Aubry et Delanoë © Abaca"Bertrand est un ami", déclare Martine Aubry. "Sur le fond, je suis d'accord avec les idées de Martine qui est une amie", répète à l'envie Bertrand Delanoë. A tel point que la maire de Lille s'est fendue d'un appel au maire de Paris il y a deux semaines pour l'assurer que ses critiques lors de la journée des "Reconstructeurs" ne le visaient nullement. Et les deux amis ont raccroché bons amis.
Mais pourquoi deux amis qui partagent les mêmes idées ne vont-ils pas ensemble à la bataille du congrès de novembre ? "Si c'était comme ça chez nous, ça ferait bien longtemps qu'on aurait réglé la chienlit, rigole un député. Le PS, c'est une partie d'échecs entre ennemis, avant les petits meurtres entre amis". Pas faux. Qui ne connaît pas les règles des échecs a bien du mal à suivre la compétition.
Petit retour en arrière. Lors d'un déjeuner au printemps, Bertrand Delanoë propose à Martine Aubry de travailler en commun pour construire une majorité au PS. La maire de Lille auréolée de son succès aux municipales refuse d'être sa "numéro 2" et entend à l'évidence jouer un rôle de premier plan dans les mois à venir. Elle préfère rejoindre le mouvement des "Reconstructeurs" qui rassemble une partie des strauss-kahniens, les fabiusiens et les amis d'Arnaud Montebourg. Cette alliance hétéroclite tient avec Martine Aubry le bon profil pour réussir le TSSB : "tout sauf Ségolène ou Bertrand". Lors de leur réunion à Paris il y a deux semaines, la maire de Lille l'emporte nettement à l'applaudimètre.
Hollande, maître tacticien
La presse titre sur "le retour de Martine", elle qui était focalisée sur le match Royal-Delanoë. "Les deux vedettes sont parties beaucoup trop tôt dans un parti totalement attentiste. Les fédérations ne sont pas pressées de choisir," analysent les Mauroy, Hollande, Cambadélis ou Sapin. Du coup, si les sondages marquent un léger décrochage de Ségolène Royal par rapport à Bertrand Delanoë, à l'intérieur du parti, ni l'un ni l'autre ne prend l'avantage. La présidente de Poitou-Charentes manque d'alliés et l'édile de la capitale bénéficie plus d'une dynamique d'opinion que de ralliements de fédérations. "Ils n'auront ni l'un ni l'autre la majorité au congrés", calcule-t-on à la direction du parti.
Pour contrer Ségolène Royal, Bertrand Delanoë tente donc de rattraper par la veste "son amie Martine". Mais pour l'instant, celle-ci chemine avec ses nouveaux amis "reconstructeurs". Martine et Bertrand devraient se voir à l'occasion de la séance de dédicaces que tiendra le maire de Paris à Lille dans dix jours, nul doute que les deux amis se feront des bises sincères sous les flashs des photographes. Mais continueront chacun de leur côté leur petit bonhomme de chemin, en toute amitié.
Chez les socialistes plus qu'ailleurs, la politique a horreur du vide. Et en maître tacticien, François Hollande a vu l'espace entre Bertrand Delanoë et Martine Aubry. Misant sur l'échec de Ségolène Royal et redoutant que ses ennemis, les "Reconstructeurs", permettent à la maire de Lille de l'emporter au congrès, l'actuel Premier secrétaire du PS pourrait tenter de discuter avec les amis de Bertrand Delanoë. S'assurant le soutien de grands élus comme Gérard Collomb, Jean-Noël Guérini et plusieurs présidents de régions, il pourrait essayer de construire une synthèse avec le maire de Paris qui n'ira pas à la bataille si "une dynamique n'est pas vraiment enclenchée": Traduction, s'il n'est pas sûr d'avoir une majorité chez les militants. François Hollande récupérerait alors la mise en plaçant l'un de ses proches à la tête du parti. Martine Aubry et Bertrand Delanoë resteront amis mais le jeu d'échecs ou d'égos peut réserver des surprises.
Et vous, que pensez-vous de cette compétition au PS ? Réagissez.
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