Rocard : "Je soutiens Delanoë, par urgence"

Par Propos recueillis par Renaud PILA, le 11 juin 2008 à 22h37 , mis à jour le 16 septembre 2008 à 15h43

L'ancien Premier ministre affirme que la pression médiatique ne laisse pas d'espace aux "Reconstructeurs". "Ce sera un congrès de vedettes", se lamente-t-il.

Michel Rocard lors des Journées parlementaires PS, le 17 septembre 2007Michel Rocard lors des Journées parlementaires PS, le 17 septembre 2007 © Abacapress/T.Camus

LCI.fr -  A cinq mois du congrès de Reims, les ambitions personnelles semblent masquer des inimitiés profondes. Dans un échange filmé, Hollande explique craindre que la diabolisation contre Royal ne la pousse un jour à se présenter à la présidentielle sans le soutien du PS. Ce scénario vous semble-t-il possible ?

Michel Rocard : Je ne poserais pas la question comme ça. Le PS est en difficultés car c'est le seul des partis sociaux-démocrates européens qui ne soit pas à l'aise avec l'économie de marché. Le parti a donc besoin de travailler le fond et de faire des choix. Il vit depuis des années sous le drame de s'obliger à parler à l'unanimité, on a appelé cela "la synthèse".
 
Aujourd'hui, puisque nous sommes en transition de leader, nous aurions dû accepter de ne désigner notre candidat à la présidentielle de 2012 qu'à l'automne 2011. Il suffisait alors de se doter pendant quatre ans d'un Premier secrétaire chargé de faire travailler les gens, d'organiser des débats et de provoquer des votes et des choix clairs. Economie de marché ou pas ?  Poursuite de la construction européenne ?  Nous avons été empêchés de faire ça par la pression médiatique. Ségolène Royal d'un côté, et pour éviter son arrivée, Delanoë de l'autre, ont été saisis par l'univers journalistique.

"Nous ne pouvons
pas faire comme si 
Madame Royal
n'était pas en
position de gagner"

Michel Rocard

LCI.fr - C'est-à-dire ?
 
M.R. : C'est vous, les journalistes (de télévision surtout), qui faites aujourd'hui l'agenda. L'idée que le PS puisse passer 4 ans sans avoir un leader présentable au JT de 20h comme le concurrent potentiel de Sarkozy était intenable. Or c'est ce qu'il fallait faire !
 
Du coup, par victoire des médias sur le calendrier, nous allons avoir à nous déterminer en novembre sur des personnes contre l'intérêt profond du parti. Ce sera un congrès de vedettes alors qu'il aurait fallu choisir quelqu'un qui n'avait pas vocation à être candidat en 2012. Les journalistes l'auraient intégré. Sous cette condition, on aurait pu continuer à travailler tranquilles et à faire pour le projet ce qu'on vient de réussir avec la Déclaration de principes. 
 
LCI.fr - Comment jugez-vous la démarche des "Reconstructeurs" qui avancent l'idée d'un projet avant le choix d'un présidentiable ? 
 
M.R. : Je soutenais une démarche de projet mais il n'y a plus d'espace pour cela. Je pense que la pression médiatique a gagné au point que nous ne pouvons pas faire comme si la candidate présente dans les médias, Madame Royal, n'était pas en position de gagner. Or sa perception de l'univers international est insuffisante pour qu'elle soit de taille. Et donc on a changé d'urgence.
 
C'est pourquoi je vais soutenir Bertrand Delanoë, par urgence. Il aurait mieux valu qu'il ne parte pas si tôt pour assurer son avenir mais il a eu peur que la politique spectacle permette une victoire de Ségolène Royal. Cette peur était fondée. Mais je crois très dangereux de le désigner si tôt car le bombardement médiatique quotidien sur une personne la tue. Il n'y a pas de contre-exemple. Nicolas Sarkozy peut résister car il a avec lui tout l'appareil de l'Etat. Nous, nous ne l'avons pas.

"Des personnalités
gesticulantes,
c'est plus facile
pour les télévisions
qu'expliquer
le fond des choses"
Michel Rocard

LCI.fr - On sent un attentisme à l'intérieur du PS. Ni Bertrand Delanoë, ni Ségolène Royal ne semblent créer une dynamique. Cela ne laisse-t-il pas une place à une troisième voie, incarnée peut-être par Martine Aubry
 
M.R. : La démarche de Martine Aubry me surprend car elle a des soutiens qui sur certains enjeux, notamment l'Europe, n'ont pas été capables de se mettre d'accord. Je ne sais pas comment elle pourra définir une politique claire avec des soutiens aussi différents.
 
