Rachida Dati, les raisons d'un printemps pourri

Par , le 06 juin 2008 à 10h18 , mis à jour le 06 juin 2008 à 13h24

Un an après son arrivée place Vendôme, la garde des Sceaux est fragilisée. Sa proximité avec Nicolas Sarkozy l'a paradoxalement piégée.

Rachida DatiRachida Dati © Abacapress

"J'en ai fait une star". Lorsque Nicolas Sarkozy parlait ainsi de Rachida Dati à ses visiteurs, sans doute savait-il déjà qu'il aurait à la protéger lorsqu'elle se trouverait dans la tourmente, il connaît la fragilité du statut de "star", surtout en politique. Mais sans doute aurait-il dû la coacher comme tout bon agent artistique pour éviter le désenchantement actuel. Mercredi matin, en conseil des ministres, le chef de l'Etat lui a apporté son plein soutien après la polémique sur le mariage annulé pour cause de virginité. Il ne pouvait faire autrement. Complètement isolée dans son propre camp sur cette affaire, la garde des Sceaux était apparue à cran la semaine dernière à l'Assemblée. Et puisque en la nommant à la Chancellerie, Nicolas Sarkozy en a fait le symbole de son ouverture "à la diversité", son échec serait aussi le sien, comme aime à le répéter l'hôte de l'Elysée.
 
La sortie provocatrice de Rachida Dati contre le groupe socialiste a donné lieu à une bronca passionnée. C'est un grand classique en politique : la meilleure défense, c'est l'attaque. Stratégie peu glorieuse mais les passions retombées, sans doute peut-on réfléchir à la teneur de son intervention. Il y avait dans les propos de la garde des Sceaux une vérité juridique indéniable : le mariage en annulation permet à la femme de gagner du temps sur ce qu'aurait exigé une procédure de divorce. Le juge n'a fait qu'appliquer une loi qui protège parfois. Mais, puisqu'il y avait ambiguïté sur un motif inacceptable (la virginité), Rachida Dati a demandé l'appel. Dans cette affaire, "elle a réagi avec intelligence et cœur", commente le député Hervé Mariton.

Son mariage annulé ? "C'était une question vitale"

En exposant face aux députés son parcours personnel, elle a osé ce qu'il ne faut pas oublier : cette affaire, c'est aussi la sienne. Dans "Je vous fais juges", le livre d'entretien qu'elle a publié l'an dernier avec le journaliste Claude Askolovitch (chez Grasset), Rachida Dati raconte avoir fait annuler son propre mariage : "c'était une question vitale." La garde des Sceaux a donc aboli à l'Assemblée la distance nécessaire entre son histoire intime et le poste qu'elle occupe. Modernité d'une femme au parcours atypique ou dégradation d'une fonction régalienne comme ministre de la Justice, à chacun d'apprécier. 
 
Rachida Dati devrait en revanche méditer sur le peu de soutiens de son camp dans cette tempête. Tout comme lors des démêlés de ses frères avec la justice. "Depuis sa jeunesse difficile, elle a la rage de vaincre, analyse une élue UMP, donc avec elle toute relation est un rapport de forces. Et si vous lui conseillez d'être plus cool, elle pense que vous voulez lui piquer sa place."  Cette dureté, la garde des Sceaux l'assume. "La politique n'est pas un domaine propice pour l'amitié profonde", déclare-t-elle à L'Express qui fait sa couverture cette semaine sur "ses caprices". En cause, la hausse des frais de réception de son ministère et ses excès de glamour. Il est vrai que dans une fonction comme la sienne, les symboles de luxe font mauvais ménage avec la sobriété voire l'austérité nécessaires. Et ses clichés en robe Dior, les députés UMP en ont fait leurs choux gras dans les couloirs de l'Assemblée. "Elle a trop profité de son statut de visage de la France qui change, avec Sarkozy comme bouclier", lâche l'un d'entre eux. C'est du gâchis".
 
Du gâchis ?  Sans doute pour une personnalité contrastée qui a eu le mérite de vouloir bousculer une administration judiciaire parfois corporatiste. A la hussarde, elle a foncé dès son arrivée pour mettre en œuvre les réformes du chef de l'Etat : loi sur la récidive, rétention de sûreté, carte judiciaire, ordonnance de 1945 sur les mineurs. Mais dans le monde feutré des magistrats, son absence de concertation et son instinct de "tueuse politique" ont détonné. Dans le monde policé des commissions parlementaires, c'est son imprécision sur les textes constitutionnels qui lui a coûté. En charge de la réforme institutionnelle, elle n'a pas su prendre ce chantier à bras-le-corps, laissant le secrétaire d'Etat Roger Karoutchi manœuvrer. "Elle est nulle", en a conclu Edouard Balladur.

"Sarkozy n'abandonnera pas cette icône de la rupture"
 
Mais de tout ça, elle s'en moque, seule la confiance du président lui importe. Et c'est là toute la fragilité de la méthode Dati et du système Sarkozy. Nommée à la faveur du prince, sans aucune expérience ministérielle, elle n'a pas su depuis un an se construire une autonomie politique. Sans réseaux d'élus ni fidèles dans l'équipe Fillon, elle se retrouve seule, son absence de la réunion des sept ministres en vogue le jeudi à l'Elysée en est le symbole. Rachida Dati est entrée au gouvernement plus pour ce qu'elle représente que pour ce qu'elle est. Et sa personne ne mérite ni vénération médiatique ni exécution sommaire.

