Image d'archives © Abacapress.comElle revient de très loin Martine Aubry. Sa défaite aux législatives en 2002 l'avait durement atteinte et les éléphants du PS se souviennent encore de la sortie de Pierre Mauroy lors d'un bureau national rue de Solférino il y a deux ans : "Elle a dit trop de mal, de trop de monde". Connue pour son caractère trempé et autoritaire, elle avait, il est vrai, irrité beaucoup de monde ces dernières années, tant parmi ses collègues du Nord que parmi ses camarades socialises. Mais elle a su changer, dans la discrétion du travail municipal, loin des jeux politiques de la capitale. S'interdisant toute interview sur les enjeux nationaux avant les municipales, elle a su rester ainsi à l'écart des règlements de comptes post-présidentiels.
"Elle engrange aujourd'hui les fruits de sa très belle victoire à Lille en mars, explique un député de la région. Elle est libérée et épanouie". Et lorsque l'été dernier, Jean-Christophe Cambadélis et Claude Bartolone oublient leurs divergences et lancent ensemble la démarche des "Reconstructeurs", ils ont déjà en tête le rôle que Martine Aubry pourrait jouer à leurs côtés. "On nous a pris à l'époque pour des dingues mais on savait que le PS se détruirait à accepter un choc Royal-Delanoë sans réagir", explique le député fabiusien.
Son obsession, le "collectif"
Aujourd'hui, à cinq mois du congrès, la maire de Lille apparaît donc comme une alternative crédible au duel de présidentiables, tant redouté par les amis de DSK, de Laurent Fabius, d'Arnaud Montebourg ou de Benoît Hamon. Mais pas question pour l'intéressée de brûler les étapes. Son obsession elle, c'est "le collectif". "Il faut que nous disions "nous" et quand nous aurons dit "nous" en travaillant pendant quelques mois, au congrès nous aurons la sagesse de choisir la ou le meilleur(e) qui pourra guider le travail de la gauche", explique-t-elle. Ce "nous" sonne comme un rejet de la personnalisation de la politique, incarnée selon elle par Ségolène Royal et dans une moindre mesure par Bertrand Delanoë. Lorsque Le Monde l'interroge il y a quelques semaines sur le succès de sa rivale auprès des militants PS, la réponse est cinglante : "Parce qu'elle représente ce que nous somme devenus. Individualistes, flottants, inconscients de notre histoire...". Alors dimanche, lors de la journée des "Reconstructeurs" à Paris, Martine Aubry a voulu reparler valeurs, socialisme, projet collectif,et vison d'ensemble. "Nous avions oublié ce qu'était la politique, je suis donc heureuse d'être là", a-t-elle lancé aux nombreux participants, très applaudie.
Si la cote de Martine Aubry grandit chez les cadres du PS, c'est qu'ils sentent monter chez de nombreux militants un ras-le-bol de la guerre des chefs. "Elle n'est pas obsédée par 2012 mais elle a la trempe d'un leader", résume un patron de fédération du sud de la France. Et les barrons socialistes de province n'ont pour l'instant aucune envie de se prononcer dans le duel annoncé tant l'incertitude est grande. "Ségolène a perdu des points ces dernières semaines mais Bertrand n'engrange pas de ralliements. Et si son livre est un bon coup médiatique, sa sortie sur le libéralisme est une faute politique, très mal perçue chez les militants", explique Claude Bartolone.
Un PS déboussolé par la présidentialisation
Alors la démarche des "Reconstructeurs" chemine avec celle, prudente mais déterminée, de la maire de Lille. Son manque de troupes est paradoxalement un atout car elle peut rassembler tous ceux qui n'ont pas intérêt à voire s'installer à la tête du PS le maire de Paris ou la présidente de Poitou-Charentes. Et ils sont nombreux... "Les strauss-kahniens et les fabiusiens se servent d'Aubry pour permettre le retour de leur champion dans quatre ans. Ils veulent surtout que rien ne change à l'heure où le PS doit faire sa révolution sous l'impulsion d'un leadership fort", se lamente un proche de Ségolène Royal.
Dans un PS déboussolé par la présidentialisation du quinquennat, la stratégie d'étapes et de synthèse de Martine Aubry rassure certains militants peu habitués aux offensives médiatiques à la Delanoë ou Royal. La maire de Lille va déposer pour l'instant une contribution, tout comme les amis de DSK et de Laurent Fabius. C'est en septembre au plus tard qu'on saura si ces textes peuvent se fondre en une seule motion pour le congrès de novembre. L'ancienne ministre du Travail espère alors former une alliance majoritaire. Rien ne garantit aujourd'hui le succès de cette démarche tant est incertaine aussi la stratégie que va adopter in fine François Hollande, qui veut favoriser le placement d'un proche comme Jean-Marc Ayrault. Mais elle semble déjà rendre difficiles les candidatures "générationnelles" de Pierre Moscovici ou Julien Dray.
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