François Fillon, le 12 juin 2008 sur France 2 © France 2L'essence trop chère, le planning du RSA, la starisation en politique et l'éthique dans les médias, les 35 heures, l'invitation polémique envoyée au président syrien Bachar al-Assad à venir au défilé du 14-Juillet... Durant plus de deux heures, le Premier ministre a balayé, dans l'émission A vous de juger sur France 2, tous les sujets du moment, entouré de son épouse, de presque tout le gouvernement et de plusieurs ténors de l'UMP. Il faut dire que c'était la première grande prestation télévisée du chef du gouvernement, un peu plus d'un an après sa nomination.
- La fin du chèque transport, l'arrivée d'une aide directe sur la fiche de paie
Première annonce de taille : François Fillon a annoncé une "aide directe" destinée aux salariés pour faire face au renchérissement du coût de leur trajet domicile-travail et a demandé aux partenaires sociaux de s'entendre sur les conditions de son application. En remplacement du chèque transport -instauré en 2006 et dont la mise en oeuvre est aujourd'hui réclamée par la gauche- qui "n'a pas été un succès" car "trop compliqué", le Premier ministre "a décidé d'une aide directe qui sera sur la feuille de paie du salarié", pour amortir l'augmentation du prix du carburant.
"Je demande aux partenaires sociaux -je leur écrirai demain (ndlr : vendredi)- de se réunir pour décider ensemble des conditions d'application de cette nouvelle aide", a-t-il poursuivi. "L'Etat apportera sa contribution sous forme d'une aide fiscale", a précisé le chef du gouvernement, qui a souligné que cette "aide au plein d'essence" serait de droit "lorsqu'il n'y a pas d'autre solution", comme le recours aux transports communs.
Interrogé sur la flambée des prix de l'énergie, il a aussi annoncé que le gouvernement envisageait la construction d'une seconde centrale nucléaire de nouvelle génération EPR. "Nous voulons que l'énergie nucléaire soit une des réponses principales à la crise du pétrole que l'on connaît", a-t-il ajouté, rappelant qu'un premier réacteur EPR est déjà en construction.
- Le maintien de la tarification des heures supplémentaires
Tentant toujours de rassurer sur le chapitre du pouvoir d'achat, François Fillon a promis que "rien ne changerait" dans la majoration du tarif des heures supplémentaires, actuellement fixé à 25%, et qu'il rejetterait tout amendement parlementaire visant à la diminuer. "Le texte que va proposer Xavier Bertrand (ministre du Travail) en conseil des ministres ne comporte pas de modification sur la modulation des heures supplémentaires", a-t-il garanti. "Le gouvernement s'opposera" aux amendements qui pourraient être déposés au Parlement. Des informations parues dans la presse annonçaient que le gouvernement envisageait une négociation du tarif des heures supplémentaires dans chaque entreprise, avec une limite inférieure fixée à 10%, au lieu d'un bonus de 25% par heure actuellement.
François Fillon a jugé que les partenaires sociaux n'avaient "rien proposé du tout" sur l'assouplissement du temps de travail, pour justifier la décision du gouvernement de ne pas reprendre dans son projet de loi un dispositif conclu par la CGT, la CFDT et le patronat. Comme on l'interrogeait sur la "mauvaise foi" du gouvernement sur ce sujet, François Fillon a répondu : "ceux qui sont de mauvaise foi, ce sont ceux qui prétendent qu'un vague article qui propose de mettre en place de manière expérimentale une dérogation sur les seuls contingents des heures supplémentaires (...), ça répond à la demande qui est celle du gouvernement et de la majorité".
Par ailleurs, le Premier ministre a déclaré que "l'affaire du coup de pouce" au smic réclamé par des organisations syndicales en raison de l'inflation était "une très mauvaise idée". "Le risque qu'il y a à augmenter le smic de manière artificielle, il est double. C'est d'abord de tuer des emplois, de faire en sorte que des entreprises ne créent pas d'emplois", a-t-il dit. "Le deuxième risque, c'est l'écrasement de la hiérarchie des salaires", a ajouté François Fillon, expliquant qu'il
souhaitait, non pas seulement l'évolution du smic, mais de "l'ensemble de la hiérarchie des salaires". Le chef du gouvernement a déclaré qu'un projet de loi serait débattu avant la fin 2008 pour inciter les entreprises à des négociations salariales, sous peine de sanctions qui pourraient entrer en vigueur "début 2009" - telle la diminution des allègements de charge.