Après son ascension éclair, elle doit se recentrer sur son action, loin des paillettes qu'elle aimait tant, pour être jugée sur ses résultats, sans favoritisme ni ostracisme. "Personne ne sait combien de temps Sarkozy laissera Rachida place Vendôme mais quoi qu'il en soit, il n'abandonnera pas cette icône de la rupture, leurs histoires sont liées. Il pourrait lui trouver une circonscription dans la capitale ou une place aux Europénnes, cela lui permettra enfin de vivre sa vie", fait remarquer une figure de la droite parisienne. Dans "Sarkozy et "ses" femmes" (Chez Plon), deux journalistes expliquent comment le chef de l'Etat a conçu son casting féminin il y a un an. Ils affublent la garde des Sceaux du rôle de "première favorite". A 41 ans, il est temps pour Rachida Dati d'inventer le sien, elle ne manque ni de ressources ni de culot. L'urgence est pour elle d'habiter enfin sa fonction en abandonnant l'auto-émerveillement que lui a suscité son conte de fées. 
 

Par Renaud Pila le 06 juin 2008 à 10:18
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52 Commentaires

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  • Jacques, le 06/06/2008 à 19h29

    C'est une honte qu'elle ait été nommée, elle n'avait aucune expérience et très peu de compétence pour ce poste. C'est ni plus ni moins qu'une arriviste aux dents longues. Pour le moment vu qu'elle est archi protégée par Sarkozy ça va, mais elle n'existe pas par elle même, dès que Sarkozy partira elle partira aussi. Qu'elle en profite donc bien, dans un peu moins de quatre ans dans le meilleur des cas pour elle ce sera fini.

  • Riton, le 06/06/2008 à 19h00

    Balladur a raison en disant que rachida dati est nulle. c est une honte car elle a ete misze a ceposte par le fait du prince...et que dire de ses depenses de reception qui ont battu tous les records...c est une personne qui vient d un milieu tres humble( ce nest nullement deshonorant) et qui veut eblouir tout son monde.un peu de modestie mme dati..

  • Henri, le 06/06/2008 à 18h56

    Elle est mieux à meme de juger cette affaire d'annulation,que tous ces députés qui voudraient renvoyer dans les pattes de son maris ,cette femme qui pourrait subir des agressions dont d'autres femmes avant elle ont été les victimes dans beaucoup de pays (assassinats ou mutilations à l'acide)et qui ont eu lieu aussi en france.

  • Paul, le 06/06/2008 à 18h43

    Tenez bon resistez madame dati ,les autres ne sont que jaloux et pourris, bravo madame et bravo monsieur sarkozy

  • Rahma, le 06/06/2008 à 18h05

    Quelle grande pétasse qui de plus renie ses origines !

  • JEAN, le 06/06/2008 à 17h53

    Franchement vous allez nous faire pleurer avec votre offensive médiaztique pour remonter la côte de popularité de Mme Dati .Si elle est là ou elle en est c'est bien à cause de son arrogance et de son incompétence ; elle n'a donc à s'en prendre qu'à elle même la "favorite" du Président .

  • Jeanot, le 06/06/2008 à 17h39

    Cette dame si pertinente devant la rigueur acide des députés de son même parti politique a le droit de rugir devant ces "psychodrames"d'hommes ahuris devant d'incomplètes informations la jugeant mal tant sur le côté professionnel de sa charge de ministre tant du côté humain mais de toute façon toujours dans son métier où quelle soit pour museler l'adversité mal saine en ce moment.

  • Charlotte, le 06/06/2008 à 17h33

    Trop belle trop beur ! trop atypique ! contre vents et marées , contre l'establishment politique et judiciaire je la soutiens , je l'admire et peut etre meme que je l'aime !

  • Rachid, le 06/06/2008 à 17h30

    Bien que Nicolas Sarkozy a choisi Rachida Dati comme ministre pour sa diversite, arretons de la juger de cette maniere, cest une femme competente, elle connait son domaine (ancienne magistrat), c est dur d'etre detre juge par rapport a ses origines, c'est une femme compétente, dynamique, charmante... Je suis jugé de la même manière mais en bas de l'échelle dans une municipalité qui me fait passer un concours, que j ai reussi et pour moi il n y a pas de place pour moi mais pour d autre oui (meme si j ai travaille pendant 7 ans pour eux)... Donc Madame Rachida Dati laissez l en paix et laissez la continuer dans sa reussite...

  • Christian, le 06/06/2008 à 17h16

    Arretons tous cela svp, nous ne sommes plus au moyen age, pourquoi pas la lapidation pendant que nous y sommes....Qu'elle importance qu'une femme sois vierge ou non, bien au contraire, tous le monde a le droit de vivre sa vie, non?? Pendant ce temps la, les vrais problemes on en parle pas !!!

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