Mais quelle est cette voix ?

le 21 juillet 2008 à 21h38 , mis à jour le 22 juillet 2008 à 11h44

"C'est celle de Jack Lang", ont tout de suite lancé les parlementaires après l'annonce d'un résultat à une voix près, au Congrès de Versailles. Ségolène Royal dénonce "une trahison" de son ex-conseiller en 2007.

Lang Versailles réformeLang dans les jardins de Versailles © LCI

Juste avant l'annonce des résultats, on était détendu à droite. Le secrétaire d'Etat aux relations avec le Parlement, Roger Karoutchi, et quelques parlementaires prenaient le soleil dans les jardins de Versailles, et laissaient entendre : "C'est bon, ça passe à six voix". Mais à l'annonce du résultat par le président de l'Assemblée nationale Bernard Accoyer vers 18h30, un "oh" a parcouru l'hémicycle. Une voix !  539 voix contre 357 sur 896 votes exprimés, soit une voix de plus que la majorité des trois cinquièmes requise (538). Et tous les parlementaires ont fait leur petit calcul : où ont manqué les votes dans un sens ou dans l'autre ?
 
Aussitôt, un commentaire a fusé dans les couloirs du château : "C'est la voix de Jack Lang !". Ce dernier, le seul député PS qui a voté pour la réforme, s'est mis aux abonnés absents. Il devait réagir plus tard dans la soirée par un simple communiqué. Mais il était lundi soir au centre de nombreuses réactions. "Jack Lang aura au moins eu le mérite d'avoir contribué à une victoire à une voix de M. Sarkozy. C'est à lui d'en assumer toutes les responsabilités", a déclaré immédiatement Jean-Marc Ayrault. Tout aussi sévère a été la réaction de Ségolène Royal : "une seule voix a fait la différence : pourra-t-on en connaître le prix ? Les démocrates, eux, en supporteront le coût", a-t-elle affirmé. "Comme disait François Mitterrand, sur le chemin de la trahison, il n'y a que le fleuve de la honte à traverser", a-t-elle ajouté, sans nommer celui qui était son conseiller spécial durant la campagne électorale. "Je ne veux pas que le débat ce soir tourne autour de Jack Lang. Il y a un problème du président et de son autorité", a fait valoir de son côté Julien Dray qui flairait le piège.
 
Invité du 20h de TF1, François Fillon a lui aussi cité le nom de Jack Lang mais pour en dire du bien. Le chef du gouvernement a qualifié l'ancien ministre de la Culture de "courageux". "Il a été cohérent avec la pensée qui a été celle de la gauche depuis très longtemps sur ces sujets. C'est tout à son honneur", a-t-il renchéri. A la question de savoir si "c'est la voix de Jack Lang" (PS) qui a fait la différence", Jean-François Copé a pour sa part répondu : "j'aurais aimé que plus de socialistes votent la réforme. Je dis merci à Georges Tron (député UMP villepiniste tenté par le "non" et qui s'est finalement rallié au "oui") et pourquoi pas à Jack Lang." Le vote positif de Jack Lang risque de lui valoir des sanctions au PS, dont le bureau national se réunit mardi. "Je crois que la sanction la plus efficace ne serait pas l'exclusion, mais l'interdiction de se présenter à nouveau comme candidat au nom du PS", a estimé François Rebsamen, bras droit du premier secrétaire François Hollande. 
 
Un succès personnel pour Sarkozy, de justesse
 
Au-delà du cas Lang, le compte-rendu du vote lundi soir a permis de comprendre les raisons d'un score aussi serré. La mauvaise surprise pour la majorité est venue des sénateurs radicaux de droite et de gauche (RDSE) ainsi que des sénateurs non-inscrits. Alors que le groupe RDSE semblait globalement acquis au camp du "oui", seuls 11 sénateurs sur 17 de ce groupe ont voté pour la réforme. De même, le gouvernement a peu réussi à mobiliser chez les parlementaires non-inscrits : seuls 3 sur 13 l'ont votée.
 
Il reste que lundi soir, Nicolas Sarkozy a obtenu une victoire, en faisant adopter par le Parlement une réforme qui grave dans la Constitution sa volonté de "rupture". Il apparaît comme le premier artisan du oui de Versailles. D'abord, il n'a pas reculé, contrairement à plusieurs de ses précédesseurs : Georges Pompidou en 1973 (sur le quinquennat), Valéry Giscard d'Estaing en 1974 (statut des suppléants), Jacques Chirac en janvier 2000 (Conseil supérieur de la magistrature) avaient renoncé au Congrès, par crainte de ne pas franchir la barre des 3/5èmes. Ensuite, Nicolas Sarkozy a personnellement "retourné" plusieurs UMP récalcitrants, dont  Bernard Debré, fils du père de la Constitution de la Ve République
 