Quoi qu'il en soit, le système médiatique exige que le jeu se résume à des confrontations de charisme. Des personnalités gesticulantes, c'est plus facile pour les télévisions qu'expliquer le fond des choses. Le PS est une victime, mais ça sera pareil un jour à droite. Ce n'est pas spécifique à la France d'ailleurs, le système médiatique est le même à l'étranger.  

LCI.fr - Ségolène Royal est populaire chez les militants...  
 
M.R. : Pourquoi est-elle populaire ?  Il n'y a plus de vie interne au PS. Elle est ce qui est retransmis par les médias télé. Et c'est vous qui choisissez qui vous voulez montrer au 20h. C'est imparable. 
 
LCI.fr - Vous mettez sévèrement en cause le système médiatique mais les leaders socialistes ont-ils assez travaillé un projet ces dernières années ? 
 
M.R. : Les médias sont la cause initiale mais nous avons largement aggravé les choses, je vous en donne acte (rires).

"Dans chaque section, il y a des partisans
de chacun qui ont
horreur de se casser
la figure" 

Michel Rocard

LCI.fr - L'état du PS vous fait-il craindre une scission à l'avenir ? 

M.R. : Ecoutez-moi. Il vient d'y avoir un événement admirable et peu commenté au PS ces derniers jours, c'est l'écriture d'une nouvelle Déclaration de principes. Cela fait un siècle que nous n'avions pas été capables de produire un texte aussi clair sur nos motivations fondamentales et sur nos rapports avec le capitalisme et l'Europe.

Ce travail a été réalisé par la base et par ses représentants au conseil national qui ont été sollicités en dehors de toute intérêt polémique. On a pu parler et travailler tranquilles. L'état de santé du PS, c'est ça. Et dans chaque section, il y a des partisans de chacun qui ont horreur de se casser la figure. 
 
LCI.fr -  Comment la gauche française doit-elle réagir à la crise de la social-démocratie en Europe, un système basé sur la redistribution alors que les finances publiques vont très mal ? 
 
M.R. : Faux. C'était le langage critique des années 90. Depuis, trois pays ont assaini leurs finances publiques et ont préservé l'Etat-providence en en changeant les règles. Ce sont la Suède, le Danemark et sans doute l'Allemagne. Gerhard Schröder a payé sur le plan  électoral des réformes plus efficaces et plus profondes que celles jamais osées en France. D'où la santé actuelle de notre voisin.

La crise de la social-démocratie, c'est du baratin. Le capitalisme est arrivé à un niveau d'évolution tel qu'il ralentit la croissance dans les pays développés. La pression des actionnaires a réduit d'environ 10% la part de la demande dans le PIB depuis quelques années. Ce qui implique une réintensification de la bataille sociale-démocrate. Si le PS se met à comprendre cela, il pourra se battre avec ses alliés sociaux-démocrates européens.
 

Par Propos recueillis par Renaud PILA le 11 juin 2008 à 22:37
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45 Commentaires

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  • Stark745, le 12/06/2008 à 19h19

    Cherchez, cherchez encore faites comme les fils du laboureur, car pour le moment toutes les vedettes sont périmées. SR en panne d'idée, ¨BD en tête de cortége que 80 % des français réprouvent et MA vraiment handicapée avec ses 35 h qui ont mis les finances Française à plat. Sortez de votre chapeau de prestidigateur un bon poulain et laissez pour le moment le gouvernement réparer ce que vous avez détruit.

  • Mimi, le 12/06/2008 à 18h26

    J' ai toujours voté à gauche (j'ai 48 ans) Je ne crois plus au parti socialiste ni aux syndicats. La gauche n'existe plus, vous voulez tous le pouvoir, vous avez donné le trone à Sako et ce n'est pas avec vos guerres personnelles que vous le lui reprendrez.

  • EINSTEIN, le 12/06/2008 à 17h11

    Au ps, chacun roule pour soi; ceux ou celles qui se prennent pour des stars se moquent totalement de la France, des Français et ne songent qu'à descendre l'autre de son camp ou se farcir Sarko par tous les moyens, licites ou non.Cette pratique a un nom, mais la décence m'empêche de l'écrire...

