Nicolas Sarkozy le 22 février lors de l'inauguration de l'Historial Charles de Gaulle © TF1/LCIAprès le revers infligé au gouvernement sur les OGM, une nouvelle incertitude plane sur la très sensible réforme constitutionnelle, que les députés ont amendée en commission en renforçant les pouvoirs du Parlement et en encadrant ceux du président. "La volonté du gouvernement de faire passer en force le texte sur les OGM est un très mauvais signe", a déclaré le chef de file des députés PS, Jean-Marc Ayrault. "Les institutions, ce ne sont pas seulement des écrits mais aussi des actes", a-t-il lancé à François Fillon lors de la séance des questions au gouvernement. "Nous attendons un engagement sinon ne comptez pas sur nous pour vous servir de faire-valoir". Dans la matinée, la commission des lois avait pourtant fait de nouvelles concessions en vue d'un compromis, notamment en limitant l'augmentation prévue des pouvoirs présidentiels. Elle a choisi d'autoriser le chef de l'Etat à s'exprimer devant le Parlement réuni en Congrès, mais non devant chacune des assemblées comme prévu dans le projet de loi. Aucune périodicité n'est prévue, un débat - sans vote - pouvant ensuite avoir lieu, hors sa présence.
Autre exigence PS, les députés ont adopté un amendement supprimant le transfert au président des compétences du Premier ministre en matière de défense. Disposition qui était critiquée à droite et qui pose, selon le président UMP de la commission des lois, Jean-Luc Warsmann, "le problème de la responsabilité de l'exécutif devant le Parlement". Plusieurs amendements renforcent le pouvoir du Parlement par rapport au projet gouvernemental. L'un d'eux stipule, comme le demandaient la gauche et l'UMP, qu'il "concourt à l'évaluation des politiques publiques". Le projet prévoyait de confier ce rôle à la Cour des comptes.
"Si Sarkozy ne nous concède rien..."
Voté à l'unanimité, un autre amendement donne aux parlementaires un droit de veto - décidé aux 3/5ème d'une commission permanente - sur les nominations les plus importantes du chef de l'Etat. Mais, a jugé M. Ayrault, le texte est "à ce stade très insuffisant". La surenchère des socialistes, qui exigent toujours une modification du mode scrutin pour le Sénat, a rendu pessimiste le chef de file des UMP, Jean-François Copé pour lequel "tous les jours, ils trouvent une raison pour ne pas voter" la réforme. "Ils ne la voteront pas parce que le comité central du PS leur en intimera l'ordre", a-t-il ironisé.
Côté UMP, M. Copé ne prévoit pas un vote unanime mais "le plus consensuel possible" avec quelques défections. L'attitude des ses troupes en commissions témoignent toutefois de divergence plus profondes: en commission des Affaires étrangères, saisie pour avis, trois d'entre eux ont voté contre le texte, entraînant son rejet. En commission des lois, plusieurs ont fait adopter deux amendements socialistes: l'un limite strictement le cumul des mandats des ministres, l'autre supprime l'obligation de fixer un nombre maximal de ministres au gouvernement, disposition inscrite spécialement dans le projet à la demande de Nicolas Sarkozy. "Si Sarkozy ne nous concède rien, après ce qui s'est passé sur les OGM et en commissions montrant bien que la majorité n'est pas soudée, la réforme ne verra pas le jour, le congrès du Parlement ne pourra pas être réuni", prédit André Vallini (PS).
La commission des Lois de l'Assemblée nationale a adopté, dans la nuit de mercredi à jeudi, le projet de loi sur la réforme des institutions, sans les voix du PS qui a voté contre ; la discussion du texte est prévue mardi 20 en séance plénière.
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