Ségolène Royal et Bertrand Delanoë © LCIUne fois la douzaine de contributions enregistrées mercredi soir par le parlement du parti, les socialistes vont pouvoir partir sur les plages avec le jeu des sept erreurs comme principale occupation. Mettre côte à côte ces textes d'orientation (non soumis au vote des militants) et chercher les différences pour se faire une opinion. Car après le temps des contributions, celui où l'on impressionne l'adversaire va venir mi-septembre le temps des motions, ces textes soumis alors au vote des militants qui détermineront le poids des courants internes au congrès de novembre.
Et que nous disent pour l'instant ces contributions, et notamment les dernières en date, celles de Ségolène Royal et de Bertrand Delanoë ? D'emblée, un constat saute aux yeux : les deux rivaux sont globalement d'accord sur le fond et c'est bien normal puisqu'ils faisaient partis depuis longtemps des mêmes majorités au sein du PS. Leur approche de la réforme fiscale, environnementale, éducative ou démocratique est très semblable. Pointent seulement quelques différences sur le nucléaire, l'euthanasie ou la politique culturelle.
Interrogé sur la similarité de ces textes lundi, l'entourage du maire de Paris relevait une différence, non pas sur le fond mais sur la tactique, avec la question des alliances (Royal pour des accords locaux avec le MoDem, Delanoë y étant opposé). Mais une ressemblance s'impose surtout entre Bertrand Delanoë et Ségolène Royal : l'un et l'autre veulent en finir dès l'automne avec l'absence de leadership à gauche, en s'imposant à la tête du parti. Chacun avec son tempérament, et donc chacun avec son style. En retrouvant la ferveur militante de la dernière présidentielle, côté Royal. En respectant les rites et les équilibres internes du parti, côté Delanoë.
La bataille du leadership devra avoir lieu
Face à l'omniprésence de Nicolas Sarkozy, à la montée en puissance d'Olivier Besancenot, à la persistance de François Bayrou, il semblerait logique que le PS se dote enfin d'un chef au prochain congrès. La société médiatique ne permet plus l'existence de force politique désincarnée ou polyphonique. Et les militants socialistes sont impatients de pouvoir opposer à la droite une personnalité d'envergure. Ainsi la constance de la pugnacité anti-Sarkozy de Royal est appréciée à gauche. Mais cette impatience se conjugue avec une autre exigences : ne pas offrir à l'opinion une bataille d'egos. Et pourtant, cette bataille devra avoir lieu. A l'automne prochain ou en 2011 lors des primaires désignant le candidat pour la présidentielle.
Mais à cinq mois du congrès de Reims, les cadres du parti semblent plutôt vouloir reporter le temps de la confrontation à plus tard. "Il y a beaucoup de contributions mais peu de signatures. Les militants attendent", estime la députée Marylise Lebranchu, proche de Martine Aubry. Les déplacements de Bertrand Delanoë pour la signature de son livre mobilisent peu de militants et si Ségolène Royal a réussi sa démonstration de forces samedi dernier, "c'est un one shot, fait remarquer le lieutenant de Bertrand Delanoë, Harlem Désir. Louer la Maison de la Chimie et affréter des cars, ça coûte une fortune".
Une défaite au congrès intégrée par Royal ?
Le rejet du duel Delanoë-Royal fait pour l'instant le bonheur d'une troisième personnalité au sein du PS. Qui aurait parié il y a encore trois mois sur les chances de Martine Aubry au poste de premier secrétaire ? La maire de Lille a su depuis plusieurs semaine revenir dans le jeu, en prenant officieusement la tête d'un rassemblement assez conséquent même s'il est idéologiquement artificiel. Une partie des amis de DSK et les fabiusiens sont peut-être en passe de réussir leur pari de bloquer aujourd'hui les ambitions de "Bertrand et Ségolène" mais ils ne font que reculer le moment de la clarification du leadership.
Et dans les quatre années qui nous séparent de la présidentielle, c'est sur la détermination et le caractère de chacun que se gagnera la partie. Et à ce jeu là, l'ex-candidate à la présidentielle n'est pas la moins bien lotie, elle qui répète à qui veut l'entendre "j'irai jusqu'au bout". Comme si sa défaite annoncée au prochain congrès, elle l'avait déjà intégrée, réservant toute son énergie à la mère de toutes les batailles, la revanche contre Sarkozy en 2012.
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