Egalement au crédit du président : son principal opposant, le PS, est apparu divisé, hésitant sur cette réforme à laquelle il a été associé. Un coin a été enfoncé entre lui et ses alliés du parti radical. Mais les socialistes ont échappé à la catastrophe, en évitant la fracture lors du vote versaillais. Ce qui a fait dire à François Hollande lundi soir : "le perdant, c'est Nicolas Sarkozy".

le 21 juillet 2008 à 21:38
Envoyer cette page à un ami
Les champs marqués par une étoile * sont obligatoires.
Les derniers articles Politique
  

102 Commentaires

Afficher : Les plus récents | Les plus appréciés

  • Claude, le 22/07/2008 à 15h19

    Cher monsieur "539 contre 537 c'est clair", ce n'est pas si clair que ça. C'est en réalité 539 contre 357 (182 voix d'écart et non pas 2).

  • Claude, le 22/07/2008 à 15h15

    RA de Bruxelles, vous ne saurez pas ce que nous pensons de votre roi ou de vos premiers ministres difficiles à garder. En tout cas, moi je ne me permettrai pas de porter un jugement de valeur sur un chef d'état étranger. Aimez ou n'aimez pas Sarkozy mais ne portez pas plus de jugement de valeur sur un chef d'état français sur un blog français que ceux que nous ne nous permettons pas de porter sur vos hommes politiques. Je ne sais pas comment votre roi est élu (bien sûr que je le sais, pardon, mais c'est de la provoc, une fois) mais notre président a été élu haut la main et serait réélu haut la main (56 % selon les derniers sondages). Au passage il faut noter que si vous aviez un président élu il serait probablement flamand.

  • Mtyteuf, le 22/07/2008 à 14h27

    Vous diffusez majoritairement les propos des gens en faveur de Lang,c'est à dire pro Sarkozy merci LCI quel exemple de démocratie.

  • Pecheur63, le 22/07/2008 à 14h23

    Et voilà!! Tout ce joue sur une simple voix. Bravo.Il en est qui ont vraiement peur de celui qui se sur nomme le président de tous les français.Il a menacé ses propres troupes et le résultat est là. Où va cette France dont on était si fier? Nos grands parents se retournent dans leur tombe, tous les acquis sont en train de partir avec ce nouveau gauvernement! A quand la révolte des petits que tout le monde ignore???

  • Pascal, le 22/07/2008 à 14h19

    Pascal, Londres : Ca va, on a compris que c'était "une grande victoire". Moi j'appelle une grande victoire un vote qui se passe dans un contexte plus serein... mais bon, on sait bien que tu essaies de te faire passer pour plus idiot que tu ne l'ai, vu que tu omets de rappeler la règle des 3/5ème. "Ecrasante"? Ouais, avec un Sénat représentant majoritairement la campagne et qui n'a jamais été à gauche, quel exploit! Wahou! J'en reste sans voix! Quand à ceux qui nous ressortent Mitterrand, quelle audace, quelle modernisme (avec un peu de naphtaline). On comprend mieux pourquoi ils habitent St-Germain-en-Laye.

  • HENRI, le 22/07/2008 à 14h09

    A Loran, de Grenoble : il y a mieux que l' "Histoire pour les nuls" pour connaître le passé sombre de François Mitterrand sous Vichy... Il y a "Une jeunesses française", par Pierre Péan, ouvrage paru chez Fayard, en 1994...Alors, avant de "donner des conseils " aux autres...

  • DEBAIN, le 22/07/2008 à 14h04

    Ca promet quelques reglements a ok PS

  • Alain, le 22/07/2008 à 13h36

    C'est la voix d'un ancien "grand ministre" à qui le pouvoir manque, c'est la voix d'un homme politique usé qui s'est perdu dans les embrouilles sarkoziennes, il pourra bientôt épauler Kouchner, qu'elle belle équipe!

  • Amaury, le 22/07/2008 à 13h34

    Elle est belle la démocratie selon le PS : Un membre n'a même plus le droit de choisir ce qu'il veut voter sous peine d'être poussé vers la sortie ... Comment peut-on cautionner une telle injustice, un tel mépris envers la liberté d'expression ? Il ne faut pas inverser les rôles, ce n'est pas Mr Lang qui a trahi le PS, c'est plutôt le PS qui est en train de trahir Mr Lang après tant d'années de bons et loyaux services envers le parti. Quand comprendront-ils que le monopole des bonnes idées n'appartient ni à l'un ni à l'autre des côtés de l'hémicycle : Il faut coopérer plutôt que de systématiquement se braquer.

  • Anne, le 22/07/2008 à 13h11

    Encore une fois Mme Royal ferait mieux de se taire car en matière de trahison F Mitterand était quand même le roi sen sa matière !!!!!!

Lire tous les commentaires

       Chargement en cours...
      • Le grand quiz de l'info
      Alertez-nous
        alertez-nous

        Témoin d'un événement ?

        Alertez la rédaction !

        Envoyez une alerte

        Nous recommandons
        logAudience