Le gouvernement français devrait pouvoir "stabiliser assez facilement" l'inflation dont la hausse sur un an s'est accélérée à 3,3%, un record depuis juillet 1991, a-t-il déclaré.
- Le RSA "mis en place" à l'automne, une "conférence de consensus" en juillet
Le Premier ministre a indiqué que le Revenu de solidarité active (RSA), très critiqué à droite, serait "mis en place par un texte législatif qui sera examiné par le Parlement à l'automne". "Comme c'est un sujet difficile (...) j'ai décidé (...) qu'il y aurait avant la fin du mois de juillet ce qu'on appelle une conférence de consensus" réunissant "l'Etat, les collectivités locales, les partenaires sociaux, les partis politiques, les associations", a-t-il ajouté. Cette conférence "va mettre la dernière main au réglage" du RSA, actuellement expérimenté dans 34 départements et versé à des personnes disposant de ressources insuffisantes. "Au 1er janvier 2009, il y aura dans notre pays un Revenu de solidarité active." Le RSA, défendu par le Haut commissaire aux solidarités actives Martin Hirsch, peut se cumuler avec un faible salaire, de façon à ce que la reprise d'un emploi n'entraîne pas une baisse de revenu.
- Sur la "starisation" des politiques et son absence de "désaccord" avec Sarkozy
Le chef du gouvernement a justifié sa relative rareté dans les médias non par une quelconque "méfiance" mais par le fait qu'était venu, après "le temps de l'action", celui de "l'explication". Il s'est défendu d'avoir un caractère "effacé", expliquant sa discrétion par son rejet de la "starisation" des hommes politiques, une "option", que dans la vie politique française "beaucoup de gens ne partagent pas", a-t-il cependant admis. Il a en par ailleurs déclaré qu'il n'avait "jamais eu un désaccord de fond" avec Nicolas Sarkozy "depuis un an", son arrivée à Matignon. "Il y a eu des tensions", parce que "la vie quotidienne est difficile", qu'il "faut gérer tous les jours des centaines de décisions" et que "parfois il peut arriver qu'il y ait des décalages dans ces décisions", a-t-il expliqué. Il a exclu toute autre ambition autre que celle de mener à bien les réformes pour lesquelles Nicolas Sarkozy a été élu.
"Dans la vie politique et médiatique française, on pense que tout le monde est pareil et que naturellement qu'un homme politique dès qu'il a une fonction, il est déjà en train de penser à la suivante. C'est pas mon cas", a-t-il dit. François Fillon a donc longuement nié tout différend politique avec le président Sarkozy. Il a même invité les médias français à s'interroger sur "l'éthique" de leur métier, en estimant qu'ils n'avaient "plus grand chose à envier" aux tabloïds anglo-saxons, faisant référence à deux 'Une' de magazines récentes, dont l'un titrait "Pourquoi ils se détestent".
- A l'internationale
A la veille des résultats très attendus du référendum en Irlande, seul pays à avoir choisi la voie référendaire pour faire ratifier le traité européen de Lisbonne, François Fillon a estimé qu'il n'y aurait "plus de traité de Lisbonne" en cas de rejet du texte par les Irlandais, "sauf à reprendre le dialogue avec le peuple irlandais".
Quant à la polémique du jour, celle de l'invitation envoyée au président syrien Bachar al-Assad à venir participer, avec 50 autres dirigeants, au défilé du 14-Juillet, le Premier ministre a affirmé que "la Syrie a tenu ses engagements dans le conflit libanais", justifiant la décision de Nicolas Sarkozy de l'inviter dans le cadre de la création de l'Union pour la Méditerranée.
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