Les membres du gouvernement et le maire de Paris lors de la cérémonie d'hommage aux poilus aux Invalides, le 17 mars 2008, après la mort du dernier poilu, Lazare Ponticelli © TF1-LCI"Il va falloir vous y habituer et ne pas dramatiser car ça va durer cinq ans, ou dix..." Lorsqu'on interroge un ténor de la majorité sur la journée de lundi marquée par de nouvelles divergences au sein de l'UMP, il vous répond cette phrase avec philosophie. Traduction : le vieux système où les positions sont définies une bonne fois pour toutes par un chef de parti est derrière nous. En effet, dans la mesure où pour la première fois sous la Ve République, le chef véritable du parti majoritaire est à l'Elysée (on y tient même des bureaux politiques de l'UMP), chacun des seconds rôles est lancé dans une course à la proposition (dans le meilleur des cas) ou à la petite phrase (cas le plus fréquent) pour exister. "Dès qu'un leader de droite est absent des ondes pendant 24 heures, Sarkozy a l'impression qu'il ne fout rien. Alors les uns et les autres se marquent à la culotte", décrypte un député UMP proche du président de la République. D'où une impression de polyphonie qui vire souvent à la cacophonie...
Critiqué ici ou là pour son manque de pugnacité, Patrick Devedjian a donc voulu donner le tempo lundi en offrant à un électorat de droite souvent déboussolé un beau cadeau : le démantèlement définitif des 35 heures. Nicolas Sarkozy lui-même ne s'était-il pas prononcé pour leur suppression lors de sa conférence de presse de janvier dernier. Avant il est vrai de se reprendre le lendemain en prétextant qu'on l'avait mal compris. Car aujourd'hui, les 35 heures sont paradoxalement utiles au dispositif mis en place par le gouvernement. Hier, elles devaient permettre aux salariés de travailler moins. Aujourd'hui, elles fixent le seuil qui déclenche les fameuses heures supplémentaires. Les supprimer pourrait donc porter atteinte au pouvoir d'achat. C'est ce qu'a rappelé lundi soir le ministre du Travail Xavier Bertrand, auquel le président a immédiatement donné un bon point.
L'opinion déboussolée
Le secrétaire général de l'UMP désavoué par le ministre du Travail ? Les autres leaders de la majorité en sourient et veulent y voir un jeu de rôles classique. En clair, celui qui n'est pas aux affaires veut montrer à l'électorat UMP qu'il est le plus courageux pour appliquer le programme de la droite. Ce qui fait dire à Patrick Devedjian qu'il n'a pas "les mêmes contraintes" que Xavier Bertrand. Quoi qu'il en soit, les deux hommes ne s'apprécient guère et si le député-maire d'Antony peut prendre date sur une réforme symbole de la droite, il ne s'en prive pas. "Le président gère ses équipes à coups de bons points, puis d'engueulades puis de calinothérapie. Alors chacun veut montrer à l'autre qu'il peut sauter une haie plus haute que l'autre, c'est ce qui s'est passé hier avec la durée légale du travail", explique un secrétaire national de l'UMP. Rien ne vaut un bon vieux retour du clivage droite-gauche sur les 35 heures ou l'accueil des enfants en cas de grève pour stopper la baisse dans les sondages à droite.
Reste que pour l'opinion, ces initiatives tous azimuts et parfois contradictoires sont incompréhensibles. Reste que pour les syndicats qui travaillent discrètement mais courageusement à une modernisation du dialogue social, ces jeux d'influence sur un sujet sensible comme les 35 heures sont nuisibles. Comment convaincre des salariés réticents à d'éventuels sacrifices si le cap n'est pas clairement fixé et si les membre de la majorité se contredisent à longueur de dépêches AFP ? Pour se défendre, le porte-parole de l'UMP Dominique Paillé livre une explication malicieuse : "heureusement que l'UMP et la majorité font vivre le débat, c'est la preuve d'une grande vitalité. Si vous comptiez sur la gauche..." Il est vrai que le maintien des 35 heures permet à Nicolas Sarkozy de gêner les socialistes : depuis leur défaite présidentielle, ils n'ont pas su élaborer de position commune sur le sujet. Il leur reste quatre ans...
Retour MYTF1
Chargement en cours...





