système basé sur la proportionnel.
 
Ensuite, il faut ouvrir le débat sur le projet : il va se tenir entre les fondamentalistes-conservateurs qui veulent en revenir aux fondamentaux du parti type années 60 et 70 et ceux qui veulent se tourner résolument vers l'avenir. Et ce débat doit être tranché le plus tôt possible démocratiquement. Il faut une relève nette à Nicolas Sarkozy et non un premier secrétaire de transition avec un programme de transition. Compte tenu de l'inertie actuelle au PS, seul un leadership fort permettra de trancher un certain nombre de nœuds gordiens.
 
LCI.fr : Des grèves de fonctionnaires ont lieu, notamment dans l'éducation. Quel discours la gauche doit-elle tenir sur la réforme de l'Etat ?

 
G.G. : Tout le monde est conscient de la nécessité de réformer l'Etat. Pour la droite, cela signifie réduire les aides et diminuer les effectifs. Pour nous, cela doit au contraire signifier une meilleure adaptation du service public et de la protection sociale aux besoins nouveaux de l'économie et de la société. Il faut avoir une approche offensive et pragmatique sur ce sujet. Il ne faut pas défendre le système pour le défendre mais pour qu'il donne une plus grande efficacité.
 
Nous avons besoin d'une croissance plus forte. Cela nécessite une plus grande innovation, une vraie réforme de l'enseignement supérieur, une réforme du marché du travail qui soit solidaire et non pas basée sur des sanctions. Le principe de la réforme est accepté par la gauche mais ses modalités sont très différentes de celles de la droite.
 
Il faut également une démocratie plus vivante. Je ne crois pas à la réforme imposée d'en haut mais à la réforme discutée le plus tôt possible et étalée sur la durée d'une législature. Tous les grands pays européens qui ont réformé leur système l'ont fait dans la durée. 

le 15 mai 2008 à 14:44
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