Lang dans les jardins de Versailles © LCIJuste avant l'annonce des résultats, on était détendu à droite. Le secrétaire d'Etat aux relations avec le Parlement, Roger Karoutchi, et quelques parlementaires prenaient le soleil dans les jardins de Versailles, et laissaient entendre : "C'est bon, ça passe à six voix". Mais à l'annonce du résultat par le président de l'Assemblée nationale Bernard Accoyer vers 18h30, un "oh" a parcouru l'hémicycle. Une voix ! 539 voix contre 357 sur 896 votes exprimés, soit une voix de plus que la majorité des trois cinquièmes requise (538). Et tous les parlementaires ont fait leur petit calcul : où ont manqué les votes dans un sens ou dans l'autre ?
Aussitôt, un commentaire a fusé dans les couloirs du château : "C'est la voix de Jack Lang !". Ce dernier, le seul député PS qui a voté pour la réforme, s'est mis aux abonnés absents. Il devait réagir plus tard dans la soirée par un simple communiqué. Mais il était lundi soir au centre de nombreuses réactions. "Jack Lang aura au moins eu le mérite d'avoir contribué à une victoire à une voix de M. Sarkozy. C'est à lui d'en assumer toutes les responsabilités", a déclaré immédiatement Jean-Marc Ayrault. Tout aussi sévère a été la réaction de Ségolène Royal : "une seule voix a fait la différence : pourra-t-on en connaître le prix ? Les démocrates, eux, en supporteront le coût", a-t-elle affirmé. "Comme disait François Mitterrand, sur le chemin de la trahison, il n'y a que le fleuve de la honte à traverser", a-t-elle ajouté, sans nommer celui qui était son conseiller spécial durant la campagne électorale. "Je ne veux pas que le débat ce soir tourne autour de Jack Lang. Il y a un problème du président et de son autorité", a fait valoir de son côté Julien Dray qui flairait le piège.
Invité du 20h de TF1, François Fillon a lui aussi cité le nom de Jack Lang mais pour en dire du bien. Le chef du gouvernement a qualifié l'ancien ministre de la Culture de "courageux". "Il a été cohérent avec la pensée qui a été celle de la gauche depuis très longtemps sur ces sujets. C'est tout à son honneur", a-t-il renchéri. A la question de savoir si "c'est la voix de Jack Lang" (PS) qui a fait la différence", Jean-François Copé a pour sa part répondu : "j'aurais aimé que plus de socialistes votent la réforme. Je dis merci à Georges Tron (député UMP villepiniste tenté par le "non" et qui s'est finalement rallié au "oui") et pourquoi pas à Jack Lang." Le vote positif de Jack Lang risque de lui valoir des sanctions au PS, dont le bureau national se réunit mardi. "Je crois que la sanction la plus efficace ne serait pas l'exclusion, mais l'interdiction de se présenter à nouveau comme candidat au nom du PS", a estimé François Rebsamen, bras droit du premier secrétaire François Hollande.
Un succès personnel pour Sarkozy, de justesse
Au-delà du cas Lang, le compte-rendu du vote lundi soir a permis de comprendre les raisons d'un score aussi serré. La mauvaise surprise pour la majorité est venue des sénateurs radicaux de droite et de gauche (RDSE) ainsi que des sénateurs non-inscrits. Alors que le groupe RDSE semblait globalement acquis au camp du "oui", seuls 11 sénateurs sur 17 de ce groupe ont voté pour la réforme. De même, le gouvernement a peu réussi à mobiliser chez les parlementaires non-inscrits : seuls 3 sur 13 l'ont votée.
Il reste que lundi soir, Nicolas Sarkozy a obtenu une victoire, en faisant adopter par le Parlement une réforme qui grave dans la Constitution sa volonté de "rupture". Il apparaît comme le premier artisan du oui de Versailles. D'abord, il n'a pas reculé, contrairement à plusieurs de ses précédesseurs : Georges Pompidou en 1973 (sur le quinquennat), Valéry Giscard d'Estaing en 1974 (statut des suppléants), Jacques Chirac en janvier 2000 (Conseil supérieur de la magistrature) avaient renoncé au Congrès, par crainte de ne pas franchir la barre des 3/5èmes. Ensuite, Nicolas Sarkozy a personnellement "retourné" plusieurs UMP récalcitrants, dont Bernard Debré, fils du père de la Constitution de la Ve République
Egalement au crédit du président : son principal opposant, le PS, est apparu divisé, hésitant sur cette réforme à laquelle il a été associé. Un coin a été enfoncé entre lui et ses alliés du parti radical. Mais les socialistes ont échappé à la catastrophe, en évitant la fracture lors du vote versaillais. Ce qui a fait dire à François Hollande lundi soir : "le perdant, c'est Nicolas Sarkozy".
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