Le Sénat claque la porte aux langues régionales

le 19 juin 2008 à 07h43 , mis à jour le 19 juin 2008 à 07h48

Les sénateurs ont voté contre l'inscription dans l'article 1 de la Constitution d'une référence aux langues régionales, "patrimoine" de la Nation.

Sénat

Le 22 mai, l'Assemblée nationale avait décidé à la quasi-unanimité d'ajouter au premier article de la Constitution une phrase stipulant que "les langues régionales appartiennent au patrimoine" de la Nation. Suscitant bientôt les foudres de l'Académie française, qui dans une démarche "extrêmement rare", avait critiqué lundi une telle reconnaissance, portant selon elle "atteinte à l'identité nationale". Les Sages avaient alors demandé le retrait de l'article.

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Ils ont été entendus, sinon par les députés, du moins par les sénateurs, qui par 216 voix contre 103, ont adopté mercredi, contre l'avis du gouvernement et de la commission des Lois, l'amendement supprimant cette référence aux langues régionales que les députés avaient ajouté au texte initial. La majorité UMP mais aussi les centristes, les communistes, les radicaux - dont l'ancien PS Michel Charasse - et quelques sénateurs PS, comme Robert Badinter ou Jean-Luc Mélenchon, ont voté la suppression. La majorité du PS, les Verts et quelques UMP ont en revanche voté contre.

"Vous combattez des démons plus que des réalités"

Alors que la majorité sénatoriale avait, en commission, accepté le dispositif des députés, la discussion en séance a révélé la réalité d'une opposition farouche de l'UMP à cette mesure. "Nos enfants parlent texto, il faut renforcer le français et ce n'est pas en faisant appel aux langues régionales", a déclaré Jean-Pierre Fourcade (UMP). Patrice Gelard (UMP) s'est inquiété de "retrouver demain la franc-maçonnerie, les cathédrales, le christianisme dans le patrimoine national". Et pourquoi pas "la potée auvergnate" comme monument historique, a ironisé Michel Charasse, refusant comme Robert Badinter que la Constitution soit "un catalogue de richesses culturelles".

"Vous combattez des démons plus que des réalités, il n'y a pas aujourd'hui de baïonnette aux portes de la langue française pour imposer un séparatisme par les langues régionales", a rétorqué David Assouline (PS). L'inscription des langues régionales est "une fenêtre ouverte sur la diversité, nous sommes au niveau de la comptine et pas de l'ébranlement des principes de la République", a renchéri Marie-Christine Blandin (Verts).

La ministre de la Justice, Rachida Dati, qui a constaté "un profond désaccord entre le Sénat et l'Assemblée sur cette question", s'est en vain opposée à la suppression de l'amendement visé, jugeant que l'article "ne remet pas en cause" le fait que "la langue de la République est le français". Mais, dans une réunion du groupe UMP lors d'une suspension de séance, la ministre a relativisé ce désaccord déclarant que "le gouvernement ne tenait pas spécialement" à cet article, selon une source parlementaire. Ce vote éloigne pourtant un peu plus la possibilité d'un compromis sur cette réforme et risque d'irriter des députés UMP déjà remontés par le rejet en commission de l'obligation d'un référendum pour une éventuelle adhésion de la Turquie à l'UE.

D'après agence

le 19 juin 2008 à 07:43
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