  • Gaellic, le 12/06/2008 à 17h01

    Suite... Notre Président a décidé de changer à la fois la méthode et le rythme. il lui faut vraiment beaucoup de courage et de persévérance pour affronter tous ceux qui voyant quelque chose bouger s'imagine déjà se voir tomber de son fauteuil, y compris ceux de son propre camp. Au PS c'est encore pire: Démocratie en "trompe l'oeil", fonctionnarisation des militants, cooptation, être toujours là quelqu'en soit le prix. Le PS est devenu un théatre d'ombres totalement coupé de la réalité vivant sur lui même et dans l'intérêt bien pensé de ceux qui le "squattent". M Rocard a parfaitement raison: les acteurs du parti ont trouvé des alliés précieux au travers des médias afin que le spectacle continue. Mais j'irai plus loi que lui en disant que ces structures de parti Droite contre gauche n'a plus de sens. Il est dramatique de constater que toutes les idées sont systématiquement combattues par le PS alors que nous avons des problèmes à traiter qui n'ont jamais été plus cruciaux. Pire les partis dit progressiste sont ainsi devenus les partis conservateurs, incitants les Français à protéger leur avantages acquis et à demander toujours plus. Cette répartition des rôles sur une base idéologique de plus en plus fumeuse n'a plus de sens. Rendons à la politique ses lettres de noblesses au travers de l'intelligence, du courage et de l'efficacite!

  • Gaellic, le 12/06/2008 à 17h00

    J'ai toujours trouvé chez Michel Rocard un bon compagnon de route, l'analyse était toujours pertinente! J'ai quitté le parti en 1981 pour des raisons que chacun peut comprendre encore mieux maintenant quand on réalise le monumental gâchi. Les problèmes du PS dépasse largement ce parti. C'est toute la société française qui est "bloquée" depuis ...1981. Le problème des retraites en est la plus dramatique illustration. le livre blanc sur les retraites est resté dans un tiroir... C'était de la dynamite et JP HUCHON l'avait bien fait remarquer à son mentor à l'époque : "si tu veux devenir président de la République" remet ce dossier à plus tard! Et c'est ainsi sur tous les problèmes: gérons le présent sans nous préoccuper de l'avenir ce qui revient à répondre positivement à toutes les protestations, à dépenser toujours plus en hypotéquant toujours plus l'avenir. L'essentiel est de garder la place.... a suivre

  • FabienM, le 12/06/2008 à 16h40

    Que de lucidité Monsieur Rocard , de la part d'un homme d'Etat qui n'a obtenu que 14% aux Europeennes de 1994 et qui n'a jamais pu se porter candidat aux présidencielles. Libre à vous d'etre contre Ségolène , contre ses idées , c'est votre choix ! au fait , et vous dans tout cela , qu'avez-vous apporté au PS ces 30 dernières années ?? Vous etes vous posé la question sur le piètre score de vos amis politiques lors de la primaire socialiste : 20% et oui 20 petit % pour DSK sur les 200000 militants inscrits ! Si vs en arrivez à un pietre score dans un parti qu'auriez-vs fait en pourcentage sur le plan national !!?? Avec tout ce qu'elle endure Ségolène , finalement , à beaucoup de mérites !

  • Tintin, le 12/06/2008 à 16h27

    "soutenir par urgence"... tout est dit dans cette sentence... c'est du désespoir dans le texte... pauvre gauche...

  • Ben, le 12/06/2008 à 15h39

    Je pense que les dirigeants socialistes n'ont rien compris de l'évolution du monde!!! je pense que s'il ya une personne qui devrait plus parler du ps et qui a mis la gauche dans l'état oùu elle se trouve c'est jospin. Il en veut à mme Royal de pouvoir réussir là où il a échoué et qu'il arrête de jouer les intellos de la gauche car il n'est plus audible de même que ce rocard. je pense qu'il serai très bénéfique à la gauche que ces deux prennent leur retraite. Quand à mme Royal nous sommes assez nombreux à la suivre au cas où ces aigris du ps ne supporteraient qu'elle prenne la tête du parti.

  • LME, le 12/06/2008 à 15h24

    DDA Désirs d'Avenir, le juste plaisir de voir Madame Royal tenir tête à tous ces vieux grincheux et vieilles greluches politiques retrogrades et sa capacité créatrice de désirs me comble de joie et j'y vois se profiler de belles victoires pour nous les procréatrices sans provocation !. LME

  • Aube, le 12/06/2008 à 14h42

    Que Rocard fasse partie du TSS, et qu'il en tire les ficelles avec Jospin, ça nous le savions. Il est choquant qu'il cherche à se draper de la dignité du parti et du bien communautaire, lui, qui avait été égoïste, au point d'avoir fait à deux reprises l'indécente proposition à la candidadte de tout le PS de se désister en sa faveur. La 1ere fois, à le veille de sa désignation enthousiaste par plus de 60% des militants et la 2e fois, en mars 2007. Qu'il roule pour lui-même ou contre Ségolène Royal, c'est sa liberté, mais il y a une forme de tricherie à présenter les choses ainsi.

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