La ministre de la Justice en marge d'un déplacement à Agen © LCIL'annulation par la justice du mariage d'une jeune femme qui avait menti sur sa virginité fait réagir les politiques. Dès jeudi, la philosophe Elisabeth Badinter s'était déclarée "ulcérée" par cette décision. L'épousede l'ancien garde des Sceaux Robert Badinter a dit avoir "honte". pour la justice française. La présidente de Ni putes ni soumises, Sahem Habchi, s'était dite "catastrophée".
Vendredi, c'est au tour de l'UMP de se saisir de l'affaire, à plusieurs voix. L'un des porte-parole de l'UMP Frédéric Lefèbvre a souhaité tout d'abord dans un communiqué que la chancellerie "déclenche un recours dans l'intérêt de la loi pour dire le droit". "C'est une mise en cause de l'égalité hommes-femmes, les hommes ne pouvant être mis en cause pour les mêmes motifs", a-t-il estimé. Un autre porte-parole de l'UMP a proposé pour sa part la suppression de toute cause d'annulation d'un mariage. "Il faut supprimer toute cause d'annulation d'un mariage. Le dispositif législatif doit être allégé, et il ne doit rester que le mariage et le divorce", a-t-il déclaré sur Le Point.fr. "Il est impensable qu'une quelconque jurisprudence fasseréférence à la virginité, qui est un critère suranné. S'il y a ambiguïté dans la loi, alors il faut la modifier", ajoute-t-il.
Dans un autre communiqué, le secrétaire général du parti Patrick Devedjian a souligné que "c'est la première fois que les principes jurisprudentiels sont appliqués à un tel cas et cela revient à intégrer la pratique de la répudiation dans le droit positif". Selon lui, "c'est tout à fait inacceptable et par ailleurs incompatible avec les principes républicains qui régissent notre société et qui refusent qu'un droit quelconque puisse être fondé sur la virginité".
Amara : une "vraie fatwa"
En réponse, la garde des Sceaux Rachida Dati a estimé que l'annulation par la justice du mariage d'une jeune femme qui avait menti sur sa virginité était "aussi un moyen de protéger la personne", lors d'un point presse en marge d'un déplacement à Agen. "La justice est là pour protéger. Le fait d'annuler un mariage est aussi un moyen de protéger la personne qui souhaite peut-être se défaire du mariage, parce que je pense que cette jeune fille (...) a souhaité également, sans doute, se séparer assez rapidement", a déclaré la ministre de la Justice. "L'annulation de mariage est un moyen de se séparer rapidement", a-t-elle ajouté. Marie-George Buffet, secrétaire nationale du PCF, a dénoncé l'"indignité" et la "monstruosité juridique" de ces propos de Rachida Dati.
La secrétaire d'Etat à la politique de la Ville, Fadela Amara, n'hésite pas à parler d'une "vraie fatwa contre l'émancipation des femmes". "C'est un véritable scandale (...) J'ai cru que l'on parlait d'un verdict rendu à Kandahar", a-t-elle déclaré. "Il y a des dispositifs - ndlr: dans la loi - qui permettent de rendre ce genre de jugement, a-t-elle encore dit, il faut les changer. S'il y a possibilité d'un recours, évidemment je le prendrai", a-t-elle ajouté.
Par ailleurs, une saisine de la Cour de cassation "dans l'intérêt de la loi" ne pourra pas remettre en cause le jugement du tribunal de Lille annulant le mariage, mais est seulement susceptible de faire évoluer la jurisprudence, a expliqué vendredi une source judiciaire.
Retour MYTF1
Chargement en cours...





