Vincent Feltesse le 1er juin 2006 © AbacaLCI.fr - Pourquoi une contribution de grands élus régionaux ? Cela n'ajoute-t-il pas de la confusion au débat ?
Vincent Feltesse : Aujourd'hui, le PS perd à répétition les élections nationales, et en même temps il gagne des batailles au niveau local. Nous avons le sentiment que ces succès sont dus au fait que sur le terrain, nous parvenons à inventer des politiques conformes à nos valeurs de gauche. Il y a besoin de démultiplier cela au niveau national.
Or au niveau national, c'est un peu la polka des ego et des discussions théoriques avec une bataille entre les Anciens et le Modernes. Tout cela montre une déconnexion avec ce que les gens souhaitent aujourd'hui.
LCI.fr - C'est le ras-le-bol de la province contre la guéguerre parisienne ?
Oui. D'une manière provocante, il y a un côté Jacquou Le Croquant dans notre démarche.
LCI.fr - Mais quelles sont vos valeurs, le pragmatisme ?
Il y a du pragmatisme oui, mais pour être fidèle à nos valeurs initiales de gauche. Il faut de la progression sociale pour les plus défavorisés. Sur les problèmes de logement, de discriminations ou d'éducation, le PS ne dit plus grand-chose au niveau national. Il est perdu dans des débats sans fin. Or au niveau local, nous ne sommes pas des distributeurs de subsides publiques mais bien des inventeurs de politiques. Il faut maintenant parvenir à transformer cela au niveau national.
LCI.fr - Depuis dix ans, la direction du PS n'a pas écouté les élus des régions ?
C'est un peu plus compliqué que ça. Il y a une part de schizophrénie entre nous. Gérard Collomb est président du conseil national du parti, Jean-Noël Guérini est membre du bureau national et moi-même je suis secrétaire national...
LCI.fr - Alors pourquoi sortez-vous du bois maintenant alors que vous êtes tous des leaders nationaux quand vous le souhaitez ?
Nous pensons que les échecs de Lionel Jospin puis de Ségolène Royal s'expliquent par une carence dans la définition de notre ligne politique. Ce complexe d'infériorité par rapport à un "surmoi marxiste" fait que l'on invente plus de politiques adaptées au monde d'aujourd'hui.
On rejette également la personnalisation des débats au congrès, elle n'est pas la bienvenue.
LCI.fr - Et pourquoi la démarche de Bertrand Delanoë, maire d'une grande ville et partisan d'une ligne réformatrice n'a-t-elle pas votre faveur ?
Nous croyons que ni Delanoë, ni Royal, ni Aubry, ni Hollande ne parviendront à avoir une majorité à ce congrès. A partir de là, comment créer les conditions d'un travail collectif suffisant ? Il faut en tout cas éviter les dynamiques personnelles.
LCI.fr - La démarche du maire de Paris était trop personnelle ?
C'est comme ça qu'elle a été ressentie par de nombreux militants.
LCI.fr - Que pensez-vous alors de la stratégie des "Reconstructeurs" qui refusent la présidentialisation du parti ?
A la différence de leur démarche, notre contribution s'appelle "La ligne claire"... Il y a quelques points clés autour de l'Europe, du rapport au monde de l'entreprise, ou de la décentralisation sur lesquels les fabiusiens et les strauss-kahniens ne sont pas d'accord. Or nous avons besoin de clarté.
LCI.fr - Et la percée de Martine Aubry ?
Je le répète, nous avons des conditions sur la ligne politique. On a l'impression que Martine fait un agrégat de gens qui ont eu dans le passé des positions antinomiques.
LCI.fr - Son recentrage sur une ligne de gauche vous séduit ?
Recentrage à gauche ? Ca ne veut pas forcément dire grande chose. Sur la question des discriminations dans le logement, je peux avoir des positions qui sont "très à gauche". Mais sur le rapport à l'entreprise, nous serions plutôt classés à droite. Il faut arrêter ce genre de classification car le monde est devenu trop complexe.
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