Plus réformateur que moi tu meurs

Par , le 20 mai 2008 à 15h27 , mis à jour le 20 mai 2008 à 15h33

Le 10e anniversaire des 35 heures a offert à la droite un nouveau couac. Volontaire ? Accidentel ? Le système bâti par Nicolas Sarkozy les rend inévitables.

gouvernement delanoë lagarde fillon dati bertrand bachelot darcos morin mamLes membres du gouvernement et le maire de Paris lors de la cérémonie d'hommage aux poilus aux Invalides, le 17 mars 2008, après la mort du dernier poilu, Lazare Ponticelli © TF1-LCI

"Il va falloir vous y habituer et ne pas dramatiser car ça va durer cinq ans, ou dix..." Lorsqu'on interroge un ténor de la majorité sur la journée de lundi marquée par de nouvelles divergences au sein de l'UMP, il vous répond cette phrase avec philosophie. Traduction : le vieux système où les positions sont définies une bonne fois pour toutes par un chef de parti est derrière nous. En effet, dans la mesure où pour la première fois sous la Ve République, le chef véritable du parti majoritaire est à l'Elysée (on y tient même des bureaux politiques de l'UMP), chacun des seconds rôles est lancé dans une course à la proposition (dans le meilleur des cas) ou à la petite phrase (cas le plus fréquent) pour exister. "Dès qu'un leader de droite est absent des ondes pendant 24 heures, Sarkozy a l'impression qu'il ne fout rien. Alors les uns et les autres se marquent à la culotte", décrypte un député UMP proche du président de la République. D'où une impression de polyphonie qui vire souvent à la cacophonie...
 
Critiqué ici ou là pour son manque de pugnacité, Patrick Devedjian a donc voulu donner le tempo lundi en offrant à un électorat de droite souvent déboussolé  un beau cadeau : le démantèlement définitif des 35 heures. Nicolas Sarkozy lui-même ne s'était-il pas prononcé pour leur suppression lors de sa conférence de presse de janvier dernier. Avant il est vrai de se reprendre le lendemain en prétextant qu'on l'avait mal compris. Car aujourd'hui, les 35 heures sont paradoxalement utiles au dispositif mis en place par le gouvernement. Hier, elles devaient permettre aux salariés de travailler moins. Aujourd'hui, elles fixent le seuil qui déclenche les fameuses heures supplémentaires. Les supprimer pourrait donc porter atteinte au pouvoir d'achat. C'est ce qu'a rappelé lundi soir le ministre du Travail Xavier Bertrand, auquel le président a immédiatement donné un bon point.

L'opinion déboussolée
 
Le secrétaire général de l'UMP désavoué par le ministre du Travail ? Les autres leaders de la majorité en sourient et veulent y voir un jeu de rôles classique. En clair, celui qui n'est pas aux affaires veut montrer à l'électorat UMP qu'il est le plus courageux pour appliquer le programme de la droite. Ce qui fait dire à Patrick Devedjian qu'il n'a pas "les mêmes contraintes" que Xavier Bertrand. Quoi qu'il en soit, les deux hommes ne s'apprécient guère et si le député-maire d'Antony peut prendre date sur une réforme symbole de la droite, il ne s'en prive pas. "Le président gère ses équipes à coups de bons points, puis d'engueulades puis de calinothérapie. Alors chacun veut montrer à l'autre qu'il peut sauter une haie plus haute que l'autre, c'est ce qui s'est passé hier avec la durée légale du travail", explique un secrétaire national de l'UMP. Rien ne vaut un bon vieux retour du clivage droite-gauche sur les 35 heures ou l'accueil des enfants en cas de grève pour stopper la baisse dans les sondages à droite.
 
Reste que pour l'opinion, ces initiatives tous azimuts et parfois contradictoires sont incompréhensibles. Reste que pour les syndicats qui travaillent discrètement mais courageusement à une modernisation du dialogue social, ces jeux d'influence sur un sujet sensible comme les 35 heures sont nuisibles. Comment convaincre des salariés réticents à d'éventuels sacrifices si le cap n'est pas clairement fixé et si les membre de la majorité se contredisent à longueur de dépêches AFP ?   Pour se défendre, le porte-parole de l'UMP Dominique Paillé livre une explication malicieuse : "heureusement que l'UMP et la majorité font vivre le débat, c'est la preuve d'une grande vitalité. Si vous comptiez sur la gauche..."  Il est vrai que le maintien des 35 heures permet à Nicolas Sarkozy de gêner les socialistes : depuis leur défaite présidentielle, ils n'ont pas su élaborer de position commune sur le sujet. Il leur reste quatre ans...

Par Renaud Pila le 20 mai 2008 à 15:27
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6 Commentaires

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  • Max, le 20/05/2008 à 19h08

    Dans un sens, les couacs démontrent que toute la majorité n'est pas formatée dans le moule Sarkozyste. Ce que je crois surtout c'est que tant qu'il n'y aura pas un vrai patron a l'ump, ce sera le désordre... Mais bon je vois mal Sarkozy mettre en lumière un possible prétendant a une future election présidentielle et pas forcement en 2012.

  • Maisbiensur, le 20/05/2008 à 18h28

    A Pascal de Londres: Toi qui es si content de la politique du Président (bien qu'il n'en ai pas la hauteur) que fais tu en Angleterre? Allez reste là bas et ne reviens plus, les gens qui ont de la haine on en veux pas

  • Laurent, le 20/05/2008 à 18h22

    Encore un article bien partisan de Mr Pila. La vérité c'est que l'opinion n'en a rien à faire de vos soit-disant "couacs". Je ne vois pas pourqoui les propositions de tel ou tel homme politique ne serait pas rendu publique même si elle n'est pas en accord avec la ligne directrice du pouvoir en place. Deveidjan n'est pas au gouvernement, il est libre de dire ce qu'il veut. Arretez de toujours vouloir nous faire voir des problèmes là où il n'y a que du vent. Les français jugent la politique sur les lois, pas sur les paroles.

  • Alain, le 20/05/2008 à 17h30

    C'est nous, les petits, qui allons mourir écrasés par le gros rouleau compresseur du Medef !

  • Bruno, le 20/05/2008 à 16h45

    Bientot ca va etre de la faute a la gauche ! Vous allez voir !

  • Pascal, le 20/05/2008 à 16h35

    Ca suffit les couacs... il y a du boulot. Cela dit, je suis pour l'abolition des 35 heures, pour la suppression de l'ISF et pour la deregularisation du travail. Enfin, il a une chose pour laquelle je suis contre, c'est la gauche. La gauche est nuisible a la France.

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